Page:La Rochefoucauld - Œuvres, Hachette, t2, 1874.djvu/138

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que je serais son serviteur et son ami tant qu’il serait véritablement attaché au bien de l’État et au service de la Reine, mais que je cesserais de l’être s’il contrevenait à ce qu’on devait[1] attendre d’un homme de bien et digne de l’emploi qu’elle lui avait confié. Elle loua avec exagération ce que je lui disais ; je le répétai mot à mot au Cardinal, qui apparemment n’en fut pas si content qu’elle, et qui lui fit trouver mauvais ensuite que j’eusse mis tant de conditions à l’amitié que je lui promettais[2]. La

    crits de Mazarin, qui fournit de curieux renseignements sur presque tous les personnages de marque de ce temps. C’est dire qu’il y est question de notre auteur. Ces notes, écrites au jour le jour par le Cardinal, nous permettent de suivre par le menu les fluctuations successives de la conduite politique de la Rochefoucauld ; la peinture la plus soignée ne rendrait pas l’homme avec une plus fine exactitude. Mazarin note, par exemple (3e carnet, p. 6) : « On attaque Marcillac, parce qu’il a l’intention de me voir. » Rapprochez cette phrase de ce que nous dit ici la Rochefoucauld : que, voulant « éviter la critique des Importants, » il supplia la Reine de lui permettre de ne rendre au Cardinal que des « civilités limitées. » C’est précisément ce qui est écrit dans le 2e carnet (p. 78) : « Marcillac pèse dans la plus fine halance les visites qu’il doit me faire. » « De temps à autre, dit V. Cousin (Journal des savants, 1854, p. 706), on rencontre quelques mots tels que ceux-ci (4e carnet, p. 61) : « Une pension pour Marcillac » ; mais on lit quelques pages après (Ibidem, p. 80) : « Marcillac est plus Important que jamais, il est toujours avec Barillon ; » plus loin (ibidem, p. 96) : « Marcillac est de tous les conseils des Importants ; » et le Cardinal ajoute : « Au reste, celui qui a été une fois infecté de ce venin n’en guérit jamais. »

  1. A ce que l’on doit. (1817, 26, 38.)
  2. Il est certain que c’est la Rochefoucauld, qui, à force de hauteur, finit par lasser la bonne volonté de Mazarin à son égard. On lit dans les Mémoires de la Châtre (p. 217 et 218) : « Le Cardinal jugeant qu’il témoigneroit une extraordinaire déférence aux sentiments de la Reine en faisant quelques avances pour acquérir l’amitié de ceux qu’elle avoit toujours crus ses serviteurs, il commença par M. de Marcillac, comme étant le premier à qui elle avoit protesté hautement de faire du bien, et lui fit demander son amitié avec de termes les plus civils et les plus pressants qui se puissent imaginer ; et, entre autres choses, il lui fit dire qu’il le prioit de se