Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/328

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À la fin de la soirée, comme Antar allait se retirer, Mallek le pria d’oublier les demandes d’Ablla, voulant ainsi les lui rappeler indirectement. Rentré chez lui, Antar dit à son frère Chaiboud de lui préparer son cheval, El-Abgea ; et il partit aussitôt après, se dirigeant vers la montagne de Beni-Touailek. Chemin faisant, il raconta à Chaiboud ce qui s’était passé le soir même chez Ablla. — « Maudit soit votre oncle ! s’écria son frère. Quel méchant homme ! De qui Ablla tenait-elle ce qu’elle vous a raconté, si ce n’est de son père, qui veut se débarrasser de vous en vous précipitant dans de si grands dangers ? » — Antar, sans faire la moindre attention aux paroles de Chaiboud, lui dit de hâter sa marche, afin d’arriver un jour plus tôt : tant il était pressé de remplir son engagement ; puis il récita les vers suivants :

« Je parcours les mauvais chemins pendant l’obscurité de la nuit. Je marche à travers le désert, plein de la plus vive ardeur, sans autre compagnon que mon sabre, ne comptant jamais les ennemis. Lions, suivez-moi !… vous verrez la terre jonchée de cadavres servant de pâture aux oiseaux du ciel.

» Kaled[1] n’est plus bien nommé depuis que je le cherche. Djida n’a plus lieu de se glorifier.

» Leur pays n’est plus en sûreté : bientôt les tigres seuls l’habiteront.

» Ablla, recevez d’avance mes félicitations sur tout ce qui doit orner votre triomphe !

  1. Heureux.