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DE LA LANGUE BRETONNE.

nous en pouvons juger par les plus anciens monuments sur pierre ou vélin qui nous restent. En effet, la longue et curieuse inscription de Lantwit, en Galles, faite au vie siècle et qui offre un alphabet complet [1], rend par dh la dentale aspirée cT, que l’inscription du pilier d’Eliseg, monument de l’an 850 [2], rend par deux t, et elle exprime au moyen d’un seul t le son que l’auteur de la seconde inscription figure par th. De même, dans l’une, les deux lettres unies ch expriment le son guttural x ; dans l’autre, ce son est tantôt rendu par des signes semblables, mais tantôt aussi par une h non précédée, mais suivie d’un c, et tantôt par un seul h. De même encore l’inscription du vie siècle se sert indifféremment de c ou de ch devant toutes les voyelles, pour rendre le son de k, tandis que celle de 850 n’emploie jamais que le c. Enfin cette dernière se sert invariablement de l’w latin pour rendre les sons ou et i très-bref, contrairement à l’autre qui fait usage de la voyelle u et de la voyelle /, qu’elle soit brève ou longue. Quant au y et au ch de l’orthographe française, au â-, au ^, à l’a, à Xy et au tv, on ne les y rencontre pas plus que dans aucun écrit breton connu de l’an 500 à l’an 900. Au reste, le premier trouvait son équivalent dans Yi, le second dans s, le troisième et le quatrième dans le c toujours dur et ayant le son du k ; celui de Vx n’existe pas en langue celtique ; pour Vj tel qu’il existe aujourd’hui en gallois, il était représenté par un o très-bref sonnant à peu près comme Ve français dans le mot retenir, et le (p par un u simple ou deux v bien distincts.

A la fin du ixe siècle (et je m’appuie particulièrement ici sur le manuscrit du vocabulaire breton de 882 et les actes de la même époque publiés par Wanley), à la fin du ixe siècle et au xe, les livres présentent une différence, selon qu’ils sont écrits par des mains latines ou par des mains bretonnes ; dans le premier cas, le son du cT est presque toujours rendu par le d latin, quelquefois par s ; celui du k, comme précédemment par un c ; celui du ô, par th ; celui du Xj tantôt par un c unique, tantôt par ch ; celui de Vu (pu) et de Vi bref, par «et par w. jamais par w, encore inusité ; celui de Ve par / et par e, selon qu’il est ouvert ou fermé. Dans le second cas où l’orthographe commence à vouloir devenir plus méthodique, dh et quelquefois z eX. s figurent le «T. La lettre k ou plutôt une lettre saxonne approchant de sa figure, et que Price a eu le tort de confondre avec elle, tend à prendre la place du c devant toutes les voyelles et les consonnes, et ch celle du son guttural X’-, ueX. un caractère particulier qui a assez la figure du «grec, qui lui convient, et que Price a encore mal représenté par tv, signe inconnu avant le xii^ siècle, s’emploient indifféremment pour représenter le son ou, comme e e. i, pour peindre le son des deux e de l’alphabet français. Le manuscrit du dictionnaire dont j’ai parlé plus haut fait foi de tout ceci. Un des manuscrits des poëmes de Taliésin de la fin du xe siècle [3], et un autre écrit du xie [4], attestent qu’à ces époques il en

  1. Sharon Turner en cite une partie. (Vindication of genuineness of the ancient british poems, p. 130.) Voyez aussi Camden. (Britannia, art. Glamorganshire.)
  2. Citée par Lhuyd. (Archæologia britannica, p. 92.)
  3. Levr dû Kaervarzin. (Biblioth. d’Hengurt, in-4o velin.)
  4. Levr Taliesin. (Ibid.} in-8o exto. - vélin.