Page:Langlois - Harivansa ou histoire de la famille de Hari, tome 1.djvu/120

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autrefois avaient aimé le mal et l’injustice, étaient maintenant tellement changés qu’ils honoraient leur mère courbée sous le poids de l’âge et réjouissaient le cœur de leur père. Quand la mort eut emporté leurs parents, alors laissant leur arc, ils se fixèrent dans la forêt, où bientôt après eux-mêmes aussi rendirent l’âme.

En récompense de leur bonne conduite, ils eurent encore dans leur vie suivante le souvenir du passé : ils naquirent sur l’agréable montagne de Câlandjara[1], sous la forme de cerfs à la haute ramure, tour à tour éprouvant et inspirant la terreur. Leurs noms étaient alors Ounmoukha, Nityavitrasta, Stabdacarna, Vilotchana, Pandita, Ghasmara et Nadin. Ainsi repassant dans leur mémoire leurs anciennes actions, ils erraient dans les bois, détachés de tout sentiment, de toute affection, soumis avec résignation aux devoirs qu’ils avaient à remplir, et dans leur solitude se livrant aux exercices de l’yoga[2]. Exténués par le jeûne et la pénitence, ils moururent à la suite de leurs pratiques pieuses[3], et l’on voit encore, ô fils de Bharata, sur le mont Câlandjara la marque de leurs pieds.

Leur piété fut cause qu’ils passèrent alors dans une classe d’êtres plus relevée ; transportés dans le beau pays de Sarodwîpa[4], ils eurent la forme de ces oies qui habitent le séjour des lacs : entièrement isolés de toute

  1. Cette montagne est dans le Bundelcund, et on l’appelle aujourd’hui Callinger. C’est un lieu célèbre pour les pèlerinages et le séjour des pénitents.
  2. Il est bizarre pour nous de voir de pareils sentiments prêtés à des animaux. Mais lisez dans les lois de Manou, lect. iv, sl. 148, et lect. xi, sl. 240, comment un pénitent se rappelle ses naissances précédentes, et comment les animaux et les végétaux même ont le mérite de la dévotion.
  3. Le texte présente ici un mot que je n’ai pu traduire littéralement. Les trois manuscrits portent que ces cerfs solitaires avaient accompli le marou, [sanskrit] maroum sâdhya. Je ne sais en quoi consiste cet exercice de piété. Le mot marou désigne un lieu aride et sablonneux, un désert. Le nom donné à ce genre de dévotion viendrait-il de la nature du terrain couvert de sable et stérile où se retirait le pénitent, ou plutôt du résultat produit par son séjour continu sur la même place, qui devait ainsi être dépouillée de toute végétation ? Ceci expliquerait pour quelle raison le sol avait conservé la trace des pas de ces cerfs.
  4. Je suppose que le Sarodwîpa est le pays où se trouve le lac Mânasa. Je me suis permis, en cet endroit, de réunir deux passages que j’ai trouvés seulenent sur le manuscrit dévanâgari de Paris, et d’en faire un petit ensemble qui complète ce qui manque dans les autres, pour deux naissances dont il ne parlent point. De cette manière, on retrouve le nombre de sept transmigrations, annoncé si souvent dans ce récit, mais je préviens que c’est grâce à mon arrangement : au reste, je n’ai rien ajouté.