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POÉTIQUES.

SAÜL.

Perfide ! Qu’as-tu dit ? Lui, David, couronné ?


LA PYTHONISSE, avec tristesse.

Hélas ! et tu péris, jeune homme infortuné !
Et pour pleurer ton sort, belle et tendre victime,
Les palmiers de Cadès ont incliné leur cime !…
Grâce ! grâce, ô mon Dieu ! détourne tes fureurs !
Saül a bien assez de ses propres malheurs…
Mais la mort l’a frappé, sans pitié pour ses charmes,
Hélas ! et David même en a versé des larmes !


SAÜL.

Silence ! c’est assez : j’en ai trop écouté.


LA PYTHONISSE.

Saül, pour tes forfaits ton fils est rejeté.
D’un prince condamné Dieu détourne sa face,
D’un souffle de sa bouche il dissipe sa race :
Le sceptre est arraché !…


SAÜL, l’interrompant avec violence.

Le sceptre est arraché !…Tais-toi, dis-je, tais-toi !


LA PYTHONISSE.

Saül, Saül, écoute un Dieu plus fort que moi !
Le sceptre est arraché de tes mains sans défense ;
Le sceptre dans Juda passe avec ta puissance,
Et ces biens par Dieu même à ta race promis,
Transportés à David, passent tous à ses fils.
Que David est brillant ! que son triomphe est juste !
Qu’il sort de rejetons de cette tige auguste !
Que vois-je ? un Dieu lui-même !… Ô vierges du saint lieu,
Chantez, chantez David ! David enfante un Dieu !…