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SAPHO, DOMPTEUSE

obscurité où s’évoquait mieux l’image de l’amante délaissée. Sapho lui apparaissait pâle et triste. Son visage avait la nuance des roses de cimetière, qui sont plus belles que les autres, mais ne fleurissent que pour la tombe, et il se bouchait les oreilles pour ne plus entendre l’affreuse plainte qui sortait de l’ombre.

Parfois, une irritation lui venait contre la méchanceté de Melcy ; il eût voulu la tuer ou se tuer, mille pensées folles traversaient son esprit.

« J’ai voulu croire, songeait-il encore, et j’ai employé toute mon énergie à cet effort. J’ai offert à la femme ce qui était en moi de puissant et de tendre, j’ai tordu les fibres de mon être pour en arracher une adoration nouvelle. J’ai meurtri mes lèvres, j’ai déchiré mes genoux sur les dalles du sanctuaire d’amour ; j’ai crucifié mes membres, j’ai ouvert mes veines devant l’idole qui a repoussé mes hommages !… Maintenant, toute ma chair se révolte et blasphème, tout blesse mes sens et les affecte inutilement : le parfum de la femme, la douceur de sa voix, son regard de vice et de mensonge !… »

Il riait plus fort ; mais de consolantes images