Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/34

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Moi, je n’en ai pas le temps ; je suis venu négocier ici des valeurs que j’avais en portefeuille, et dans quelques jours j’en serai parti.

— Des valeurs ! Qui te les as confiées ?

— Personne. Elles m’appartiennent et sont tirées par les meilleures maisons de Paris sur d’excellents négociants de la place, et comme c’est moi-même qui les ai remplies, je ne crois pas qu’on y puisse trouver la moindre irrégularité.

— Mais, malheureux, tu vas te faire arrêter en allant toucher cet argent, et tu nous déshonores !…

— Pas de grands mots… Il est impossible qu’on puisse m’arrêter en allant toucher, car j’ai l’argent dans ma poche, et je suis ici ; rassure-toi donc. — Quant à vous déshonorer, ceci est une autre question. Mais j’aimerais encore mieux en arriver là que de mourir de faim.

— Silence, au nom de Dieu ! et sors d’ici, car tu me fais peur ! Dis-moi au moins où tu as négocié ces fausses lettres ?

Le faussaire, avec une tranquillité parfaite, donna à son frère tout tremblant l’adresse des escompteurs, écouta avec attention le reste du spectacle, applaudit aux bons endroits, fit la moue aux mauvais, comme un amateur éclairé, et regagna son hôtel en fredonnant des motifs d’opéra ; après quoi il s’endormit avec sérénité.

Son frère crut devoir avertir le chef de la maison, et celui-ci sa femme, du malheur qui les menaçait. Malgré la position commerciale plus que critique du père, il resolut de faire tout pour éviter à son nom la souillure de