Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/165

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
163
POÉTIQUES


Impose donc silence aux plaintes de ta lyre :
Des cœurs nés sans vertu l’infortune est l’écueil ;
Mais toi, roi détrôné, que ton malheur t’inspire
Un généreux orgueil !

Que t’importe, après tout, que cet ordre barbare
T’enchaîne loin des bords qui furent ton berceau ?
Que t’importe en quels lieux le destin te prépare
Un glorieux tombeau ?

Ni l’exil, ni les fers de ces tyrans du Tage
N’enchaîneront ta gloire aux bords où tu mourras :
Lisbonne la réclame, et voila l’héritage
Que tu lui laisseras !

Ceux qui l’ont méconnu pleureront le grand homme ;
Athène à des proscrits ouvre son Panthéon ;
Coriolan expire, et les enfants de Rome
Revendiquent son nom.

Aux rivages des morts avant que de descendre,
Ovide lève au ciel ses suppliantes mains :
Aux Sarmates grossiers il a légué sa cendre,
Et sa gloire aux Romains.