Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/286

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

prétention. Ils nous récitèrent plusieurs fragments de son poëme.

Ayant pris congé d’eux, nous marchâmes au grand pas des dromadaires, et vînmes camper sur les bords d’un lac d’une grande étendue, appelé Raam-Beni-Hellal. Il reçoit ses eaux d’une colline que nous avions côtoyée.

Le lendemain, arrivés au milieu d’un désert aride, nous aperçûmes une petite oasis, formée d’un arbuste appelé jorfé ; nous n’en étions plus qu’à quelques pas, lorsque nos dromadaires s’arrêtèrent court : nous crûmes d’abord qu’ils voulaient se reposer dans un endroit où un retour de végétation semblait leur annoncer de l’eau ; mais nous reconnûmes bientôt que leur répugnance venait d’un effroi instinctif qui se manifestait par tous les signes d’une invincible terreur ; ni caresses ni menaces ne pouvaient les faire avancer. Ma curiosité se trouvant excitée au plus haut degré, je mis pied à terre pour connaître la cause de leur épouvante ; mais, à peine entré dans le bosquet, je reculai moi-même involontairement. La terre était jonchée de peaux de serpents de toute grandeur et de toute espèce. Il y en avait des milliers ; quelques-unes grosses comme des câbles de vaisseau, d’autres minces comme des anguilles. Nous nous éloignâmes précipitamment de cet endroit, rendant grâces à Dieu de n’avoir trouvé que les peaux de ces reptiles venimeux.

Le soir, ne pouvant joindre aucun abri, il nous fallut passer la nuit au milieu du désert ; mais j’avoue que mon imagination, frappée du spectacle horrible du bosquet,