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LE DESTIN DES HOMMES

doute, serait trop confiant. Si Brisebois gagnait, et déjà cela ne faisait pas de doute pour M. Lafleur, ce serait la renommée, d’autres matches avec les candidats en lice et des bourses de plusieurs centaines de mille piastres.

M. Lafleur tenta de communiquer son enthousiasme à sa famille, mais celle-ci le regardait avec une pitié méprisante, comme un irresponsable qui courait sans cesse après des chimères et négligeait ses véritables intérêts. En effet, depuis le commencement de l’aventure Brisebois, c’était le fils Lafleur qui dirigeait et administrait les affaires de la buanderie La Famille. Au lieu d’aider, M. Lafleur puisait dans les fonds, gaspillait l’argent dont son entreprise et les siens avaient grand besoin. Quel malheur d’avoir un chef de famille si peu raisonnable, aussi inconséquent ! se lamentait Mme Lafleur.

— C’est tout votre avenir qui va se décider ce soir-là, déclara M. Lafleur à son protégé, le premier jour de l’entraînement. Si vous êtes battu, c’en sera fait de vous, vous serez fini, mais si vous gagnez, comme j’en ai la conviction, vous marcherez ensuite sur une route en or. Vous serez riche pour jusqu’à la fin de vos jours, car après avoir triomphé de Jones, vous ferez face à trois ou quatre autres aspirants au titre et chaque combat vous rapportera des sacs d’argent. D’ici au match ne pensez qu’à une seule chose : battre Jones. Préparez-vous. Pratiquez le coup du marteau.

Brisebois tentait de se laisser gagner par ces promesses mais il ne parvenait pas à oublier sa défaite imméritée aux mains de Mooney.

Tout comme M. Lafleur, le journaliste Biron comprenait l’importance du prochain match. Lui aussi était intéressé dans l’affaire. Depuis des mois il avait travaillé et il croyait que l’heure de la récolte était proche. Chaque jour,