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COMMENTAIRE


DE LA PREMIÈRE MÉDITATION




Cette Méditation était adressée au comte Aymon de Virieu, l’ami le plus cher de mes premières années. J’ai parlé de lui dans le premier volume des Confidences. C’est de lui aussi qu’il est fait mention dans Raphaël. C’est lui qui me donna asile pendant l’hiver de 1817, que j’étais venu passer à Paris pour y voir un moment chaque soir la personne que j’ai célébrée sous le nom d’Elvire.

Virieu m’aimait comme un frère. Bien que nous n’eussions pas les mêmes caractères, nous avions les mêmes sentiments. Il avait sur moi la supériorité de l’âge, de la naissance, de la fortune, de l’éducation. Il aimait le grand monde, où son esprit prompt et brillant le faisait distinguer et applaudir. Ces tournois de conversation m’étaient insupportables : ils me fatiguaient l’esprit sans me nourrir le cœur. La fumée d’un narghilé, s’évaporant dans un ciel pur, m’a toujours paru moins inutile et plus voluptueuse que ces gerbes petillantes d’esprits inoccupés, brillant pour s’éteindre sous les lambris d’un salon. Je n’aimais la conversation qu’à deux ; je fuyais le monde. Le sentiment s’éva-