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POÉTIQUES.


Mais pourquoi chantais-tu ? — Demande à Philomèle
Pourquoi, durant les nuits, sa douce voix se mêle
Au doux bruit des ruisseaux sous l’ombrage roulant.
Je chantais, mes amis, comme l’homme respire,
Comme l’oiseau gémit, comme le vent soupire,

Comme l’eau murmure en coulant.


Aimer, prier, chanter, voilà toute ma vie.
Mortel, de tous ces biens qu’ici-bas l’homme envie,
À l’heure des adieux je ne regrette rien ;
Rien que l’ardent soupir qui vers le ciel s’élance,
L’extase de la lyre, ou l’amoureux silence

D’un cœur pressé contre le mien.


Aux pieds de la beauté sentir frémir sa lyre ;
Voir d’accord en accord l’harmonieux délire
Couler avec le son et passer dans son sein ;
Faire pleuvoir les pleurs de ces yeux qu’on adore,
Comme au souffle des vents les larmes de l’aurore

Pleuvent d’un calice trop plein ;


Voir le regard plaintif de la vierge modeste
Se tourner tristement vers la voûte céleste,
Comme pour s’envoler avec le son qui fuit ;
Puis, retombant sur vous plein d’une chaste flamme,
Sous ses cils abaissés laisser briller son âme,

Comme un feu tremblant dans la nuit ;


Voir passer sur son front l’ombre de sa pensée ;
La parole manquer à sa bouche oppressée ;
Et de ce long silence entendre enfin sortir
Ce mot qui retentit jusque dans le ciel même,
Ce mot, le mot des dieux et des hommes : « Je t’aime ! »

Voilà ce qui vaut un soupir.