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LA REVUE DE PARIS

le long des murs, divisées en loges réservées aux hauts fonctionnaires. Des deux côtés de la porte d’entrée, des étalages d’objets les plus disparates et les plus inattendus : profusion de pendules, vases en verre et en porcelaine, chandeliers, glaces, chromolithographies allemandes représentant des femmes d’Orient, armes à feu… Ce déballage est une sorte de reposoir en hommage au saint martyr.

Le peuple est assis dans la cour, les femmes à l’ouest, les hommes à l’est. Le spectacle est gratuit ; les frais en sont payés par le gouverneur ou par un riche particulier. C’est œuvre pie que d’offrir une. représentation de taziéh à ses coreligionnaires : les pièces que fait représenter un Chiite sont « des briques qui cuisent ici-bas pour construire son palais là-haut ».

Le théâtre persan est d’une naïveté qui rappelle nos anciens Mystères. Les acteurs restent en scène pendant toute la durée de la pièce, même s’ils ne prennent aucune part à l’acte qui se déroule. Les rôles de femme sont tenus par des hommes voilés. Les figurants, soldats à pied, cavaliers à cheval et à chameau, chameliers, gens de la caravane, attendent au dehors que leur présence soit nécessaire. Appelés par une sonnerie de trompette, ils entrent et tournent autour de l’estrade jusqu’à ce qu’on les renvoie dans la rue : un nouveau signal les fera reparaître. L’action exige peu d’accessoires : une seule chaise pour Houssaïn, quelques étendards surmontés du croissant ou de la main symbolique, des armes blanches accrochées à un poteau. La scène se passe à Koufa, sur la rive droite de l’Euphrate. Les acteurs se transforment en Mésopotamiens en remplaçant le koula, la coiffure persane, par un foulard multicolore et la corde en poil de chameau. Cette légère modification de costume et le poignard arabe à la ceinture suffisent pour indiquer que nous sommes en Mésopotamie, en l’an 61 de l’hégire, c’est-à-dire vers la fin du viie siècle de notre ère, le premier octobre 680. Pendant le spectacle, le directeur de la troupe circule sur la scène, son scénario à la main. Il pousse à la rampe un acteur, fait retirer et asseoir en arrière celui qui vient de terminer sa tirade, apporte les accessoires, tire le sabre du fourreau et le tend au protagoniste qui va le brandir.