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RAPHAËL

femme, entre l’attrait et la prosternation. Ce dernier sentiment l’emporta à la fois dans man âme et dans celle de mon ami. Nous tombâmes à genoux devant son canapé ; nous baisâmes le bout du châle noir qui enveloppait ses pieds. Ces vers lui parurent seulement l’émanation instantanée et isolée du sentiment que j’avais pour elle. Elle les loua, elle ne m’en reparla plus. Elle aimait mieux nos entretiens naturels, et même nos silences l’un près de l’autre, que ces jeux de l’esprit qui profanent l’âme plus qu’ils ne l’expriment. Louis nous quitta quelques jours après.

L

À la suite de ces premiers vers de moi, faible strophe du chant continuel de mon cœur, elle me pria de lui composer une ode qu’elle adresserait comme un tribut d’admiration et comme un essai de mon talent à un des hommes de sa société de Paris pour lequel elle professait le plus de respect et d’attachement. C’était M. de Bonald. Je ne connaissais rien de lui que son nom et l’auréole de législateur philosophe et chrétien dont ce nom était alors justement entouré. Je me figurai que j’avais à parler à un Moïse moderne puisant dans les rayons d’un autre Sinaï la lumière divine dont il éclairait les lois humaines. J’écrivis cette ode en une nuit. Je la lus, le matin, sous un châtaignier de la montagne, à celle qui me l’avait inspirée. Elle me la fit relire trois fois. Elle la copia, le soir, de sa main légère, mais ferme. Ses caractères glissaient comme l’ombre des ailes de ses pensées sur le papier blanc, avec la rapidité, l’élégance et la limpidité du vol de l’oiseau dans l’air. Le lendemain elle l’envoya à Paris. M. de Bonald lui répondit des choses de bon augure sur mon talent. Ce fut l’origine