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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

robe, d’un manteau, d’un chapeau, de souliers, d’un pantalon et de deux paires de bas.

— Mais je vais être une vraie dame avec cela, fit Marie rayonnante. Alors, je ferai mes pâques jeudi.

— Jeudi ? Pourquoi attendre à jeudi ?

— Mais il faut que je me prépare, ma sœur. Il faut que je me prépare, fit Marie avec emphase.

Et Marie sortit de l’asile en se confondant en remerciements.

Naturellement, le soir, elle voulut montrer sa toilette aux autres locataires de la maison de la rue Sanguinet. Elle annonça en même temps qu’elle ferait ses pâques le jeudi.

Tous à l’exception de la femme Morrier lui firent des compliments.

— Ben, la sœur s’est pas forcée, jaspina la femme de ménage mordue de jalousie et souffrant de ce que Marie Charrut se trouvait habillée sans avoir rien payé. C’est pas pour critiquer, mais la robe est trop longue, puis le manteau était de mode il y a cinq ans et le chapeau est trop jeune pour vous.

— Le chapeau trop jeune pour moi ? fit vivement Marie. Vous vous imaginez peut-être qu’il vous irait mieux ?

— J’prétends pas être plus jeune que vous, mais j’sus plus mince et ça fait toute la différence. Mais, on sait bien, vous pouviez pas faire la difficile. Pis i avait pas moyen d’aller faire vos pâques avec vos vieilles hardes. Dans tous les cas, pour quêter, ça fera toujours, acheva-t-elle dédaigneuse.

— Pour quêter ? Oui, c’est vrai, je quête, mais j’aime encore mieux quêter que de laver les crachoirs et les