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RAPHAËL

Cette science alors n’était pas faite. Science tout expérimentale, elle n’avait pas assez d’années ni de maturité pour tant affirmer. Elle a vieilli depuis ; elle promet aux hommes d’État quelques dogmes à appliquer avec mesure aux sociétés humaines, quelques sources d’aisance et quelques liens de fraternité de plus à serrer entre les nations.

XCVII

J’entremêlai ces fortes études de celle qui m’avait toujours attiré davantage dès mon enfance : c’était l’étude de la diplomatie ou des rapports des gouvernements entre eux.

Un hasard m’ouvrit les sources. J’avais écrit, pendant mon application à l’économie politique, une brochure d’une centaine de pages sur une question qui préoccupait vivement alors les esprits. Le titre de cette brochure était : Quelle est la place qu’une noblesse peut occuper en France dans un gouvernement constitutionnel ?

Je traitai cette question, très-délicate dans un pareil moment, avec l’instinct de bon sens assez net que la nature m’avait donné, et avec cette impartialité d’un jeune esprit indépendant qui s’élève sans peine au-dessus des vanités d’en haut, des envies d’en bas et des préjugés de son temps. J’y parlais avec amour du peuple, avec intelligence des institutions, avec respect de cette noblesse historique dont les noms ont été longtemps le nom de la France elle-même sur les champs de bataille, dans nos magistratures et à l’étranger. Je concluais à la suppression de tout privilège de noblesse autre que la mémoire des peuples, qu’on ne supprime pas. Je demandais une pairie élective, et je démontrais que, dans un pays libre, il n’y avait d’autre noblesse