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LE DESTIN DES HOMMES

il avait un article fort intéressant dans La Voix du Peuple. Avec ce combat et les autres qui suivraient, il pourrait facilement toucher, pour sa part, entre cinquante et soixante mille piastres. Il se la coulerait douce ensuite à New-York, aux Bermudes, en Californie. En plus, il aurait un camp dans les Laurentides. Et lorsqu’il s’arrêtait à cette idée, il évoquait souvent l’image d’une jolie blonde, serveuse à la pharmacie, qui avait un si aimable sourire lorsqu’elle lui servait sa tasse de chocolat, lorsqu’il arrêtait chaque après-midi en sortant du bureau. Il lui offrirait une vacance dans le Nord et, peut-être…

Le temps était précieux. Il fallait profiter de chaque jour pour mettre Brisebois dans la meilleure forme possible pour le plus important combat de sa carrière, celui qui déciderait de son avenir. Il s’agissait non seulement de le mettre en mesure de faire face à son adversaire, mais de le vaincre. Chaque matin, M. Lafleur était rendu au gymnase, surveillant les exercices et répétant constamment ses conseils à Brisebois. Et toujours il revenait à son éternel refrain : le coup de marteau. En réalité, M. Lafleur parlait trop. Ses paroles bourdonnaient dans les oreilles du mineur, l’agaçaient, le laissaient comme étourdi. Biron aussi y allait de ses exhortations, disant au boxeur qu’il tenait son sort entre ses mains et que, s’il le voulait, il serait fortuné avant six mois. Pour cela il ne fallait pas avoir peur, y aller résolument, prendre l’adversaire par surprise en attaquant dès le son du timbre.

Ainsi, les heures s’écoulèrent. L’après-midi du combat, Brisebois pesait 203 livres et Jones 197. Parmi les experts on s’accordait à dire que le vainqueur de la soirée aurait de très belles chances de remporter le championnat dans les matches subséquents avec les autres aspirants au titre. C’était la plus importante rencontre jamais disputée