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MÉDITATIONS


Superbe, et dédaignant ce que la terre admire,
Tu ne demandais rien au monde que l’empire.
Tu marchais… tout obstacle était ton ennemi.
Ta volonté volait comme ce trait rapide
Qui va frapper le but où le regard le guide,

Même à travers un cœur ami.


Jamais, pour éclaircir ta royale tristesse,
La coupe des festins ne te versa l’ivresse ;
Tes yeux d’une autre pourpre aimaient à s’enivrer.
Comme un soldat debout qui veille sous ses armes,
Tu vis de la beauté le sourire ou les larmes,

Sans sourire et sans soupirer.


Tu n’aimais que le bruit du fer, le cri d’alarmes,
L’éclat resplendissant de l’aube sur les armes ;
Et ta main ne flattait que ton léger coursier,
Quand les flots ondoyants de sa pâle crinière
Sillonnaient, comme un vent, la sanglante poussière,

Et que ses pieds brisaient l’acier.


Tu grandis sans plaisir, tu tombas sans murmure.
Rien d’humain ne battait sous ton épaisse armure :
Sans haine et sans amour, tu vivais pour penser.
Comme l’aigle régnant dans un ciel solitaire,
Tu n’avais qu’un regard pour mesurer la terre,

Et des serres pour l’embrasser.


S’élancer d’un seul bond au char de la victoire ;
Foudroyer l’univers des splendeurs de sa gloire ;
Fouler d’un même pied des tribuns et des rois ;
Forger un joug trempé dans l’amour et la haine,
Et faire frissonner sous le frein qui l’enchaîne

Un peuple échappé de ses lois ;