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POÉTIQUES

Écoute aussi la voix de mon humble raison,
Qui contemple sa gloire et murmure son nom.

Salut, principe et fin de toi-même et du monde !
Toi qui rends d’un regard l’immensité féconde,
Âme de l’univers, Dieu, père, créateur,
Sous tous ces noms divers je crois en toi, Seigneur ;
Et, sans avoir besoin d’entendre ta parole,
Je lis au front des cieux mon glorieux symbole.
L’étendue à mes yeux révèle ta grandeur ;
La terre, ta bonté ; les astres, ta splendeur.
Tu t’es produit toi-même en ton brillant ouvrage !
L’univers tout entier réfléchit ton image,
Et mon âme à son tour réfléchit l’univers.
Ma pensée, embrassant tes attributs divers,
Partout autour de toi te découvre et t’adore,
Se contemple soi-même, et t’y découvre encore :
Ainsi l’astre du jour éclate dans les cieux,
Se réfléchit dans l’onde, et se peint à mes yeux.

C’est peu de croire en toi, bonté, beauté suprême !
Je te cherche partout, j’aspire à toi, je t’aime !
Mon âme est un rayon de lumière et d’amour
Qui, du foyer divin détaché pour un jour,
De désirs dévorants loin de toi consumée,
Brûle de remonter à sa source enflammée.
Je respire, je sens, je pense, j’aime en toi !
Ce monde qui te cache est transparent pour moi ;
C’est toi que je découvre au fond de la nature,
C’est toi que je bénis dans toute créature.
Pour m’approcher de toi, j’ai fui dans ces déserts :
Là, quand l’aube, agitant son voile dans les airs,