Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/385

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RAPHAËL

vent, avec celle qui me rend mon espérance patiente et douce comme la certitude, visiter la vallée de Chambéry et le lac d’Aix. Quand je m’assieds sur les hauteurs de la colline de Tresserves, au pied de ces châtaigniers qui ont senti le cœur de cette femme battre contre leur écorce, quand je regarde ces montagnes, ces neiges, ces prairies, ces arbres, ces dents de rocher plongés dans une atmosphère chaude qui semble baigner la terre entière dans un parfum liquide et ambré ; quand j’entends frissonner les feuilles, bourdonner les insectes, soupirer les brises, et les vagues du lac se froisser doucement sur leurs bords avec le bruit d’une étoffe de soie qui se déroule pli à pli ; quand je vois l’ombre de celle dont Dieu a fait ma compagne jusqu’à la fin de mes jours se dessiner à côté de moi, sur le sable ou sur l’herbe ; que je sens dans ma poitrine une plénitude qui ne désire rien avant la mort et une paix que n’agite plus aucun soupir : alors je crois voir l’âme heureuse de celle qui m’apparut un jour dans ces lieux s’élever étincelante et immortelle de tous les points de cet horizon, remplir d’elle seule ce ciel et ces eaux comme une bénédiction débordant sur cette vallée.

(Là s’arrêtait le manuscrit «le Raphaël.)
FIN DE RAPHAËL.