Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/411

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



LA PROCESSION SANGLANTE


Le mois de moharrem, le premier mois de l’année musulmane, est en Perse un mois de deuil. On sait que les Persans sont chiïtes, c’est-à-dire schismatiques, par rapport aux sounnites, musulmans orthodoxes. Les Chiïtes vénèrent à l’égard du prophète Mahomet, son gendre Ali — le Lion de Dieu — et tiennent en particulière estime Hassan et Houssaïn, les infortunés fils d’Ali et de Fathima. La mort tragique — on dit en Perse : le martyre — de Houssaïn et les circonstances qui l’ont précédée sont commémorées pendant la première décade de moharrem. Dès le commencement du mois, les Persans prennent le deuil, prient avec une ferveur inaccoutumée et font pénitence. Pendant les neuf jours qui précèdent l’anniversaire de la mort de Houssaïn, des représentations théâtrales en rappellent les diverses péripéties aux fidèles. Ce spectacle, appelé taziéh, est divisé en dix parties correspondant aux dix premiers jours de moharrem.

À Recht, le port de la Caspienne où aboutit la route de Téhéran, les représentations de taziéh sont données dans une immense cour. Une estrade en maçonnerie, exhaussée d’un mètre au-dessus du sol, sert de scène. Elle est exactement au milieu de la cour. Les spectateurs peuvent ainsi suivre l’action, quelle que soit la place qu’ils occupent. Des galeries courent