Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 1, part. 1, A-Am.djvu/238

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aimant). Physiqu. Communication de la force magnétique à des substances qui ne la possèdent pas naturellement : Aimantation du fer, de la fonte, de l’acier trempé.

Aimantation par influence, Aimantation du fer doux par le simple contact d’un aimant.

AIMANTÉ, ÉE (è-man-té) part. pass. du v. Aimanter. Qui jouit des propriétés de l’aimant : Corps aimanté. Barreaux aimantés. Tiges aimantées. Aiguille aimantée. Les barreaux d’acier qui sont destinés à être fortement aimantés doivent être fortement trempés. (Péclet.)

Que ne devons-nous pas à l’art industrieux,
Quand de son fer mobile une aiguille aimantée
Nous guide sur les flots d’une mer agitée ?
Ricard.

AIMANTER v.  a. ou tr. (è-man-té — rad. aimant). Communiquer à l’acier, au fer et à quelques autres métaux la propriété de l’aimant : Aimanter une verge d’acier. Aimanter une plaque, un barreau, un morceau de fer.

— Aimanter par simple ou par double touche. V. Aimant. || Aimanter à saturation, Communiquer à l’acier trempé toute la force magnétique qu’il peut conserver après l’aimantation.

— Fig. : La passion qu’elle éprouve laimante et la rend plus attractive. (Th. Gaut.)

S’aimanter, v. pr. Être aimanté : Le fer doux s’aimante mieux que l’acier. (Encycl.) Des verges métalliques, placées verticalement, comme les paratonnerres, s’aimantent d’elles-mêmes. (Encycl.) || Fig. La vie s’allume et s’aimante à la vie ; elle s’éteint par l’isolement. (Michelet.) Un grand esprit s’aimante à un autre grand esprit. (E. Deschanel.)

AIMANTIN, INE adj. (è-man-tain, i-ne — rad. aimant). Qui appartient à l’aimant, qui est propre à l’aimant : Vertu aimantine. || Au temps de Ronsard, signifiait Constant, dur, solide, et était en quelque sorte syn. de diamantin : Une aimantine foi.

Ah ! trop heureux si le cruel destin
N’eût emmuré d’un rempart aimantin
Si chaste cœur dessous si belle face !
Ronsard.

AIMARGUES, commune du départ. du Gard, arrond. de Nîmes ; pop. aggl. 2,522 hab. — pop. tot. 2,702 hab.

AIMAR-VERNAI (Jacques), paysan de Saint-Véran, en Dauphiné, s’est rendu fameux par l’usage de la baguette divinatoire, à l’aide de laquelle il prétendait découvrir les eaux souterraines, les métaux enterrés, les maléfices, les voleurs et les assassins. Appelé à Lyon en 1692 pour découvrir des meurtriers qui avaient échappé à toutes les recherches de la justice, il parvint à faire arrêter l’un d’entre eux au moyen de renseignements fort exacts, et cette circonstance ne contribua pas peu à augmenter sa célébrité. Le Père Malebranche ne voyait dans tous ces prodiges que l’influence du démon. Le fils du grand Condé fit venir à Paris le paysan dauphinois, et mit à différentes épreuves sa baguette magique ; mais celle-ci s’obstina à rester immobile, à la grande confusion d’Aimar, qui fut alors, à d’après son propre aveu, pleinement convaincu d’imposture. On le chassa, et depuis on n’entendit plus parler de lui ; ce qui n’a pas empêché des médecins et des savants de se faire les apologistes de ce charlatan.

AIME s. m. (è-me). Métrol. Mesure de capacité autrefois en usage en Belgique et dans le nord de la France, et valant environ 130 litres. || Syn. de aam, ohm. V. ces mots.

AIME, ch.-lieu de cant. (Savoie), arrond. de Moutiers ; pop. aggl. 847 hab. — pop. tot. 1,080 hab.

AIMÉ (saint), archevêque de Sens, mort en 690. Honoré le 13 septembre.

AIMÉ MARTIN. V. Martin (Aimé).

AIMÉ, ÉE (è-mé) part. pass. du v. Aimer. Qui est l’objet de l’amour ou de l’amitié de quelqu’un : La gloire d’un souverain consiste à être aimé de ses peuples. (La Bruy.) Quand on aime fortement, c’est toujours une nouveauté de voir la personne aimée. (Pasc.) L’amour embellit l’objet aimé et le rend à tout moment plus aimable. (Christine.) Le plaisir d’aimer et d’être aimé ne s’acquiert que par une multitude de privations et de sacrifices (B. de St-P.) Pour être aimé par ses sujets, il ne faut pas qu’un roi les mange. (De Ségur.) Je tombai enfin dans les filets où je désirais être pris : je fus aimé, et je possédai ce que j’aimais. (Chateaub.) Il n’y a rien que les femmes pardonnent si aisément que d’être trop aimées. (Vacquerie.)

Et même en n’aimant plus, qu’il est doux d’être aimé !
Corneille.
L’homme sûr d’être aimé devient indifférent :
Un peu moins d’abandon, un peu plus de réserve,
L’amour-propre se pique et l’amant se conserve.
Lachabeaussière.

— S’empl. aussi substantiv. : Mon aimée, apprenez donc tout ; car je ne veux pas que vous ignoriez une seule de mes pensées. (Balz.) Maintenant, ma tant aimée, ma gloire est d’être à toi, digne de toi. (Balz.) Amour sans exemple, dans lequel on ne sait qu’admirer davantage de la pudique tendresse de laimée, ou de l’enthousiasme passionné de l’amant. (Ch. Nod.) L’amour est tout dans celui qui aime ; laimé n’est qu’un prétexte. (A. Karr.)

Qu’est-ce aimer, si ce n’est, quand l’aimé le réclame,
À son propre malheur courir aveuglément ?
A. Barbier.
Voir que vous mieux aimés si vite vous oublient,
Et qu’un saule pleureur aux longs bras qui se plient,
        Seul se plaigne sur vous.
Th. Gautier.

AIMER v. a. ou tr. (è-mé — lat. amare, même sens). Avoir de l’affection, de l’amitié, du goût pour quelqu’un : Aimer son père, sa mère, ses frères, ses amis. Aimer son bienfaiteur. Aimer ses voisins. Elle se priva de tout pour soulager une sœur qui ne laimait pas. (Boss.) Les athées nont jamais aimé les hommes. (B. de St-P.) Nous nous aimons toujours mieux que nous naimons les autres. (L’abbé de Choisy.) La nature a créé en nous le besoin daimer les autres, afin de l’opposer à l’amour de nous-mêmes. (Alibert.) Ce n’est pas toujours la beauté de la figure, le charme de la voix ou la grâce de la démarche qui font aimer une personne plus que toute autre. (Virey.) On naime pas longtemps ceux qu’on n’estime pas. (Boiste.) Les cœurs sensibles demandent qu’on les aime ; les personnes vaines veulent qu’on les préfère (Lévis.) Ce que les femmes aiment toujours et avant tout, c’est le plaisir. (L.-J. Larcher.) De tous les êtres, l’homme est celui qui peut le plus aimer et servir son semblable. (L.-J. Larcher.)

On vous aime cent fois plus que vous ne croyez.
Collin d’Harleville.
En amitié fidèle encor plus qu’en amour,
Tout ce qu’aima mon cœur, il l’aime plus d’un jour.
Betin.
Mais la nature est là, qui t’invite et qui t’aime ;
Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours :
Quand tout change, pour toi la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.
Lamartine.


|| S’applique aux noms collectifs : Tu aimeras Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces, et ton prochain comme toi-même. (Évangile.) Il faut aimer le peuple, mais il ne faut pas l’abuser. (E. de Gir.) L’homme primitif aime la tribu ; plus développé, il aime la patrie ; arrivé enfin au point culminant de son développement, il aime l’humanité. (Littré.) On aime la patrie pour se dispenser daimer le monde entier. (A. Karr.) Aimer tout le monde, c’est n’aimer rien ni personne. (E. Souvestre.)

— Dans un sens plus général et neutralem., il indique la sympathie qui porte l’âme à s’attacher, et alors il s’empl. toujours absolum. : Aime si tu veux être aimé. (Martial.) La vraie mesure du mérite du cœur est la capacité daimer. (Mme de Sév.) Tout le monde serait bon si tout le monde aimait. (B. de St-P.) Aimer et connaître, c’est la véritable destinée de l’homme. (J. de Maistre.) Le dévot naime pas, il tremble. (Raspail.) Celui-là seul qui aime goûte la vie et en jouit. (L.-J. Larcher.)

Aimer, prier, chanter, voilà toute ma vie.
Lamartine.
Celui qui n’aime pas vit sans peine de cœur.
E. Augier.
Aimer, aimer, c’est être utile à soi ;
Se faire aimer, c’est être utile aux autres.
Béranger.
Aimer, voilà le mot qu’ont déchiffré les hommes
Dans le livre divin de la création.
A. Barthet.

— Dans un sens plus particulier, exprime le sentiment qu’un sexe inspire à l’autre, la passion de l’amour : Cette jeune fille a épousé celui qu’elle aimait. En effet, si j’avais été femme, je naurais pas aimé les jeunes gens. (Mol.) Si l’on pouvait voir ce qu’on aime tel qu’il est, il n’y aurait pas d’amour sur la terre. (J.-J. Rouss.) Aimer et se trouver impuissantes à secourir celui qu’on aime, est une des plus effroyables souffrances qui puissent ravager l’âme des femmes nobles et délicates. (Balz.)

Jeune, je ne vendrai ni mon cœur ni mon âme ;
Je ne me marirai que pour aimer ma femme.
Ponsard.


|| Dans ce sens, s’empl. souvent d’une manière absolue : Aimer sans espoir. Quand on aime fortement, c’est toujours une nouveauté de voir la personne aimée. (Pasc.) Le serment de ne plus aimer est presque aussi peu raisonnable que celui daimer toujours. (***) On n’est pas plus maître daimer que de ne pas aimer. (La Bruy.) Le cœur de l’homme est fait pour aimer. (Duclos.) 'Tous les hommes qui lisent, tous ceux qui goûtent la poésie, et qui ont aimé, savent par cœur les vers de Tibulle. (La Harpe.) Il n’est pas décidé que les femmes aiment plus que les hommes ; mais il est incontestable qu’elles savent mieux aimer. (S. Dubay.) L’homme désire, et la femme aime. (Michelet.) Aimer, c’est avoir du plaisir à voir, toucher, sentir un objet aimable et qui nous aime. (H. Beyle.) En toutes choses, une femme qui aime ne voit que son amour. (L. Enault.)

Il est honteux d’aimer quand on n’est plus aimable.
Corneille.
Longtemps on aime encore en rougissant d’aimer.
Saurin.
Bacchus veut qu’on s’enivre et Vénus veut qu’on aime.
L. Bouilhet.
Vous de qui la raison ne fait plus de faux pas,
Ah ! qu’il vous est aisé de dire : N’aimez pas.
Deshoulières.
Aimer ! Merci, mon Dieu, pour moi tout s’illumine
Au feu resplendissant de ce sublime amour.
A. Barthet.
On a Dieu dans le cœur, madame, quand on aime,
Les pieds sont sur la terre et le front dans les cieux.
A. Houssaye.
Ah ! si mon cœur osait encor se renflammer !
Ne sentirai-je plus de charme qui m’arrête ?
     Ai-je passé le temps d’aimer ?
La Fontaine.
Que nos sages Gaulois savoient bien la coustume,
Lorsque pour dire aimer ils prononçoient amer !
Amers sont bien tes fruits, et pleines d’amertume
Sont toutes les douceurs qu’on a pour bien aimer.
D’Urfé.
Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
        Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
        Il coule et nous passons !     Lamartine
      Dieu lui-même
    Ordonne qu’on aime ;
Je vous le dis, en vérité :
Sauvez-vous par la charité.      Béranger.

— Se dit aussi de l’amour que l’on éprouve pour Dieu : La vraie religion doit avoir pour marque d’obliger à aimer Dieu. (Pasc.) Dieu veut que nous laimions, afin que ceux qui laiment reçoivent de lui le bien et la récompense éternelle. (Boss.) L’antiquité put connaître Dieu, elle ne l’a jamais aimé. (Ozanam.) Aimer Dieu et se faire aimer de lui, aimer nos semblables et nous faire aimer d’eux : voilà la morale et la religion. (Joubert.)

C’est peu de croire en toi, bonté, bonté suprême,
Je te cherche partout, j’aspire à toi, je t’aime.
Lamartine.

— Avoir du goût, de la prédilection pour une chose : Aimer les fleurs, les parfums. Aimer la bonne chère. Aimer la peinture, la musique. Aimer le jeu, les spectacles. Aimer la chasse, la pêche. Aimer la campagne. Les hommes naiment naturellement que ce qui peut leur être utile. (Pasc.) Il se plaignait que sa femme naimait pas assez la société. (La Bruy.) Nul ne remplit bien son devoir s’il ne laime, et il n’y aura jamais que des gens d’honneur qui puissent aimer leur devoir. (J.-J. Rouss.) Il me répondit en souriant qu’il naimait pas les ragoûts. (Le Sage.) Les électeurs-rois de Pologne ont aimé les arts plus que les sciences. (Mme de Staël.) Les Italiens, depuis des siècles, aiment la musique avec transport. (Mme de Staël.) Il y a plus de mérite à aimer ce qui fut qu’à aimer ce qui sera. (Renan.)

Aimez-vous la muscade ? On en a mis partout.
Boileau.
On n’aime pas toujours tout ce que l’on admire.
Demoustiers.
J’aime de tes concerts la sauvage harmonie,
Comme j’aime le bruit de la foudre et des vents.
Lamartine.
Il faut dans ce bas monde aimer beaucoup de choses
Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux.
A. de Musset.


|| Rechercher, se plaire à, en parlant de ce qui flatte nos passions : Aimer les honneurs, les louanges, les flatteries, les égards. Aimer l’argent. Carthage a toujours aimé les richesses. (Boss.) Il aima en tout la splendeur, le faste, la profusion. (St-Sim.) Il avait aimé le faste dans les habits. (Volt.) Desaix aimait la gloire pour elle-même. (Napol. Ier.) Les femmes aiment l’amour de tout le monde, mais il y a des personnes qu’elles n’aiment pas. (A. Karr.) Aimons les hommes avant daimer notre gloire. (Alaux.)

Je n’aime mon bonheur que pour le mériter.
Corneille.

|| S’applique même aux choses qui sont généralement regardées comme désagréables, comme pénibles : Aimer les querelles, les procès. Jaime la pauvreté, parce que Jésus-Christ la aimée. Mais comment estimerions-nous et comment aimerions-nous ce qui nous rabaisse dans l’opinion des hommes ? (Bourdal.) Il aime sa captivité. (Fléch.) Celui qui aime la laideur n’est pas fort loin d’aimer le vice. (Chateaub.)

Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur.
Corneille.

— Se dit aussi de l’attachement qu’éprouvent les animaux, de leur goût naturel pour certaines choses : Le chien aime beaucoup son maître. Les chattes aiment tendrement leurs petits. La chèvre aime les lieux escarpés. Le canard aime l’eau. L’éléphant aime la société de ses semblables. (Buff.)

Le cheval aime l’homme, il aspire à lui plaire.
Rosset.


|| On l’étend même aux plantes et aux choses, pour désigner ce qui leur convient, ce qui est en rapport avec elles : Le framboisier, la violette aiment l’ombre. Le céléri aime une terre légère. L’amitié aime les sacrifices. Le vice, le crime aiment l’ombre. Comme le hêtre, le platane aime les plaines et les lieux un peu humides. (L.-J. Larcher.)

Aimer à, suivi d’un infinitif, Avoir du plaisir à : Elle aimait à prévenir les injures par sa bonté. (Boss.) Il ime à jouir de sa gloire. (Fléch.) On naime point à louer, on ne loue jamais sans intérêt. (La Bruy.) Jaime à vous écrire par-dessus tout. (Mme de Sév.) Ceux qui aiment à s’instruire ne sont jamais oisifs. (Montesq.) On aime à faire soi-même ses belles actions. (Joubert.) L’homme aime à se gouverner à sa fantaisie. (Garnier.) La liberté aime à faire jouir de ses bienfaits les insensés mêmes qui l’outragent. (Bignon.)

J’aime à voir aux lapins cette chair blanche et molle.
Boileau.
J’aime à voir que du moins vous vous rendez justice.
Racine.
J’aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature,
À n’entendre que l’onde, à ne voir que les cieux.
Lamartine.


|| Dans la conversation, on supprime quelquefois la prép. à, et cet abus, dont on trouve un exemple dans Rousseau, tend à s’introduire dans les écrits des auteurs modernes : Il naime point ramper dans les cours. (J.-J. Rouss.) Surtout recommandez à votre patron d’être exact, le colonel naime pas attendre. (E. Sue.) Jaime beaucoup voir les roses, mais je n’aime pas en parler. (A. Karr.) || Aimer de a le même sens, mais cette locution a vieilli : Cette passion fait qu’on aime de s’unir à ces choses, et de les avoir en sa puissance. (Boss.) Monseigneur aimait les peuples, et il aimait den être aimé. (Mass.) Une religion qui naimerait pas dêtre approfondie et qui craindrait l’examen serait suspecte. (Mass.) Elle aime la conversation, et surtout de plaire au roi. (Mme de Sév.)

La poule près de nous aime être captive.
Rosset.
Pourquoi pour la justice ai-je aimé de souffrir ?
Lamartine.


|| Aimer que, suivi du subjonctif, Savoir gré, être content de : Jaime quon soit poli avec moi. Je naime pas quon lui réponde.

Aimez qu’on vous conseille, et non pas qu’on vous loue.
Boileau.


|| Aimer mieux, Préférer : La politique romaine aimait mieux un roi enfant. (Boss.) Ils aimaient mieux la guerre que la paix, les autres aimaient mieux la mort que la guerre. (Pasc.) Jaime mieux ma famille que moi-même ; jaime mieux ma patrie que ma famille, mais jaime mieux le genre humain que ma patrie. (Fén.) Il y a telle femme qui aime mieux son argent que ses amis, et ses amants que son argent. (La Bruy.) || Se joint sans prép. à l’infinitif qui le suit : On aime mieux se rendre nécessaire à l’assemblée des méchants, que d’être inutile au parti des gens de bien. (Mass.) Nous aimons mieux voir ceux à qui nous faisons du bien que ceux qui nous en font. (La Rochef.) On aime mieux dire du mal de soi que de n’en point parler. (Mme de Sév.) Il n’est pas de jeune fille de quinze à seize ans qui naime mieux faire ses robes que de s’en passer. (Mme Guizot.) || Suivi de deux infinitifs, unis par que, on ne met rien devant le premier, mais on met de devant le second : Jaime mieux lui pardonner que de le réduire au désespoir. Nous aimons mieux tout risquer que de nous contraindre. (Boss.) Il aime mieux mentir que de se taire. (La Bruy.) Il aimerait mieux avoir des grâces à faire que den recevoir. (Fléch.)

Quoiqu’à peine à mes maux je puisse résister,
J’aime mieux les souffrir que de les mériter.
Corneille.

|| On supprime quelquefois la prép. de devant le second infinitif : aimer mieux lire que jouer. Il aimera mieux s’attirer le mépris que contrister l’objet de sa passion. (Mass.) La plupart des lecteurs aiment mieux s’amuser que s’instruire. (J.-J. Rouss.)

Et j’ai bien mieux aimé me voir aux mains d’un autre
Que ne pas mériter un cœur comme le vôtre.
Molière.

— En style de palais, on dit mieux aimer : Si mieux naime ledit sieur soumettre ses prétentions à un arbitre.

— Jeu. Aimer par A et par B. Jeu de société, dans lequel le mot principal qui sert de réponse à cette question : Pourquoi aimez-vous telle personne ? doit commencer par un A ou un B. || Jouer à comment l’aimez-vous ? Se dit d’un autre jeu, dans lequel une personne doit deviner un mot par les réponses que chacun fait aux questions : Comment l’aimez-vous ? qu’en faites-vous ? où le mettez-vous ?

— Prov. Aimer quelqu’un comme la prunelle de l’œil, comme la prunelle de ses yeux, comme ses yeux, Lui porter une vive amitié. — Dans certaines provinces, on dit plus énergiquement, mais plus trivialem. : Aimer comme ses boyaux. || Aimer… comme la colique, comme les chiens aiment les coups de bâton. Manière plaisante et triviale de faire entendre qu’on a de l’aversion pour une personne, qu’on déteste une chose. || Qui m’aime, aime mon chien, Quand on aime une personne, on aime tout ce qui lui appartient, tout ce qui s’y rapporte. On généralise souvent ce proverbe et l’on dit : Qui aime Bertrand, aime son chien. || Quand on n’a pas ce que l’on aime, il faut aimer ce que l’on a, Façon de parler qui se retrouve dans presque toutes les langues, et que les Celtes rendaient par ces mots : Il n’y a pas de maladie plus cruelle que de n’être pas content de son sort. || Il faut aimer pour être aimé, proverbe rapporté par Sénèque : Si vis amari, ama, et très-éloquemment commenté par J.-J. Rousseau. || Il aime mieux deux œufs qu’une prune, Il préfère un grand avantage à un moindre. || C’est trop aimer quand on en meurt, proverbe naïf du moyen âge. Notre siècle égoïste dit : Il est mort d’amour et… d’une fluxion de poitrine. || Qui aime bien, châtie bien, traduction du proverbe latin : Qui bene amat bene castigat. V. ces mots. || Il lui sera beaucoup pardonné, parce qu’elle a beaucoup aimé, Allusion aux paroles prononcées par Jésus chez Simon, à propos de Marie Madeleine repentante. V. Pardonner.

S’aimer, v. pr. S’aimer soi-même, être dominé par l’égoïsme : Mazarin s’aimait trop, ce qui est le naturel des âmes lâches. (De Retz.) Ce n’est pas proprement aimer ses frères que de ne les aimer que par goût, c’est s’aimer soi-même. (Mass.) On ne désire d’être aimé des autres que parce qu’on s’aime soi-même, et pour avoir un motif de s’aimer davantage. (Beauchêne.) Nous