Page:Labiche - Théâtre complet, Calman-Lévy, 1898, volume 02.djvu/58

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LE VOYAGE DE MONSIEUR PERRICHON.

ARMAND

Vous ?


LE COMMANDANT

C’est bien ridicule à mon âge, n’est-ce pas !


ARMAND

Je ne dis pas ça.


LE COMMANDANT

Oh ! ne vous gênez pas ! Je me suis affolé d’une petite… égarée que j’ai rencontrée un soir au bal Mabille… Elle se nomme Anita…


ARMAND

Anita ! J’en ai connu une.


LE COMMANDANT

Ce doit être celle-là !… Je comptais m’en amuser trois jours, et voilà trois ans qu’elle me tient ! Elle me trompe, elle me ruine, elle me rit au nez !… Je passe ma vie à lui acheter des mobiliers… qu’elle revend le lendemain !… Je veux la quitter, je pars, je fais deux cents lieues ; j’arrive à la mer de Glace… et je ne suis pas sûr de ne pas retourner ce soir à Paris… C’est plus fort que moi !… L’amour à cinquante ans… voyez-vous… c’est comme un rhumatisme, rien ne le guérit.


ARMAND, riant.

Commandant, je n’avais pas besoin de cette confidence pour arrêter les poursuites… Je vais écrire immédiatement à Paris…


LE COMMANDANT, vivement.

Mais du tout ! n’écrivez pas ! Je tiens à être enfermé ; c’est peut-être un moyen de guérison. Je n’en ai pas encore essayé.