Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 1, part. 2, An-Ar.djvu/235

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AïtA

des nierions à redans, comme il en existe encore dans les anciennes constructions de la Perse ; les arcs des baies s’allongèrent en cintre outrepassé, s’élancèrent.en ogives aiguës, et s’ornèrent de découpures et d’une incroyable profusion d’ornements, parmi lesquels il faut distinguer ces séries de petites coupoles en pendentifs, appelées en Espagne médias naranjas, moitiés d’orange. Les Arabes se sontparfois servis, dans leurs constructions, de pierres de taille et de moellons, ou bien de couches alternées de pierres et de béton. Mais ils employaient plus-habituellement le tapia, espèce de mortier mêlé de petites pierres, qu’ils versaient entre des planches au milieu desquelles se trouvait l’épaisseur du mur qu’il s’agissait de bâtir ; et, lorsqu’il était durci, on le recouvrait d’un enduit hydrofuge très-fin. . Rarement les Arabes élevèrent des constructions de forme circulaire ; leurs tours sont carrées, comme on peut le voir aux arènes d’Arles, et quelquefois octogones. On trouve des échantillons de l’art arabe en Espagne, en Afrique, en Syrie, en Sicile, et même dans le midi de la France.

VII. — Médecine arabe. Les maîtres de la science et de la médecine au moyen âge furent les Arabes. Les mots alcali, alchimie, alcool, algèbre, almanach} restés dans nos langues européennes, témoignent de la part prépondérante qu’ils prirent, à cette époque, au progrès scientifique. C’est par les Arabes que l’esprit humain commença à sortir de la nuit que la destruction des deux empires d’Orient et d’Occident avait faite, et que la longue anarchie des royaumes chrétiens menaçait d’éterniser. Grâce à eux, la civilisation, un moment retardée par les invasions des Barbares et le fanatisme musulman, reprit sa marche progressive jusqu’à la brillante époque de la Renaissance. Une fois la domination arabe consolidée en Égypte, en Syrie, on Judée et dans l’Orient, en Afrique et en Espagne, les institutions littéraires et les écoles se rouvrirent partout, des académies se fondèrent, et celle de Bagdad devint la plus célèbre du moyen âge. Les plus grands sacrifices furent faits pour retrouver les écrits des philosophes et des savants de l’antiquité ; on les faisait traduire en arabe et on multipliait les manuscrits de tout genre, pour refaire ce qui avait été détruit. ■ Dans le cataclysme subi par la civilisation romaine, dit M. le docteur Bouchut, la médecine était tombée au degré le plus bas du mysticisme théurgique et démonique, de la magie, de la sorcellerie et de l’empirisme. Les grands principes do la science qui ont fait la gloire d’Hippocrate et de Galien étaient étouffés par l’ignorance et la superstition ; mais avec les Arabes, la médecine, comme toutes les autres parties de la science, reprit son essor vers une destinée meilleure. Avec les débris du passé grec et romain se fit une médecine arabe, qui, en apportant son faible contingent de choses nouvelles, nous a transmis la galénisme tel que nous le connaissons aujourd’hui. »

Pour tout ce qui regarde l’anatomie et la pathologie générale, les Arabes ne s’écarlèrent pas de la voie tracée par le médecin de l’ergame ; on ne leur doit aucune découverte iinatomiquô, aucune théoriemédicalénouvelle. Dans leurs ouvrages, une large place est accordée aux hypothèses galéniques sur les causes des maladies-et aux divers moyens do traitement. La description des symptômes et des lésions, la détermination et la classification des unités morbides est complètement sacrifiée au point de vue étiologique et thérapeutique. Rhazès, le premier médecin considérable qui soit fourni par l’époque arabique, ne fait aucune mention, dans son Traité de la petite vérole, du développement des pustules varioliques ; mais il nous apprend quels sont les moyens de se préserver de la petite vérole avant son apparition, et ceux d’en diminuer la violence après qu’elle s’est manifestée ; comment il faut s’y prendre pour faciliter l’éruption ; quelle précaution il fa ’ ™"

1 faut mettre en usage

tions des accidents qui pourraient lei comment on peut accélérer la maturité des boutons ; comment on accélère le dessèchement des croûtes ; de quelle manière on peut faciliter la chute des écailles de la petite vérole, et des croûtes qui se forment sur l’œil ou sur le reste du corps ; par quels moyens on enlève les traces de la petite vérole ; quel est le régime alimentaire qui convient à ceux qui sont attaqués de la petite vérole ; de quelle manière le ventre doit être entretenu pendant le cours de la maladie. C’est, comme on le exposé complet de la thérapeutique

des


Un écrit du même Rhazès, relatif aux qualités du médecin, montre le caractère purement traditionaliste de la médecine arabe. « On pourra, dit-il, concevoir une bonne opinion du médecin, si l’on est certain qu’il a lu et examiné les livres des anciens médecins, et s’il a eu grand soin de comparer leurs ouvrages les uns avec les autres... La pratique personnelle est une qualité secondaire, qui doit passer après la connaissance de ce qu’ont écrit les anciens ; car un homme qui est bien versé dans leurs ouvrages et qui les a bien étudiés et bien digérés peut aisément parvenir, avec l’aide d’un peu do pratique, ou d’autres qui ignorent absolument ce genre de littérature ne parviendront jamais... Il est im ARA

f>ossib !e qu’un homme, quand même il vivrait ongtemps, arrive jamais à la perfection dans une science comme est la médecine, aussi difficile qu’elle est importante, à moins qu’il ne marche constamment sur les pas des anciens, tant l’étendue de cette science passe de loin les bornes de la vie humaine... Les auteurs qui ont perfectionné la médecine ne sont pas en si petit nombre qu’on puisse bien les étudier et les entendre en peu d’années. Mille peut-être y ont travaillé pendant mille ans. Un homme qui les étudie avec soin et application fera par leur moyen autant de découvertes dans la courte période de sa vie que s’il avait vécu mille ans à l’étude de la médecine. Mais si l’on vient une fois à. négliger la lecture ou l’étude des anciens auteurs, que peut une personne seule espérer de faire ? Quels que soient ses talents, quelle proportion peut-il y avoir entre les résultats de ses efforts personnels et ces trésors immenses que nous avons dans les anciens ?» On voit par ce passage que l’autorité scientifique n’était pas’pour les Arabes ce qu’elle est pour nous, Qu’ils n’éprouvaient nullement le besoin de lui donner pour base l’appel incessant au contrôle de l’expérience ; que dans ce dépôt de la science antique qu’ils avaient entre les mains, ils ne songeaient même pas à soupçonner quelques points faibles ; en un mot, que la foi scientifique n’avait pas encore pris à cette époque les caractères qui la distinguent de l’autre foi. Qu’eût pensé Rhazès do Bichat se vantant d’avoir interrogé la nature plus sur le cadavre que dans les livres anatomiques, plus dans les organes des animaux vivants que dans les livres physiologiques, plus au lit des malades et dans les ouvertures cadavériques que dans les livres de médecine ?

Il faut reconnaître cependant que les Arabes ont fait des additions qui ne sont pas sans importance à. la médecine et à la chirurgie grecques. On doit à Rhazès le premier livre qui ait été fait sur les maladies des enfants, la connaissance du ver de Alédine et du spinaventosa, celle de la petite vérole, qui navait été que mentionnée par Galien ; à Albucasis, l’usage de la pierre infernale, l’emploi de la cautérisation dans un grand nombre de maladies externes, des indications très-nettes sur les instruments de chirurgie qu’il convient d’employer dans chaque opération, sur les dangers auxquels on est exposé en opérant ; à Avenzoar, l’étude anatomo-pathologique de l’hydropisie du péricarde, des abcès du médiastin, des concrétions cardiaques fibrineuses, etc., des remarques intéressantes sur le traitement de la dysphagie, sur la sensibilité do3 os et des dentsr, sur la phthisié produite par l’ulcération de l’estomac, sur l’angine causée par la paralysie de l’œsophage, sur l’aphonie en rapport avec l’engorgement squirrheux de la langue, sur la bronchotomie, sur le trépan, sur les calculs urinaires, etc. A côté de ces noms, nous ne pouvons omettre de placer ceux d’Avicenne, qui fut, avec Galien, l’oracle de la science médicale au moyen âge, et dont les médecins arabes et européens se bornèrent pendant des siècles à commenter le fameux Canon (V. ce mot), bien que cet ouvrage ne montre guère d’originalité que dans la partie qui traite de la composition et de la préparation des remèdes, et d’Averroès, plus célèbre comme philosophe que comme médecin, et dont Y Abrégé de médecine, reproduction des livres de ses prédécesseurs, n’offre rien autre chose que l’anatomie de Galien et la pathologie de Rhazès et d’Avicenne, surchargée d’une polypharmacie qui est arrivée jusqu’au xviu« siècle.

Il est juste de dire en terminant que, grâce aux préoccupations thérapeutiques et pharmaceutiques des médecins arabes, la matière

médicale s’enrichit de médicaments vraiment précieux inconnus des Grecs. Les Arabes nous ont donné des purgatifs végétaux beaucoup plus doux que ceux dont se servaient les anciens : la casse, les tamarins, les myrobolans, la manne, le séné. Ils rendirent très-commun l’usage du sucre, avec lequel ils faisaient dos sirops, des juleps, des électuaires, etc. Ils employèrent les premiers le musc, le nitre, lo mercure, plusieurs esoèces

d’aromates, comme " :

le clou de girofle.

Arnhc» (les) ou Gli Arnbi, opéra de Pacini, joué pour la première fois à Milan en 1827, et à Paris en février 1855. À l’occasion de cette reprise, le compositeur ajouta à son œuvre primitive quelques nouveaux morceaux ; mais le style portait trop le cachet de l’ancienne école pour que l’ouvrage, ainsi retouché, pût paraître une nouveauté. Cet opéra passe cependant, a bon droit, pour un de ses meilleurs. Le sujet e3t tiré du roman de M. d’Arlincourt, le Renégat ; mais le drame lyrique est encore plus sombre que le roman. Pacini a brodé sur ce thème une musique leste et gracieuse, dont les allures frivoles ne nous satisfont plus complètement aujourd’hui : nous sommes habitués a mettre partout une couleur locale et une force expressive, que Rossini et son école cherchent plus dans la mélodie que dans l’harmonie. Il y a d’excellents passages dans cette partition. L’exécution de Gli Arabi, en 1855, tut généralement remarquable ; M»» Bosio fit circuler le souffle de la passion jusque dans les plus fines vocalises de l’école rosluscade, le n

appuyée sur une vessie, et dont se servent les nègres du nord de l’Afrique.

arabède s. f. (a-ra-bè-de). Bot. Syn. &’arabide et d’arabette.

Arabéri s. m. (a-ra-bé-ri). Ichth. Nom donné à une espèce de clupée, voisine do la sardine.

ARABESQUE adj. (a-ra-bè-sko — rad. arabe}. Qui est dans le goût des Arabes, qui est fait à la manière des Arabes, qui leur est propre : Genre arabesque. Style arabesque. Architecture arabesque. En Égypte, le sphinx et les colonnes du vieux style égyptien s’élèvent auprès de l’élégante colonne corinthienne ; un morceau d’ordre toscan s’unit à une tour arabesque. (Chateaub.) Les encorbellements transversaux sont brodés de sculptures arabesques au dehors et au dedans. (Balz.)

— Dans un sens de dénigrement : On n’entendait que le bndt sourd et confus de la dialectique péripatéticienne, dégradée par les petites inventions du bel esprit arabesque et de la subtilité monastique. (V. Cousin.)

— s. m. l’arabesque, Lo style, le genre arabesque : IJarabesque se soutint à Borne malgré les censures de Vitruve et de Pline. (Miilin.) La ruine de l’empire romain fit disparaître /’arabesque de l’Occident. (Miilin.) En rhétorique, comme en architecture, /’arabesque est le procédé favori des Arabes. (Renan.)

— s. f. pi. Ornements de ’ sculpture, do peinture et d’architecture, à la mode chez les Arabes ; ils sont formés de feuillages et de fruits, de draperies et de rubans, etc., contrastes, groupés ou enlaces avec art, dû manière à produire un effet agréable : Les arabesques de llapkaêl. Salon orné de jolies arabesques. Rien n’égale la finesse et la variété des arabesques de l’Alhambra. (Chateaub.) Chaque croisée offrait des arabesques de personnages ou d’animaux fantastiques couchés dans des feuillages d’invention. (Balz.) Le vieux pont mauresque, coloré d’une teinte vermeille, déroulait alors les sculptures délicates de ses merveilleuses arabesques. (E. Sue.) Les parois de ce salon étaient tendues de mousseline blanche, sur laquelle on avait tracé une quantité (/’arabesques d’un goût exquis, au moyen de grosses ailes de mouches cantharides. (E. Sue.) Le plafond était comme brodé d’or, par la multitude d'arabesques qui s’y croisaient en tout sens. (E. Suc.) il S’empl. quelquefois au sing. dans ce sens :

L’arabesque fantasque, après les colonnettes Enlace ses rameaux et suspend ses clochettes, Comme après l’escalier fait une vigne en Heur. Tu. Gautier.

Il S’applique, par ext., aux ornements qui rappellent plus ou moins la disposition, les dessins des arabesques : Je remarquai un homme vêtu d’une longue robe de soie vert pâle, brodée de larges arabesques d’or et d’argent. (G. Sand.)

— Par anal. : Le prince prit un nouveau cigare, et contempla les arabesques de sa fumée livrée aux vents. (Balz.) il Evolutions capricieuses : Décrire les arabesques de leur danse est chose impossible au langage vulgaire. (M. Alhoy.) Il Se dit, au fig. et dans la critique littéraire, dos caprices do "’ ——— -■ ■■■

stylo- : Jules Janin

n et du

cache son érudition sous les arabesques de son esprit, et qui connaît l’antiquité aussi bien que le jardin du Luxembourg. (Ed. Texier.) Le thème prélait aux arabesques et aux fiorutures sombres. (Ad. Paul.) Quand ils. avaient passé leur journée à broder leur avenir de Ces folles et brillantes arabesques, ils se séparaient. (Alex. Dum.)

— Choreg. s. f. Série de pas et de figures représentant des sujets qui se] trouvent sur des vases antiques.

— Encycl. Les Arabes, auxquels les prescriptions du Koran interdisaient la représentation des êtres animés, imaginèrent de décorer leurs édifices d’ornements tantôt peints, tantôt sculptés, assez souvent même sculptés et peints à la fois, représentant un capricieux assemblage de fleurs, de fruits, de feuillages et de rinceaux. Ils mêlaient à ces objets, traités avec la plus gracieuse fantaisie, des devises écrites avec les caractères élégamment contournés de leur alphabet. Les autres peuples donnèrent le nom d’arabesques ou de mauresques à ce genre d’ornements, dont les plus beaux modèles se trouvent dans les mosquées et les palais construits en, Espagne sous la domination des Maures.

Plus tard, on a reconnu que les Arabes n’avaient pas eu la priorité.de l’invention. Hérodote, Strabon, Arrien et d’autres auteurs anciens nous apprennent, en effet, que dès les temps les plus reculés, les Indiens fabriquaient des toiles sur lesquelles étaient peintes, au moyen de couleurs d’une fraîcheur inaltérable, des fleurs, des animaux, des ornements variés. Ces étoffes se vendaient en.Égypte et en Grèce, longtemps avant que la conquête d’Alexandre eut procuré quelques notions sur l’art de les fabriquer. Les Ptolémées établirent à Alexandrie des manufacturas, oiides ouvriers adroits, guidés par des artistes grecs, firent, a. l’imitation des Indiens, des tissus représentant, suivant les termes de Claudien, «des monstres de toute espèce, des tortues volantes, des vautours armés de cornes, des figures humaines mariées à des coquilles de limaçons. » Les Égyptiens empruntèrent en même temps aux

ARA

Persans et aux Babyloniens l’art de fabriquer ces tapis ras et veloutés^ qui étaient très-estimés en Grèce du temps d’Aristote, et qui, au dire de cet écrivain, étaient aussi remarquables par l’éclat de leurs couleurs que par la richesse et la singularité de leurs dessins.

Nous ne savons si ce fut la vue des étoffes orientales qui inspira aux Grecs les arabesques, les rinceaux, les enroulements, les feuillages dont ils décorèrent quelques-uns de leurs édifices, entre autres le couronnement de l’édicule connu sous le nom de Lanterne de Démosthène ; mais il n’est pas douteux que ce ne soit par l’Egypte qu’ait été apporté chez les Romains le goût de ce genre d’ornementation, qui atteignit chez eux un développement excessif. Vitruve en parle comme d’une nouveauté qui lui parait contraire aux vrais principes et au but moral de l’art : « Maintenant, de mauvaises coutumes portent à abandonner la vérité, qui servait de guide b. nos ancêtres. On peint sur les murs des êtres difformes plutôt que des êtres réels. On fait supporter par des candélabres de petits édifices d’où sortent plusieurs tiges délicates qui semblent y avoir pris racine, et qui forment des volutes où, contrairement à la raison, sont assises de petites figures ; ailleurs ces branches aboutissent a des fleurs dont on fait sortir des demi-figures, les unes avec des têtes d’hommes, les autres avec des tètes d’animaux. Mais ces choses n’existent pas, ne peuvent pas exister, n’ont jamais existé 1... On en reconnaît la fausseté, maison ne les blâme pas ; on s’en amuse, sans se demander si elles peuvent’exister... Quant à moi, je n’approuve que les peintures conformes a la vérité. • Horace avait sans doute en vue les mêmes bizarreries, lorsqu’il commençait son Art poétique par ces vers devenus célèbres :

TTumano capiti cervïcem pictor equinam

Jungere si velit, etc.

Malgré les protestations des gens d’un goût sévère, les ■ Romains continuèrent à décorer l’intérieur de leurs habitations particulières, leurs monuments publics, et leurs tombeaux même, de peintures et de sculptures représentant des vues d’édifices imaginaires, des perspectives ornées de plantes de fantaisie et d’animaux monstrueux, des Amours jouant avec des griffons ou d’autres bêtes fabuleuses, des groupes de fruits ou de gibier, des fleurs, des instruments, des festons, des guirlandes, etc. La plupart des sujets décelaient clairement l’imitation de l’Orient : les plantes et les animaux sacrés de l’Égypte et de l’Inde y figuraient auprès d’édifices d’architecture persane ou babylonienne ; mais le sens symbolique que les Orientaux attachaient aux divers objets employés par eux comme ornements n’existait plus pour les Romains, qui faisaient alors du genre égyptien comme il nous arrive aujourd’hui de faire du genre chinois, sans chercher à pénétrer la signification des emblèmes, -sans discuter la vraisemblance du

Les fouilles faites à Pompéi et à Herculanum nous ont révélé une quantité innombrable de peintures et de sculptures décoratives, dont les motifs sont extrêmement variés. Les sculptures sont ordinairement en stuc et peintes de couleurs plus ou moins vives. Les panneaux des murailles sont toujours revêtus d’une teinte plate, noire, rouge, jaune, bleue ou verte, qui a été appliquée h fresque : c’est le fond destiné a taire ressortir les sujets décoratifs aux couleurs vives et tranchantes. Quelquefois ces sujets sont de simples enroulements, des rinceaux, des feuillages, des guirlandes de fleurs ; mais le plus souvent ils représentent des figures d’animaux réels ou fantastiques, et même des figures humaines, des Génies, des Amours, diversement groupés. Ces sortes de compositions se distinguent ainsi des arabesques, avec lesquelles on a l’habitude de les confondre. Les premières qui furent découvertes dans les thermes ou grottes de Titus, a l’époque de la Renaissance, reçurent le nom de grottesques (en italien, grottesche, qui a rapport aux grottes), dont nous avons fait, patcorruption, celui de grotesques. L’admiration qu’excitèrent ces peintures en provoqua l’imitation. Bientôt les plus grands maîtres de l’Italie s’exercèrent à produire des œuvres semblables. Si nous en croyons Vasari, Morto de Feltre donna l’exemple, et Jean d’Udine porta le genre à sa perfection. Ce dernier, qui n’avait pas son pareil pour peindre les animaux et surtout les oiseaux, retrouva le procédé dont se servaient les anciens pour faire les stucs ; il dut à son habileté d’être employé par Raphaël a la décoration des loges du Vatican. Mais Raphaël lui-même déploya un talent hors "ligne dans la peinture des arabesques et des grotesques. Non content de rivaliser avec les anciens pour la variété et la délicatesse des détails, 1 élégance et la hardiesse de l’exécution, il trouva l’art de faire parler à l’esprit un genre qui semblait n’être fait que pour s’adresser aux yeux : • Rien de plus ingénieux, dit M. Quatremère de Quincy, que la manière avec laquelle il sut vivifier ses compositions, par les attributs des sciences et des arts, et, par toutes ces allusions poétiques, faire de l’arabesque un nouveau langage figuré, dontlos hiéroglyphes, connus de tout le monde, donnent encore au spectateur le plaisir de les avoir devinés. L’espèce de bizarrerie apparente do ce goût et ce que son agencement offre d’extraordinaire se trouvent ainsi corrigés par le sens inoral qui en fait le sujet et i