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SAPHO, DOMPTEUSE

public deux opinions bien définies se produisaient, l’une en faveur, l’autre en défaveur de la justice si peu clairvoyante, si tardive ; alors que, dans la masse bourgeoise et populaire, deux camps bien distincts se formaient, prêts à se ruer l’un sur l’autre, la société aristocratique de Paris demeurait hésitante dans l’expression de ses sentiments. Elle se réservait, feignait l’indifférence ou l’ignorance, car l’accusation, seule, bien que profondément injuste, était une tare indélébile. Tout homme soupçonné est perdu dans un certain monde, et mieux vaut avoir commis un beau crime caché que de s’être laissé prendre dans l’accomplissement d’une faute légère.

Christian, rendu à la liberté, se trouva donc effroyablement seul dans la grande ville où il avait tant aimé, tant souffert.

Pourtant, dans l’agitation, dans l’énervement qui le torturaient, il n’éprouvait aucune rechute du mal qui, si souvent, l’avait terrassé. S’il avait fallu lutter en cette heure pour conserver le bénéfice de sa réhabilitation, il aurait été capable d’une défense énergique et durable.