Page:Labiche - Théâtre complet, Calman-Lévy, 1898, volume 01.djvu/406

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fêtes de nuit qu’il nous a données, celui-là, dans son parc, boulevard Montparnasse !… c’était princier… illuminations a giorno, orchestre Musard, montagnes russes et gardes municipaux… toutes les douceurs de la vie !… Ah ! je peux dire que j’ai goûté des plaisirs bien purs dans cette chaumière !… J’y ai vu la jeunesse dorée, tout ce qu’il y a de plus flambart dans la capitale, et il m’en est resté un certain vernis… Ah ! si César n’avait pas cessé tout à coup de m’écrire, je dialoguerais aujourd’hui d’une façon un peu mouchique !


Médard.

Comment ! Est-ce que, dans ses lettres, M. votre fils…


Tourterot.

Il écrit comme il parle… Quel style ! comme c’est fignolé !… Tu n’es pas sans avoir entendu parler de madame de Sévigné… Eh bien, franchement, ça la dégotte… Mais je ne sais pas pourquoi, depuis qu’il a été reçu docteur, depuis six mois environ… n-i, ni, fini, bonsoir à vos poules, plus de correspondance… Et moi qui avais besoin d’être entendu dans la chose… je me rouille… je me dégomme… je rentre dans mon vieux cabriolet.

Il tire une tabatière à portrait de sa poche et prend une prise.

Médard, regardant la tabatière.

Ah ! la belle femme !


Tourterot, flatté.

Tu trouves ? Eh ! eh ! eh !… c’est mon épouse, la défunte à papa… (Il se désigne du geste.) Un assez beau faciès, hein ?… ça flatte un veuf… Allons, va mettre l’écriteau, va !


Médard.

J’y cours, bourgeois, j’y cours !

Il remonte.

Tourterot.

Comment, j’y cours ?… Arrive donc ici, toi, phénomène…