Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/89

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Marko s’opposa à ce qu’il fermât la porte ;
Il se plaça de manière à voir passer le More,
Et tous les convives parés de fleurs.
Mais voici un grand tumulte dans Stamboul :
Voyez ! le sombre More arrive monté
Sur sa svelte jument arabe,
Et avec lui cinq cents convives,
Et tous les cinq cents noirs comme lui !
Noir est le conducteur, et noir est le héraut,
Et le fiancé lui-même est un noir Africain.
Fougueuse et bondissante, la cavale sautait ;
Les pierres roulaient sous ses pieds,
Et allaient fracasser les boutiques.
Quand le cortége arriva devant l’hôtellerie,
Le More dit en lui-même :
« Juste ciel, quelle merveille !
Tout est fermé dans la blanche Stamboul,
Tout fuit devant moi, de crainte et d’épouvante ;
Et la porte de cette seule hôtellerie est ouverte ?
Il n’y a peut-être personne dans cette auberge :
Ou seraient-ils assez fous
Pour n’avoir pas peur de mon approche ? »

En disant cela, le More continua sa route.
Arrivé devant le palais du sultan,
Il campa dans ce lieu, et y passa la nuit ;
Et quand l’aube du matin parut,
Le sultan lui remit la jeune vierge,
Et le riche trousseau de la mariée,
Dont douze chevaux étaient pesamment chargés.