Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/546

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familles, il avait fallu compter avec l’influence de la richesse et de la propriété. C’est parmi les grands propriétaires que le gouverneur prenait les membres du conseil, et l’espoir de cette distinction mettait le corps entier à la discrétion de la couronne. Dans les contestations fréquentes qui s’élevaient entre le gouverneur et le peuple, les grands propriétaires seuls étaient assez puissants pour faire triompher les prétentions de la royauté, et assez accessibles à la faveur pour être facilement disposés à prendre ce parti. Jefferson voulut, suivant ses propres expressions, sans recourir à la violence, sans restreindre le droit naturel, mais tout au contraire, en lui rendant son empire, « annuler le privilège et l’aristocratie de la richesse, car c’est toujours un danger plus qu’un bienfait pour la société, et il est essentiel à une république bien ordonnée que toutes les routes soient ouvertes à l’aristocratie de la vertu et du talent, les deux forces auxquelles la nature a destiné la direction de la société et qu’elle a répandues d’une main égale dans toutes les conditions[1]. »

Pensée profondément juste ! L’idée de détruire toute aristocratie, d’empêcher que personne ne s’élève au-dessus du niveau commun, c’est un rêve de démagogue ; c’est l’envie et la jalousie érigées en vertus républicaines. La véritable démocratie

  1. Tucker, Life of Jefferson, I, 97.