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MÉDITATIONS

Dans l’astre au front changeant, dont la forme inégale
Grandissant, décroissant, mourant par intervalle,
Prête ou retire aux nuits ses limpides rayons,
L’Éternel étendit d’immenses régions,
Où, des êtres réels images symboliques,
Les Songes ont bâti leurs palais fantastiques.
Sortis demi-formés des mains du Tout-Puissant,
Ils tiennent à la fois de l’être et du néant :
Un souffle aérien est toute leur essence,
Et leur vie est à peine une ombre d’existence ;
Aucune forme fixe, aucun contour précis,
N’indiquèrent jamais ces êtres indécis ;
Mais ils sont, aux regards du Dieu qui les fit naître,
L’image du possible et les ombres de l’être.
La matière et le temps sont soumis à leurs lois.
Revêtus tour à tour de formes de leur choix,
Tantôt de ce qui fut ils rendent les images ;
Et tantôt, s’élançant dans le lointain des âges,
Tous les êtres futurs, au néant arrachés,
Apparaissent d’avance en leurs jeux ébauchés.

Quand la nuit des mortels a fermé la paupière,
Sur les pâles rayons de l’astre du mystère
Ils glissent en silence, et leurs nombreux essaims
Ravissent au sommeil les âmes des humains,
Et, les portant d’un trait à leurs palais magiques,
Font éclore à leurs yeux des mondes fantastiques.
De leur globe natal les divers éléments,
Subissant à leur voix d’éternels changements,
Ne sont jamais fixés dans des formes prescrites,
Ne connaissent ni lois, ni repos, ni limites ;
Mais sans cesse en travail, l’un par l’autre pressés,
Séparés, confondus, attirés, repoussés,