Page:La chanson de Sainte Foi d’Agen.djvu/78

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sont malades, car ils sont païens. Ils abandonnèrent Dieu ; ils courent au temple, le couvrent tout d’or de Cordoue ; chacun y offre l’anneau de sa main, et, qui ne peut plus faire, un morceau de pain [50]. Mieux vaudrait le donner au chien. Toute leur œuvre, ils la font en vain. Eh ! pourquoi ne furent-ils pas chrétiens !


VI. — Le roi Salomon a dit une parabole, du pommier qui naît dans le buisson [55], qu’enserrent l’épine et les chardons et les aubépines à l’entour. Là il pousse des fleurs en son sommet, puis des pommes, dans la saison. Mauvais furent les païens gascons [60], qui méconnurent Dieu du Ciel. Leur ombre étreignit ce jeune plant dont nous chantons cette chanson, mais Dieu en prit fruit doux et bon.


VII. — Le seigneur de cette cité [65] eut grands et amples domaines. Il laissa ce péché quand il put, et aima Dieu fort en cachette. Vous entendrez comme Dieu l’a honoré et quel précieux bien il lui a donné [70] : il lui donna une fille, en témoignage de son bon gré. Son nom est Fidès, envoyé par Dieu. Elle fut élevée avec chasteté, et garda intacte sa virginité. Par elle Dieu a fort honoré ce monde [75].


VIII. — Le corps est beau, et petite la taille ; plus beau encore le sens qui est en elle. Elle a les yeux jolis et la face blanche ; mais le sens de son cœur a plus de prix encore. Avant qu’elle eût douze ans (80] passés, elle fit telle œuvre qui plaît fort à Dieu : elle prit martyre, et très terrible, tel que vous le lisez et que vous le chantez. Ô Dieu ! combien ce monde en est honoré !


IX. — L’honneur qu’elle tint de ce siècle [85], elle n’en fit pas plus de cas que de la boue. En Dieu du Ciel son cœur fut placé, et son service lui plut beaucoup. Elle n’aura point de cesse, j’en réponds, qu’elle n’ait payé Dieu même de sa mort [90] ; cela mit le Diable en émoi.


X. — Elle eut grands domaines et fort châteaux et fourrures de bêtes sauvages et boutons et, en ses doigts, anneaux précieux, vaisselle bien faite, d’or et d’argent [95]. Cela, elle craint que ce soit un mauvais piège que lui fasse le Diable noir ; elle en nourrit les pauvres et les lépreux. Elle se fit pauvre comme mendiant, et se tint avec Dieu, qui lui plaît davantage [100].