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signes visibles de son pouvoir actuel, et la civilisation de son peuple, sont calculés et propres à élever et à gratifier son orgueil national. Mais il sent aussi que les liens qui l’attachent à l’empire sont ceux d’une dépendance prolongée ; il ne sent qu’en passant, ce pouvoir et cette prospérité, et il sait que dans ce gouvernement ni lui ni ses compatriotes n’ont de voix. Tandis que son voisin de l’autre côté de la frontière, se donne de l’importance, sachant que son vote exerce de l’influence dans les conseils, et que lui-même participe dans les progrès d’une nation puissante, le Colon sent la nullité de l’influence du gouvernement restreint et subordonné auquel il appartient. Dans sa propre colonie, et les voisines, il ne trouve que de petits objets occupant une société petite, stationnaire et divisée ; et c’est lorsque les chances d’une communication incertaine et tardive lui apportent les nouvelles de ce qui s’est passé un mois auparavant, de l’autre côté de l’Atlantique, qu’il se ressouvient de l’empire auquel il est lié ; mais l’influence des États-Unis l’entoure de tous les côtés et lui est toujours présente. Elle se répand autant que la population augmente et que les communications s’étendent ; elle pénètre dans toutes les parties du continent où paraît l’esprit entreprenant et commercial de l’Américain. Elle est sentie dans toutes les transactions de commerce, à partir de l’opération importante du système monétaire, jusqu’aux plus petits détails de trafic ordinaire. Elle empreint dans toutes les habitudes et les opinions des pays voisins, les sentiments, les pensées et les usages du peuple Américain. Telle est l’influence qu’une grande nation exerce sur un petit pays qui l’avoisine. Ses idées et ses mœurs le subjugent, même lorsqu’il est nominalement indépendant de son autorité. Si nous désirons prévenir l’extension de cette influence, on ne peut le faire qu’en donnant aux Colons de l’Amérique du Nord une nationalité qui leur soit propre, en élevant ces petites sociétés peu importantes, à un état qui aura quelque objet d’importance nationale, en donnant ainsi à leurs habitants un pays qu’ils ne désireront pas voir absorbé par un autre même plus puissant.

Tout en voyant que la formation d’un système étendu de gouvernement et d’une union puissante des différentes Provinces produiraient ce résultat important sur les sentimens de leurs habitans en général, je suis enclin à attacher une bien grande importance à l’influence que cela aurait, en donnant une plus grande carrière et plus de contentement à la forte ambition des personnelles plus actives et les plus éminentes dans les colonies. Tant que l’ambition personnelle fera partie de la nature humaine, et tant que la mo-