Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/487

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COMMENTAIRE


DE LA VINGT-CINQUIÈME MÉDITATION




C’est une inspiration complète.

Une femme des plus ravissantes par la beauté et par le charme de l’âme, devenue depuis une des plus éminentes par la vertu active, et par la prodigalité de sa vie à toutes les misères humaines, la marquise de B***, me rencontra en Savoie en allant à Turin, et me pria de l’accompagner à la Grande-Chartreuse. J’acceptai avec bonheur. Je l’admirais depuis longtemps, et mon attachement pour elle avait ce vague indéterminé entre le respect et l’attrait, qui fait qu’on ne se définit pas soi-même ce qu’on éprouve, de peur de le faire évanouir en le regardant de trop près. Son imagination ardente, tendre et pieuse, était le cristal le plus limpide et le plus coloré à la fois à travers lequel l’œil et le cœur d’un poëte pussent contempler ces montagnes, monuments de la nature, et ce monastère, monument de l’homme. La saison était brûlante, et donnait plus d’attrait aux sens pour les ombrages, les murmures et les fraîcheurs des bois, des neiges et des torrents.