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LE FÊVRE

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mathématicien et théologien, né à Etaples vers 1455, mort en 1536 ou 1537. Après avoir reçu à Paris le grade de maître es arts, il alla continuer ses études en Italie, où il suivit les leçons de Jean Argyrophile ; il parcourut ensuite divers pays, on dit même l’Asie et l’Afrique, pour augmenter ses connaissances. Rentré en France, il fut nommé professeur de mathématiques et de philosophie au collège du Cardiiul-Lemoine. Ses leçons, ses écrits, les éditions qu’il publia lui tirent donner le titre de restaurateur de la saine dialectique. — Les travaux les plus importants de la première partie de sa vie se rapportent à la philosophie d’Aristote, qu’il révéla aux scolastiques étonnés qui s’imaginaient la connaître : In Aristotelis octo physicos libros paraphrasis (Paris, 1492, in-fol. ; 1504, in-4) ; Artificialis introductio moralis in X libros Ethicorum Aristotelis (Paris, 1496, in-fol. ; plusieurs fois réimpr.) ; Ars moralis ex Aristotele (Paris, 1499, in-4 : Vienne, loi 3) ; Aristotelis totius philosophiœ naturalis paraphrases (Paris, 1501, in-fol., plusieurs fois réimpr.) ; Aristotelis Ubri Logicorum récognitif Boetio Severino interprète, et. paraphrases in eosden, cum adjunctis annolationibus (Paris, 1503, in-fol. ; 1510, 1520) ; In sex primos Metaphysicorum libros Aristotelis introductio (Paris, 1505, in-fol. ; 1515) ; Polit icorum Ubri Vlll, Economicorum Ubri II ; Hecatonomiarum libri VU ; Economiarum publicarum liber nnus, Leonardo interprète, cum commentariis J. Fabri ; Expia-

?iationis L. Aretini in OEconomica Ubri II (Paris, 

1506, in-fol., 1511 ; plusieurs fois réimpr.) ; Introdhincula in Politica Aristotelis et Xenophontis OEconomicum, a Raphaelo Volateruno translata (Paris, 1508, 1512, 1516, in-fol.). Cette œuvre sur Aristote comprenait, outre les traductions faites par Boetius Severinus, Bessarion et Leonardi Bruni dit l’Arétin, des introductions, des notes, des paraphrases et des commentaires, présentés parfois sous forme de dialogues. En même temps Le Fèvre donnait des éditions annotées des OEuvres de Denys V Aréropagite, des Lettres d’Ignace et de Polycarpe (Paris, 1498, in-fol., 1515 ; Baie, 1520, in-4) ; de plusieurs écrits de Raymond huile (Paris, 1499, in-fol., 1505, in-fol.) ; de la Théologie de Jean Damascène (Paris, 1507, in-4 ; 1512 et 1519, in-fol. ; Baie, 1539, in-fol.) ; et de quelques ouvrages sur V arithmétique, la géométrie si Vastronomie. Dans ses travaux sur Aristote, il était aidé par’Josse Clicton, et dans ses divers ouvrages de mathématiques et de théologie mystique, par Gérard Roussel.

Guillaume Briçonnet (V. ce nom) avait été l’élève de Le Fèvre ; en 1504, il devint évèque de Lodève ; en 1507, il obtint l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, avec, dispense de résider dans son diocèse. Il s’empressa alors d’appeler, d’établir dans cette abbaye son ancien maitre. Ce fut là que Le Fèvre fit ses premiers ouvrages sur la Bible : Quintuplex psalterium, gallicum, romanum, hebraicum, velus et conciliatum (Paris, 1509, in-fol., 1513). Ce livre se composait de la publication d’un manuscrit trouvé dans un monastère, reproduisant en trois colonnes les trois textes latins des psaumes dus à saint Jérôme, le Psalterium romanum, dont on se servait en Italie, le Psalterium gallicum, adopté en Gaule, pour lesquels saint Jérôme avait suivi la version des Septante, et le Psalterium hebraicum, revu par lui sur l’hébreu. Le Fèvre y ajouta, en deux autres colonnes, la version dont on se servait avant saint Jérôme, Vêtus Psalterium, et une revision du Psalterium gallicum sur l’original, Psalterium conciliatum, qu’il avait entreprise, quoiqu’il connût fort imparfaitement la langue hébraïque. Chaque psaume était accompagné d’un commentaire, qui en présentait le sens spirituel, c.-à-d. l’allégorie qui l’appliquait à Jésus-Christ. Santi Pauli Epistolœ XIV ex Vulgata éditione,adjecta intelligentia ex Grœco, cum commentariis (Paris, 1 512, in-fol. ; 1515, 1517, 1531 ; Cologne, 1531, in-4 ; Bâle, 1527, in-fol. ; Anvers, 1540). Dans la préface, Le Fèvre expliquait les raisons pour lesquelles il avait préféré, pour son interprétation, le texte grec à celui de la Vuglate : hardiesse grande, puisque le texte grec était celui des schismatiques. Il prétendait même que saint Jérôme n’était pas l’auteur de la Vulgate. Ses commentaires contenaient des témérités plus graves encore, rejetant l’idée du sacrifice pour la messe, attribuant une médiocre importance à la confession, au jeune, aux pèlerinages et aux autres pratiques ordonnées par l’Eglise. Le Fèvre préparait ainsi la voie aux réformateurs ; et quoique ses commentaires sur les Epitres de saint Paul eussent précédé de quelques années l’œuvre de Luther, on les accusa plus tard de luthéranisme. Cependant, sur des points essentiels, il restait attaché à des doctrines que la Réformation repoussa : le libre arbitre, la transsubstantiation. Il n’admettait ni la prédestination absolue, ni même la justification par la foi seule ; il reconnaissait le mérite des œuvres ; et humaniste fervent, grand admirateur de l’antiquité, il croyait au salut des païens vertueux. Plusieurs années après îa publication de ses commentaires sur les épîtres de saint Paul, on le voit encore religieusement soumis aux ordonnances de l’Eglise, observant les jeûnes prescrits, vénérant les reliques, « faisant, comme le rapporte Farel, les plus grandes révérencesaux images », implorant l’intercession des saints, vouant à la Vierge une ardente dévotion, et recueillant les matériaux d’un martyrologe, dont la première partie, comprenant les martyrs dont les fêtes sont célébrées au mois de janvier, parut en 1524 : Agones Martyrum mensis januarii (Paris, 1524, in-fol. ; Rome, 1559). En 1517, il publia deux dissertations tendant à démontrer que la femme pécheresse dont parle saint Luc (vu, 38), Marie, sœur de Marthe, et Marie que Jésus avait délivrée de plusieurs démons, étaient trois personnes différentes ; l’autre, que Jésus ne passa que deux nuits dans le tombeau, et qu’il ressuscita dans les premières heures du troisième jour : De Maria Magdalcna et Triduo Christi disceptatio (Paris, in-4). Pour répondre aux attaques fort violentes que ces conclusions avaient provoquées, il donna une nouvelle édition, à laquelle il ajouta une troisième dissertation établissant que Anne, mère de Marie, n’avait point été mariée trois fois, et qu’elle n’avait pas eu trois filles, nommées toutes trois Marie ; mais qu’elle n’avait eu qu’un seul époux et une seule fille, Marie, mère de Jésus : De Maria Magdalena, Triduo Christi et ex tribus una Maria disceptatio (Paris, 1518, in-4 ; La Haye, 1518, in-4 ; Paris, 1519, in-4). De Tribus et unica Magdalena disceptatio secunda (Paris, 1519, in-8). Ces thèses ne touchaient point au dogme, mais elles contredisaient des traditions acceptées par l’Eglise romaine, et consacrées par ses offices. A l’instigation de Noël Béda, la Sorbonne déclara hérétique quiconque enseignerait qu’il y a eu plusieurs Marie-Madeleine (9 nov. 1521), et le parlement commença des poursuites contre Le Fèvre, pour crime d’hérésie ; mais François I er , sur l’avis de Guillaume Petit, son confesseur, fit défense de les continuer. — Quelques mois auparavant, Le Fèvre s’était retiré auprès de Briçonnet, alors évèque de Meaux, qui lui confia la direction de la léproserie (11 août 1521) et se l’adjoignit ensuite comme vicaire général au spirituel (1 er mai 1523). Ce fut là qu’il acheva son commentaire sur les quatre Evangiles : Commentarii initiatorii in IV Evangelia (Paris, 1521, in-fol. ; Meaux, 1522, in-fol. ; Baie’, 1523, in-fol. ; Cologne, 1541 , in-fol.). H n’y réprouvait directement aucune des doctrines catholiques combattues par Luther, mais il les modifiait, à l’aide de distinctions et de combinaisons mystiques, destinées à les accommoder avec l’enseignement des Ecritures, qu’il traitait d’ailleurs d’une manière parfois fort arbitraire, au caprice de l’interprétation allégorique. En même temps, Le Fèvre entreprenait de traduire la Bible en français : la S. Evangile selon S. Matthieu. La S. Evangile selon S. Marc. La S. Evangile selon S. Luc. La S. Evangile selon S. Jehan (Paris, 1523, in-8, 1524) ; les Épistres de S. Pol (1521 ?) ; les