Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/85

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» Mon être, sans se plaindre et sans t’interroger,
» De soi-même, en silence, accourra s’y ranger.
» Comme ces globes d’or qui dans les champs du vide
» Suivent avec amour ton ombre qui les guide,
» Noyé dans la lumière ou perdu dans la nuit,
» Je marcherai comme eux où ton doigt me conduit :
» Soit que, choisi par toi pour éclairer les mondes,
» Réfléchissant sur eux les feux dont tu m’inondes,
» Je m’élance entouré d’esclaves radieux,
» Et franchisse d’un pas tout l’abîme des cieux ;
» Soit que, me reléguant loin, bien loin de ta vue,
» Tu ne fasses de moi, créature inconnue,
» Qu’un atome oublié sur les bords du néant,
» Ou qu’un grain de poussière emporté par le vent,
» Glorieux de mon sort, puisqu’il est ton ouvrage,
» J’irai, j’irai partout te rendre un même hommage,
» Et, d’un égal amour accomplissant ta loi,
» Jusqu’aux bords du néant murmurer : Gloire à toi !

» Ni si haut, ni si bas ! simple enfant de la terre,
» Mon sort est un problème, et ma fin un mystère ;
» Je ressemble, Seigneur, au globe de la nuit,
» Qui, dans la route obscure où ton doigt le conduit,
» Réfléchit d’un côté les clartés éternelles,
» Et de l’autre est plongé dans les ombres mortelles.
» L’homme est le point fatal où les deux infinis
» Par la toute-puissance ont été réunis.
» À tout autre degré, moins malheureux peut-être,
» J’eusse été… Mais je suis ce que je devais être ;
» J’adore sans la voir ta suprême raison :
» Gloire à toi qui m’as fait ! ce que tu fais est bon.
» Cependant, accablé sous le poids de ma chaîne,
» Du néant au tombeau l’adversité m’entraîne ;