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RAPHAËL

Julie était debout, dans la lumière, le coude nonchalamment appuyé sur le marbre blanc de la cheminée ; sa taille élancée, ses épaules et son profil réverbérés et doublés par la glace, le visage tourné vers la porte, les yeux fixés sur un petit corridor obscur qui précédait le salon, la tête un peu tendue et inclinée de côté, dans l’attitude de quelqu’un qui cherche à distinguer par l’oreille un bruit de pas qui s’approchent. Elle était vêtue d’une robe de deuil de soie noire, garnie de dentelles noires aussi autour de la gorge, de la taille et aux pieds. Ces dentelles, froissées par les coussins du fauteuil où la retenaient l’indolence et la langueur de sa vie, ressemblaient à ces grappes noires du sureau égrenées par le vent d’automne.

L’obscurité de ce costume ne laissait dans la lumière que les épaules, le cou, le visage. Ce deuil de la robe était complété par le deuil naturel de ses cheveux noirs noués au-dessus de sa tête. L’uniformité de cette couleur relevait encore la hauteur et la gracieuse flexibilité de sa taille. Les reflets du foyer dans la glace, la lueur d’une lampe posée sur un angle de la cheminée et qui frappait sur sa joue, l’animation de l’attente, de l’impatience, de l’espoir, répandaient sur son visage une clarté de jeunesse, de coloration et de vie qui ressemblait à une transfiguration par l’amour !

LXXXIV

Mon premier cri fut un cri de joie et un saisissement de bonheur en la revoyant ainsi plus vivante, plus belle et plus immortelle à mes yeux que je n’avais jamais osé la voir aux plus doux soleils de Savoie. Un sentiment de sécurité trompeuse et d’éternelle possession entra dans mon