Page:Labiche - Théâtre complet, Calman-Lévy, 1898, volume 02.djvu/309

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Madame Malingear.

C’est la première fois, depuis deux ans, qu’on songe à te déranger.


Malingear, gaiement.

Je me lance.


Madame Malingear.

À cinquante-quatre ans, il est temps ! Veux-tu que je te dise : c’est le savoir-faire qui te manque, tu as une manière si ridicule d’entendre la médecine !


Malingear.

Comment ?…


Madame Malingear.

Quand, par hasard, le ciel t’envoie un client, tu commences par le rassurer… Tu lui dis : "Ce n’est rien ! c’est l’affaire de quelques jours."


Malingear.

Pourquoi effrayer ?


Madame Malingear.

Avec ce système-là, tu as toujours l’air d’avoir guéri un bobo, une engelure !… Je connais plusieurs de tes confrères… de vrais médecins, ceux-là ! quand ils approchent un malade, ce n’est pas pour deux jours ! Ils disent tout de suite : "Ce sera long, très long ! " Et ils appellent un de leurs collègues en consultation.


Malingear.

À quoi bon ?…


Madame Malingear.

C’est une politesse que celui-ci s’empresse de rendre la semaine suivante… Voilà comment on se fait une clientèle !