Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/456

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qu’elle épousa plus tard le comte Max de Hatzfeldt, ministre de Prusse à Paris. Mon enfance fut, par elle, comme imprégnée et nourrie de souvenirs qui me sont restés précieux et chers.

Ma mère aimait à me parler de la haute culture de ma grand’mère, de son grand air, de sa beauté, de l’élévation de son esprit, du charme puissant de sa conversation, qui agissait sur ses interlocuteurs à l’égal d’un bienfait.

J’ai conservé intacts ces sentiments d’admiration que m’a transmis son jugement, qui resta toujours étranger à la malice et à la variation des opinions du monde.

La publication de ces souvenirs réalise d’ailleurs un désir de ma grand’mère ; en tête de ses Mémoires, elle écrivait ceci :

Paris, le la juillet 1832.

Il y a deux mois qu’un de mes amis, partant pour le Danemarck et venant me dire adieu, entra, assez inopinément, dans ma chambre pour surprendre quelques larmes dans mes yeux. Inquiet de me voir de la peine et croyant avoir trouvé, depuis quelque temps, ma disposition plus sombre que de coutume, il voulut me questionner. La confiance qu’il m’inspirait, mais surtout l’émotion qu’il venait de remarquer et qui n’était point encore calmée, me firent lui ouvrir mon cœur. Il trouva en moi ce que saint Augustin dit quelque part avoir éprouvé : le mécompte du passé, le tourment du présent, l’épouvante de l’avenir.

Après quelques consolations que je reçus, ce me semble, assez mal, et d’exhortations que je repoussai avec une sorte de violence, il finit par me croire plus malade que malheureuse, et peut-être avait-il raison, quoiqu’avec une bonne poitrine et un sang très pur on ne puisse, je crois, arriver à de la souffrance que par du chagrin. Il me demanda si j’avais un médecin. — Oui. — Et que vous ordonne-t-il ? — De la distraction. — Eh bien ! Allez dans le monde ! — J’en suis excédée. — Le spectacle, les promenades ? — Me fatiguent. — Les paysages ? — M’éloignent de ce que j’aime. — Mêlez-vous des affaires du temps ! — Mon intrigue maintenant ne pourrait être qu’une conspiration, et où trouver dans ce pays-ci des conspirateurs ? — Essayez de la coquetterie ! — Je l’ai épuisée. — De la dévotion ? — Je l’ai traversée. — Eh bien ! écrivez. — Écrire, et quoi ? — Vos mémoires. — Quelle folie ! — Non, vous avez beaucoup vu le monde, vous avez vu beaucoup de choses, toute votre vie a été singulière, votre caractère est bizarre, rien en vous ni autour de vous ne ressemble à ce que je rencontre. Les douleurs passées ne