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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

per. Tout habillé, il se jeta sur le petit lit près de la fenêtre. Il avait la tête très lourde mais il ne put s’endormir. Le vent soufflait avec violence, arrachait les feuilles jaunies des bouleaux, les lançait dans le lac le courant les emportait en leur faisant décrire une longue courbe le long du rivage. Éphémères vestiges d’une saison finie, les innombrables feuilles mortes luisaient faiblement à la surface de l’eau et faisaient songer à la pâle poussière d’astres de la voie lactée que l’on contemple ému, par les belles nuits d’été.

Dans le ciel sombre où d’énormes nuages aux formes fantastiques se poursuivaient, la lune blême, blafarde, était partiellement couverte par une étrange tache sombre, donnant l’impression d’une monstrueuse araignée noire. Dans les ténèbres, le vent soufflait toujours dans les branches des pins, des sapins et des bouleaux, faisant entendre une plainte douloureuse, désespérée. Et l’affreuse araignée noire paraissait enserrer la lune dans ses longues pattes semblables à des tentacules.

Étendu sur son étroit petit lit, Robert Deval contemplait ce spectacle tragique et écoutait la plainte et le mugissement du vent. Et il lui semblait aussi qu’une bête maudite lui dévorait le cœur, lui rongeait le cerveau.

Ah oui, il fallait en finir.

Au matin, il se sentait fatigué, courbaturé, la tête lourde, mais il se leva et, après avoir pris une tasse de café, sortit. Il se dirigea vers une montagne dont il avait déjà fait l’ascension lors de précédents séjours à cet endroit. Il avait maintenant retrouvé une âpre et violente énergie. D’un pas rapide, il allait entre les fougères géantes déjà séchées par l’automne. Pour s’aider à monter, il s’accrochait aux jeunes arbres, aux branches basses. Après trois