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POÉTIQUES.

Un jour, de la terre où l’on aime,
Évanouissons-nous de même
En un soupir mélodieux !


Non, non, brise à jamais cette corde amollie !
Mon cœur ne répond plus à ta voix affaiblie.
L’amour n’a pas de sons qui puissent l’exprimer :
Pour révéler sa langue, il faut, il faut aimer.
Un seul soupir du cœur que le cœur nous renvoie,
Un œil demi-voilé par des larmes de joie,
Un regard, un silence, un accent de sa voix,
Un mot toujours le même et répété cent fois,
Ô lyre, en disent plus que ta vaine harmonie !
L’amour est à l’amour, le reste est au génie.
Si tu veux que mon cœur résonne sous ta main,
Tire un plus mâle accord de tes fibres d’airain.





J’entends, j’entends de loin comme une voix qui gronde ;
Un souffle impétueux fait frissonner les airs,

Comme l’on voit frissonner l’onde

Quand l’aigle, au vol pesant, rase le sein des mers.





Eh ! qui m’emportera sur des flots sans rivages ?
Quand pourrai-je, la nuit, aux clartés des orages,
Sur un vaisseau sans mâts, au gré des aquilons,
Fendre de l’Océan les liquides vallons,
M’engloutir dans leur sein, m’élancer sur leurs cimes,
Rouler avec la vague au sein des noirs abîmes