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MÉDITATIONS


Des séraphins, debout sur des marches d’ivoire,
Se voilaient devant lui de six ailes de feux ;
Volant de l’un à l’autre, ils se disaient entre eux :
Saint, saint, saint, le Seigneur, le Dieu, le roi des dieux !

Toute la terre est pleine de sa gloire !


Du temple à ces accents la voûte s’ébranla ;
Adonaï s’enfuit sous la nue enflammée ;
Le saint lieu fut rempli de torrents de fumée ;

La terre sous mes pieds trembla.


Et moi, je resterais dans un lâche silence !
Moi qui t’ai vu, Seigneur, je n’oserais parler !

À ce peuple impur qui t’offense
Je craindrais de te révéler !


Qui marchera pour nous ? dit le Dieu des armées.
Qui parlera pour moi ? dit Dieu. — Qui ? Moi, Seigneur.

Touche mes lèvres enflammées :
Me voilà ! je suis prêt !… Malheur ;

Malheur à vous qui dès l’aurore
Respirez les parfums du vin,
Et que le soir retrouve encore
Chancelants aux bords du festin !
Malheur à vous qui par l’usure
Étendez sans fin ni mesure
La borne immense de vos champs !
Voulez-vous donc, mortels avides,
Habiter dans vos champs arides,
Seuls, sur la terre des vivants ?

Malheur à vous, race insensée,
Enfants d’un siècle audacieux,