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RAPHAËL

mère, il me donna trente-cinq louis de toute ma dépouille. Je courus de là à l’auberge où dormait Julie. Je fis appeler son courrier. Je lui dis que j’accompagnerais de loin la voiture jusqu’aux portes de Paris, mais que je ne voulais pas que sa maîtresse s’en aperçût, de peur qu’elle ne s’y opposât par égard pour moi. Je lui demandai le nom des villes et des hôtels où il comptait s’arrêter et descendre, sur la route, afin de m’arrêter dans les mêmes villes, mais de descendre dans d’autres hôtels. Je récompensai d’avance largement sa discrétion. À la poste, je retins des chevaux, je courus, et je partis une demi-heure après avoir vu partir la voiture que je voulais suivre.

LXIV

Aucun obstacle imprévu ne vint contrarier la surveillance inaperçue que je voulais exercer sur la voiture que je suivais. Le courrier avertissait secrètement les postillons de l’approche d’une seconde calèche pour le service de laquelle il commandait deux chevaux. Je trouvais l’attelage préparé aux relais. Je pressais ou je ralentissais le pas, selon que je voulais me tenir éloigné ou me rapprocher davantage de la première voiture. J’interrogeais les postillons sur la santé de la jeune dame qu’ils avaient menée devant moi. Du haut des côtes, au loin dans la plaine, j’apercevais la voiture qui courait dans le brouillard ou dans le soleil, en emportant mon bonheur. Ma pensée devançait la course des chevaux, s’élançait dans la voiture, contemplait Julie endormie dans un songe plein de moi, ou veillant et pleurant dans les images de nos beaux jours écoulés.

Quand je fermais les yeux, pour la mieux voir en moi-même, je croyais entendre sa respiration. J’ai peine à