Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/302

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m’avaient fait une telle impression, que je franchis le seuil avec délices.

Nous prîmes le chemin du pays de Hégias, couchant chaque nuit dans les tribus qui couvraient le désert. Le cinquième jour, après avoir passé la nuit sous les tentes de El-Henadi, nous nous levâmes avec le soleil, et sortîmes pour seller nos dromadaires, qu’à notre grand étonnement nous trouvâmes la tête enterrée dans le sable, d’où il nous fut impossible de les faire sortir. Nous appelâmes à notre aide les Bédouins de la tribu, qui nous apprirent que l’instinct des chameaux les portait à se cacher ainsi pour éviter le simoun ; que c’était un présage de ce terrible vent du désert qui ne tarderait pas à éclater, et que nous ne pouvions nous mettre en route sans courir à une mort certaine. Les chameaux, qui sentent deux ou trois heures à l’avance l’approche de ce terrible fléau, se tournent du côté opposé au vent, et s’enfoncent dans le sable. Il serait impossible de leur faire quitter cette position pour manger ou boire pendant toute la tempête, durât-elle plusieurs jours. La Providence leur a donné cet instinct de conservation, qui ne les trompe jamais.

Lorsque nous apprîmes de quoi nous étions menacés, nous partageâmes la terreur générale, et nous nous hâtâmes de prendre toutes les précautions qu’on nous indiqua. Il ne suffit pas de mettre les chevaux à l’abri, il faut encore leur couvrir la tête et leur boucher les oreilles ; autrement ils seraient suffoqués par les tourbillons d’un sable fin et subtil que le vent balaye avec fureur devant lui. Les hommes se rassemblent sous les tentes, en bouchent les ouver-