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LE DESTIN DES HOMMES

La figure de l’homme prit une expression découragée.

— Je ne pourrais pas payer cet argent et faire vivre la famille, répondit-il du ton dont il admettait une faute à confesse.

— Dans ce cas-là, si la chose vous convient, je me chargerai moi-même de payer pour l’instruction de ce garçon. Je crois que ce serait de l’argent bien placé.

— Vous êtes bien bon et je vous remercie, dit l’homme, ému.

Ainsi, à l’automne de cette année-là, Jean Lebau entra au collège pour faire un cours classique.

Comme s’y attendait le curé, le jeune garçon ne tarda pas à se mettre en évidence parmi tous ses condisciples. Non seulement il avait le talent, mais c’était un travailleur, un studieux, et sa conduite était non seulement irréprochable, mais exemplaire. À la fin de l’année scolaire, il obtenait le prix d’excellence dans sa classe. Ses succès se répétèrent par la suite. Et pendant toutes ces années, sa piété était un sujet d’édification pour tous les autres élèves de l’institution. Il va sans dire que le brave curé était non seulement enchanté, mais enthousiasmé par le beau travail de son protégé.

Au bout de quatre ans, lorsqu’il retourna chez lui pour ses vacances, Jean Lebau annonça à son protecteur et à ses parents qu’il avait décidé de se faire prêtre. Cette nouvelle ne surprit personne. Le charitable curé qui, depuis longtemps, s’attendait à cette déclaration, s’en montra très heureux. C’était dans ce but qu’il l’avait envoyé au collège.

Pendant ces deux mois passés à la campagne, le prêtre entendit ses confessions et il fut ravi de sa piété et de la pureté de ses mœurs. Souvent par la suite il rendit grâce