Page:Larive - Dictionnaire français illustré - 1889 - Tome 1, part. 2, crotte-franch.djvu/156

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

peut tourner en frottant. C’est ce frottement des coussins sur le verie qui électrise cette roue. Voici miiiiitenant la théorie de la machine : Lorsqu’on lait tourner la roue, elle s’électrise positivement par l’elVet de son frottement conirc les coussins, l.e fluide positif qui s’y (U’veloppe décompose par influence le fluide neutre du conducleur, de sorte que le fluide négatif est attiré dans le voisinajre de la roue, tandis que le fluide positif est repoussé sur la partie postérieure des cylimlres. Mais le fluide néfçatif ne reste pas sur le conducteur : il s’écoule par les pointes dont sont munies les deux tiges rerourl )ées en fer à cheval et va s’unir au fluide positif de la roue pour reconstituer du fluide neutre. La roue continuant à tourner, il se développe une nouvelle quantité de fluide positif qui détermine un surcroit d’électrisation du conducteur et il en est ainsi jusqu’à te que la charge du conducteur ait atteint une certaine limite qui ne peut être dépassée. Le fluide positif s’accumule de la sorte sur le conducteur qui devient une source d’électricité. Aujour(rhui on a grand soin de faire communiquer les coussins avec le sol, au moyen d’une tjande de métal Det presque toujours on reniiilace la roue de verre par une roue de caoutchouc durci. La machine électrique que nous venons de décrire ne Ëeut fournir que de l’éleclricité positive, l’autres machines, par exemple celles de Nairne, de Van Marum, donnent à volonté soit de l’électricité positive, soit de l’électricité négative. Une machine très puissante est celle d’Armstrong dans laquelle l’électricité est produite par le frottement d’un courant de vapeur ; enfin, dans ces derniers temi)s, Holtz, Bertsch, Carré, ont imaginé de nouvelles machines qui donnent simultanément du fluide positif et du fluide négatif, mais dont la description nous entraînerait trop loin. Les principales expériences que l’on peut faire avec la machine électrique sont les suivantes :

1" Lorsqu’on approche le doigt du conducteur de la machine, une étincelle jaillit entre ce doigt et le conducteur. Elle est due à la combinaison de l’électricité négative qui, par influence, s’est développée dans le noigt avec le fluide positif du conducteur. On pense, sans en être bien sûr, que cette étincelle résulte de l’échaulfement considérable du filet d’air le long duquel les deux électricités se réunissent. L’étincelle s’accompagne d’un liruit sec causé par l’extrême agitation des molécules de l’air. Cette étincelle est violacée. Du reste, sa couleur défend de la nature du gaz dans lequel on observe. Ainsi, elle est violette dans l’air et dans l’azote, bleue dans l’acide carbonique, blanchâtre dans l’oxygène, d’un rouge vif dans l’hydrogène. La coloration de l’étincelle dépend aussi de la nature des conducteurs entre lesquels elle a lieu. Klle est verte si ces conducteurs sont en argent, rouge s’ils sont en fer, vert jaunâtre avec des conducteurs de cuivre, jaune avec des conducteurs en or, violette si les extrémités de ces conducteurs sont en plomb , etc. L’étincelle peut jaillir entre des conducteurs éloignés l’un de l’autre d’une distance assez considérable, si la charge d’électricité est très forte. Elle n’est pas rectiligne. mais en zigzag ; elle est susceptible de produire des effets physiologiques qui se traduisent par une piqûre ou une commotion ; des effets calorifiques qui permettent d’enflammer de léther, un mélange détonant ; des eft’ets mécaniques d’où résulte le percement et le broiement des corps mauvais conducteurs, tels que le verre, le bois ; enfin des effets lumineux qui se manifestent sons forme d’aigrettes, de lueurs plus ou moins intenses. 2" Tout corps conducteur isolé, mis en communication avec les cylindres de la machine électrique, devient un prolongement de ces cylindres et se charge comme eux de fluide positif. Par exemple, si une personne monte sur un tabouret à pieds de verre dit tabouret électrique ! et si, lorsqu’elle est ainsi isolée, elle pose la main sur le conducteur de la machine, tout son corps se couvre de fluide électrique et si ou le touche sur la main, sur la figure ou sur les vêtements, on en tire des étincelles comme on le ferait de la machine même. Les chevinix de la personne ainsi éicctrisé.e se dressent sur sa tête et elle croit sentir un léger souHle qui lui passe sur la main et sur le visage. Cette expérienee curieuse a été exécutée pour la première fois en 1734 par Dufay.

3° Si l’on po.se une pointe recourbée sur le conducteur de la machine électrique et si l’on présente une bougie allumée au-devant de cette pointe, on voit la flamme de la bougie se courber comme par l’effet d’un vent qui soufllerait de la pointe, puis s’éteindre.

40 C’est encore avec la machine électrique que s’exécute l’expérience du tourniijuH (leclrique (V. Tourniquet), de la danse (tes pantins {V. Pantin), etc.

5" Enfin c’est au moyen de la machine électrique que l’on charge les diverses espèces de condensateurs, tels que le carreau fulminant, la bouteille de heyde, les batteries électriques. (V. Condensateur, Leyde [bouteille de].) On sait que la décharge dune bouteille de Leyde fait ressentir au corps humain une commotion plus ou moins violente et qu’on en fait usage pour enflammer des mélanges gazeux (V. Pistolet de Volta), pour enflammer réther,pour l’expérience du percecarte, du perce-verre, etc. (V. ces mots.) La plupart des physiciens admettent que l’air contient toujours de l’électricité libre. On donne à cette électricité le nom A’électricitë atmosphérique. On en démontre l’existence soit en lançant dans les airs un cerfvolant muni d’une pointe et communiquant avec un électromètre placé à la surface du sol au moyen d’une corde autour de laquelle est enroulé un fil métallique, soit au moyen d’un a])pareil imaginé par de Saussure. C’est un électroscope à feuilles d’or (V. Étectroscope), dont la boule extérieure a été remplacée par une haute tige de métal terminée en pointe. Quand les deux feuilles d’or do l’appareil s’écartent l’une de l’autre, on reconnaît qu’il est influencé par l’électricité. Mais cette électricité est-elle bien dans l’air et ne pourrait-elle pas se trouver seulement à la surface de la terre ? Telle est l’objection que formulent un certain nombre de jihysiciens. Quoi qu’il en soit, en supposant que cette électricité soit répandue dans l’air ambiant, voici les conséquences auxquelles on est conduit : L’air est toujours électrisé, tantôt positivement, tantôt négativement. Quand le ciel est pur et sans nuages, son électricité est constamment positive. Elle varie en intensité aux ditt’érentes heures de la journée : elle atteint un premier maximum vers huit ou onze heures du matin relon les saisons et un second, quelques heures après le coucher du soleil. Elle est beaucoup plus forte en hiver qu’en été et croit à mesure qu’on s’élève dans l’atmosphère. Elle est nulle dans les maisons, dans les rues des villes et sous les arbres. Le ciel est-il couvert, l’électricité atmosphérique est tantôt positive et tantôt négative et elle peut changer brusquement de signe par le passage d’un nuage électrisé. Il pourrait se taire qu’en tout ceci on fut dupe d’une illusion et que l’électricité des feuilles d’or de l’électroscope fût simplement due à l’influence du sol qui est toujours électrisé négativement. Si l’électricité de l’aimo-sphère est une réalité, on ne connaît point encore la cause de son développement ; mais il semble probable que l’évaporatîon de l’eau a une grande part à la production du phénomène.

Voilà pour l’air proprement dit. Quant aux nuages, ils sont constamment chargés d’électricité positive ou d’électricité négative. On exphque l’électrisation positive d’un nuage en disant qu’il est formé de vapeurs qui se sont élevées de la surface du sol en se chargeant d’électricité positive et en venant se condenser dans les hautes régions de l’atmosphère. Quant aux nuages négatifs, on admet qu’ils proviennent de brouillards qui, reposant d’abord sur le sol, ont reçu de lui du fluide négatif et se sont ensuite élevés dans les couches supérieures de l’air. Il peut se faire aussi qu’un nuage soit électrisé négativement par l’influence de l’électricité positive contenue dans un autre nuage situé au-dessus ou au-dessous du premier. On voit qu’on est encore peu fixé sur les causes d’élecirisation de l’air et des nuages. Mais l’électrisation des nuages est un l’ait certain. Quand deux nuages «liargés de fluides de noms contraires viennent à se rapprocher suilisamment, ou quand un nuage électrisé est assez voisin d( ! la terre, il en résulte un orage. Alors la fondre éclate soit entre les deux nuages, soit entre un nuage et le sol. On sait que l’on peut préserver les édifices de ses eflets destructeurs en y établissant de» paratonnerres. (V. Orar/e, Foudre, Paratonnerre.) On donne le nom iVélectririté statique à celle qui se développe sur les corps par le frottement ou par influence et à laquelle on rapporte tous les phénomènes dont il a été qui’stioujusqu’ici. l’ar opposition, on apjjelle électricité dynamique celle qui prend surtout naissance pendant les décompositions chimiques et qui peut être transmise à de grandes distances par des flis métalliques tout le long desquels elle chemine en formant ce que l’on est convenu d’appeler i :n courant. L’électricité dynamique a des effets beaucoup plus énergiques que ceux que l’on rapporte à l’électricité statique, et elle est à peu près la seule usitée dans les applications si nombreuses que l’on fait aujourd’hui du fluide électrique. Le point de départ des premières découvertes opérées dans le domaine de l’électricité dynamique est la fameuse expérience exécutée en 1791 par Galvani, professeur d’anatomie à Bologne, sur le cadavre de la grenouille. Pour repéter celte expérience, on coupe une grenouille vivante i)ar le milieu du corps, on rejette la moitié antérieure de celui-ci, puis on dépouille rapidement l’autre moitié, de sorte que l’on ne conserve que le train de derrière, composé d’un tronçon de la colonne vertébrale et des pattes. Alors on prend une espèce de compas formé d’une branche de cuivre et d’une branche de zinc et l’on engage l’extrémité de la branche de cuivre entre le nerf lombaire et la colonne vertébrale et l’on met l’extrémité de la branche de zinc en contact avec les muscles de la jamije ou de la cuisse. Aussitôt on voit les pattes de la grenouille s’agiter convulsivement et exécuter des mouvements comme si l’animal était vivant. Pour expliquer ce qui se passait dans ce cas, Galvani supposa qu’il existait dans le corps de la grenouille une électricité vitale qui se transmettait des nerfs aux muscles par l’intermédiaire des lames de métal. Mais Volta, professeur de physique à Pavie, soutint qu’il n’en était pas ainsi ; selon lui, l’électricité, cause des mouvements de la grenouille, naissait, non dans le corps de celle-ci, mais au point de jonction du cuivre et du zinc. Dès que les deux métaux était en contact, on voyait entrer en action une force dite électromotrice qui décomposait leur fluide neutre en fluide positif qui se portait sur le zinc et en fluide négatif qui se portait sur le cuivre. En se recombinant par l’intermédiaire du corps de la grenouille, lequel était bon conducteur, les deux fluides déterminaient les soubresauts que l’on apercevait dans les pattes. Dès lors, Volta se crut fondé à admettre que deux métaux hétérogènes, dès qu’ils se trouvent en contact, développent de l’électricité, ce qui est réel. Mais Galvani, pour soutenir son opinion, fit toucher directement le bout du nerf lombaire avec les muscles de la grenouille et il obtint encore des contractions, moins énergiques cependant que celles qu’occasionnaient les lames de cuivre et de zinc. Alors Volta, pour détruire l’objection que cette expérience suscitait contre sa théorie, généralisa celle-ci en disant que le contact de deux substances hétérogènes quelconques produit toujours un développement d’électricité.

C’est en cherchant à démontrer d’une façon irréfutable la vérité de cette proposition, « que le contact de deu-r cotps de nature différente développe de l’électricité >>, que Volta a été amené à inventer l’appareil merveilleux qui a immortalisé son nom et que l’on appelle pile de Volta, pile roltaîque, pile électrique. Cette découverte mémorable eut lieu en Tannée 1800 et le nouvel instrument reçut le nom de pile à colonne à cause