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RAPHAËL

jeune Français qu’on attend chez Fanchette, et à qui je suis chargé de remettre ce papier ? » En parlant ainsi, il se jeta dans l’eau jusqu’à mi-jambes, et, s’avançant vers moi une grosse lettre à la main, il me la remit.

Je sentis, au poids, que cette lettre en contenait plusieurs. J’ouvris précipitamment la première enveloppe, et je lus confusément, à la lueur de la lune, un billet de mon ami L*** daté du matin à Chambéry. L*** me disait que mon logement était retenu et préparé chez la pauvre servante du faubourg ; que personne n’était encore arrivé de Paris chez notre ami le vieux médecin ; que, sachant par moi-même mon arrivée prochaine à Haute-Combe, il profitait du départ d’un homme sûr, qui devait passer sous l’abbaye, pour m’envoyer le paquet de lettres venues depuis deux jours à mon adresse, lettres dont je devais être affamé ; il viendrait, disait-il, lui-même me chercher le lendemain soir à Haute-Combe ; nous traverserions le lac et nous entrerions dans la ville à l’ombre de la nuit.

CXL

En parcourant ce billet, je tenais le paquet d’une main tremblante. Il me semblait lourd comme ma destinée. Je me hâtai de payer et de congédier le batelier impatient de repartir pour sortir du lac et entrer dans le Rhône avant les dernières ténèbres ; je ne lui demandai qu’un bout de chandelle pour lire mes lettres, il me le donna. J’entendis le bruit de ses rames entamant de nouveau la nappe profonde. Je rentrai bondissant de joie dans la chambre haute où j’avais étendu la paille pour mon sommeil. J’allais revoir les caractères sacrés de cet ange, à la place même où il s’était manifesté à mes yeux. Je ne doutais pas qu’une