Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 10, part. 1, L-Leo.djvu/327

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sous tous ses aspects, histoire, philosophie, religion, science, lesquels se résument en un seul et immense mouvement d’ascension vers la lumière ; faire apparaître, dans une sorte de miroir sombre et clair, cette grande figure une et multiple, lugubre et rayonnante, fatale et sacrée, 1 homme ; voilà de quelle pensée, de quelle ambition, si l’on veut, est sortie la Légende des siècles... » Dans les deux volumes parus, et qui, bien probablement, seront les seuls, V. Hugo s’est borné à choisir, dans quelques-unes des grandes-époques, l’antiquité biblique, les temps chevaleresques, le moyen âge, 1ère moderne, Un fait saillant, historique ou conjectural, et à le mettre en lumière. Tels qu’ils sont, et quoiqu’on puisse trouver à redire au choix de 1 auteur, ces fragments laissent deviner ce que pourrait être le monument dans son entier, s’il était donné à une main humaine de le construire.

L’antiquité biblique est représentée par trois grands poèmes : le Sacre de la femme, où le poète chante, dans une gamme austère et sereine, les joies de l’Eden et les splendeurs de la création ; la Conscience, où il emprunte à Dante ses plus sombres couleurs pour peindre le supplice de Caïn, et la Première rencontre du Christ avec le tombeau, page splendide, pleine d’onction religieuse et dépassant de cent coudées l’Évangile qui l’a inspirée. Passant aux légendes du Nord, V. Hugo a donné un pendant terrible au fratricide Caïn dans Kanut, lo parricide ; il le fait errer sans fin dans la nuit, vêtu d’un manteau de neige sur lequel tombe sans cesse une goutte de sang. De même pour Caïn, il a imaginé de lui faire expier son crime par une hallucination sinistre : un œil toujours le regarde. Le malheureux fuit, passe les mers, les continents, se cache dans les bois : l’œil le suit. Enfin, il se fait creuser une tombe, s’y ensevelit et se persuade qu’il va être délivré du supplice :

L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.

Ce sont des conceptions en dehors de tous les cadres épiques. Mais les temps chevaleresques et le moyen âge l’ont surtout largement inspiré. Que de grâce et de charme dans Aymerillotl Le vieil empereur Charlemagne appelle l’un après l’autre tous ses braves chevaliers et leur propose de prendre Narbonue. Ils s’excusent tous : Aymerillot, le petit page, ne consulte que son couragéet prend la ville. Le Mariage de Roland nous montre le paladin aux prises avec Olivier, dans un duel à mort ; il y a des coups d’épée effrayants. Enfin, les deux champions s’aperçoivent qu’ils feraient mieux de s’accorder, et Olivier propose à Roland d’épouser sa sœur, la belle Aude aux bras blancs. C’est aussitôt chose faite. Roland est aussi en scène dans un autre pooine, le Petit roi de Galice. Sept infants, traîtres despotes, décrits de main de maître, délibèrent Sur le sort de leur prince, un pauvre petit roi qui ne se doute guère qu’on trame sa mort. Roland survient, par hasard, au milieu du ténébreux conciliabule et sauve le petit roi Nuno. Des fantaisies étincelantes, comme le Jour des Rois ou la Rose de l’infante, offrent des peintures aussi énergiques et aussi vraies, dans des cadres plus restreints. Dans le premier de ces poèmes, on assiste à toutes les horreurs des guerres entre petits princes, en Espagne : sacs de villes, pillages d’abbayes, assassinats ; c’est ainsi que les rois entendent leur’fête. Dans le second, une rose que le vent effeuille dans un bassin, devant l’Escurial où rêve Philippe II, permet au poète de rappeler, par une allégorie saisissante, le désastre de l’Armada. Rulbert et Eviradnus sont de véritables épopées. Il était impossible de mieux peindre que dans Ratbert lleffroyable tyrannie des princes de la féodalité italienne, et toutes ces physionomies d’heureux condottieri qui se taillèrent des royautés à coups d’épée. Dans ce poème, tout est fiction, et les mœurs, les physionomies sont si réelles, qu’on se prend à vouloir les trouver dans l’histoire, a croire que le poète s’est inspiré de quelque chronique inconnue. Transportez la même tyrannie sur le Rhin, où elle prend les figures louches de Ladislas et de Sigisinond enlaçant d’un réseau d’intrigues Une jolie marquise, qu’ils se disputent d’abord, puis qu’ils veulent tuer, pour rester bons amis ; faites dénouer toutes ces perfidies par l’épée flamboyante d’un chevalier errant, et vous avez Eviradnus.

Les excursions du pofeto chez les despotes orientaux sont tout aussi heureuses. ZitnZisimi est une des plus fantastiques créations du poète. Le despote blasé s’ennuie incurablement ; une seule chose pourrait le

distraire, c’est que les sept sphinx de marbre qui soutiennent son trône prissent la parole ; les sphinx obéissent, mais leurs voix sépulcrales rappellent toutes au prince puissant qu’il lui faudra mourir. Les sept apostrophes virulentes qu’ils adressent à Zim-Zizimi, en célébrant des princes plus puissants que lui, qui, maintenant, ne sont que poussière et pourriture, sont admirables de couleur et de poésie. Il faut un immense talent pour rajeunir ainsi des thèmes aussi usés que le néant de la gloire et la brièveté de la vie humaine. L’ère moderne n’est pas, à proprement parler, représentée dans la Légende des siècles : les Pauvres gens, scènes de mœurs des bords de la mer, ne peuvent être comptés parmi ces grands tableaux historiques et ne sem LÉGE

blent pas là à leur place. Prise en elle-même, c’est une admirable et émouvante composition. Le Satyre, conception panthéiste d’une grande vigueur, et les poèmes qui terminent le volume : Paroles dans l’épreuve, Pleine mer, Plein ciel, la Trompette du jugement, sont plus vagues, et l’on a peine à suivre le poëte dans son vol démesuré à travers les temps et l’espace.

Dans son ensemble, la Légende des siècles est le plus beau et le plus complet des recueils poétiques de Victor Hugo, celui où il montre l’inspiration la plus large et la main la plus ferme et la plus savante. « Nous n’oserions pas avancer, dit M. E. Montégut,

que ces deux volumes contiennent de plus belles choses que les recueils précédents de l’auteur. Mais nous dirons hardiment qu’ils en contiennent d’aussi belles et en plus grande abondance. Prenez, par exemple, les Hayons et les ombres ; retranchez-en les deux pièces intitulées : Oceano nox et la Tristesse d’Olympio, et le volume se trouvera fort appauvri. Retranchez des Voix intérieures les deux pièces : la Cloche et À Olympia, et le recueil n’ajoutera rien ou presque rien à la gloire du poëte. Ici, au contraire, dans la Légende des siècles, les pièces qu’on voudrait ne pas rencontrer sont en très-petit nombre, et les bizarreries choquantes, les audaces maladroi—tes, les aspirations pénibles sont mises dans l’ombre et comme effacées par les splendeurs des poèmes qui les suivent et qui les précèdent. Des pages comme celles à’Aymerillot, du Mariage de Roland, du Petit roi de Galice font aisément pardonner quelques conceptions nuageuses et lourdes, quelques tentatives élevées et nobles sans doute, mais restées stériles. »

Légende celtique et la poésie des cloître.

(la), par M. H.’de La- Villemarqué (1859, in-18). L’auteur s’est proposé d’étudier les traditions orales, poétiques, religieuses, symboliques, historiques, qui se sont développées à part dans l’Église d’Irlande, de Cambrie, d’Écosse et d’Armorique, et dont l’ensemble forme un cycle de légendes qui se détachent avec originalité du fonds commun des grandes légendes chrétiennes. Dans la première partie, qui est comme une introduction, M. de La Villemarqué traite de la poésie des cloîtres celtiques ; il s’attache k décrire et à définir la poésie monastique aux époques barbares. Dans la seconde partie, il symbolise en trois légendes particulières, qui forment une espèce de trinité, les trois pays qui ont été le centre de cette poésie : l’Irlande, la Cambrie et l’Armorique ; saint Patrice représente l’Irlande, saint Radok la Cambrie, saint Hervé l’Armorique. L’Irlande, le pays le plus éloigné de l’empire romain, qui, par conséquent, fut le plus lent à recevoir 1 influence extérieure, conserva le plus longtemps, pour ces mêmes raisons, le dépôt des traditions celtiques. À ce fonds ancien vinrent s’unir les légendes chrétiennes qui datent de la conversion même de l’Irlande au christianisme, conversion qui s’opéra du veau vie siècle. Ces deux courants, se confondant l’un avec l’autre, produisent toute la poésie celtique. M. de La Villemarqué montre que telle légende, celle de saint Brendan, que l’on montre vers 560 allant évangéliser par delà le grand Océan, ne fut point étrangère à la découverte du nouveau monde. Christophe Colomb a écrit, en effet : « Je suis convaincu que là (darrs l’Ile de Saint-Brendan)est le paradis terrestre où personne ne peut arriver, sinon par la volonté de Dieu. > D’ailleurs, c’est un des caractères remarquables de ces légendes, que les voyages qu’elles font accomplir à leurs héros. Dans ce désir de connaître, d’embrasser le monde, apparaît l’inquiétude généreuse de ces races celtiques, portées si loin de leur berceau par leurs étonnantes migrations. Toute cette partie du livre est intéressante et curieuse. L’érudition de l’auteur est très-réelle ; mais il manque un peu de cette sagacité, de cette pénétration d’esprit qui fécondent les résultats de la science. Son imagination reste froide et stérile dans ces sujets qui exigent chez le savant même de l’imagination et du style.

Légendes et croyances de l’iintlqvlté, par

M. Alfred Maury (1863, in-8°). Dans le cadre de cet ouvrage, le savant académicien a fait tenir un grand nombre d’études, qui, toutes, ont pour but d’éclairer l’histoire des religions de l’Occident à l’aide de celles de l’Orient. Les Essais qui forment le livre sont au nombre de huit, et ils avaient été publiés d’abord séparément ; ce sont, dans le livre, autant de chapitres distincts, reliés seulement par un but unique. En voici le3 titres : 1» la Religion primitive de la race indo-européenne ; 20 Mithra, aperçu pour servir k la religion des Perses ; 30 le Lion de Némée, étude sur une ancienne légende historique ; 4° Deux divinités du culte des Gaulois, Tamulus et Grannus ; 5° la Première histoire du christianisme ; 6° Histoire d’un Évangile apocryphe, l’Évangile deNicodème ; 70 Une légende des premiers temps du christianisme ; 8° Des anciens rapports de l’Asie occidentale avec l’Inde transgangétique et la Chine.

La première de ces études a une importance capitale ; l’auteur y montre que les Védas, source de la religion des Aryas, ont été également le fonds commun de toutes les religions des races indo-européennes. Le fondement de cette religion, c’est le naturalisme, c’est LEGË

à-dire la divinisation de la nature physique. Ce naturalisme est le reflet de ce qu a inspiré de bonheur à l’homme le spectacle de la nature, l’œuvre sublime de la création ; c’est le produit direct du génie poétique et anthropomorphique qui personnifie tous les objets,

tous les phénomènes, et qui est la forme constante de l’imagination à son éveil : M. Maury démontre, avec beaucoup d’érudition et a l’aide de citations nombreuses et de rapprochements, que ce naturalisme, qui caractérise la religion des Aryas, est passé successivement dans les religions grecque, latine, gauloise, germaine, slave, et il nous ramène ainsi à la racine des croyances que l’érudition n’avait longtemps considérées que dans leurs manifestations finales, et auxquelles elle avait, par conséquent, attribué une individualité qui ne leur appartient pas.1

M. Maury n’est pas éloigné de déclarer, au nom de la critique historique, que la religion judaïco-chrétienne est sortie, comme les autres, de la source aryenne. S’il no tire pas formellement cette conclusion, il la laissé deviner au lecteur. Au reste, son livre est écrit, malgré de grandes précautions de style, à un point de vue très-hétérodoxe. Dans le chapitre qu’il consacre à la Première histoire du christianisme, et dans lequel il soumet à l’examen critique l’ouvrage d’Eusèbe de Césarée, M. Maury ne dissimule pas que l’examen des fondements historiques de la tradition chrétienne ■ est une tâche délicate, • et que l’histoire des premiers siècles du christianisme a été envahie et faussée par une multitude de légendes, d’anecdotes supposées, de fables, qui finirent par prendre place dans l’histoire et que ne tarda pas à consacrer la vénération des fidèles. Il explique très-bien que lès légendes sont une des formes les plus ordinaires, les plus inévitables du sentiment d’admiration ou d’amour qu’entretient le culte de la divinité, qu’enfante le souvenir des grandes actions et des héros.

Les ’sources auxquelles M. A. Maury a puisé ses indications sont des plus sûres : ce sont les ouvrages de savants distingués de France, d’Allemagne et d’Angleterre, tels que Max Muller, Lassen, Roth, Adalbert, Kuhn, Wilson, Weber, Régnier, Langlois et autres. Comme nous l’avons dit, l’érudition répandue dans cet ouvrage est considérable ; c’est ce qu’on peut appeler une œuvre de bénédictin.

Légende* de Gavarni (LES), pièce en trois

actes, paroles de M. H. Lefebvre, musique de M. P. Barbier, représentée aux Bouffes-Parisiens le 29 janvier 1867. C’est une bouffonnerie de carnaval. Des clercs de notaire déguisés en débardeurs ; un habitant deSenlis, oncle de la future d’un des jeunes gens, qui s’est faufilé dans cette société à l’aide d’un costume de femme sauvage ; une querelle ; des cartes échangées, dont l’une se trouve être, par erreur, celle du patron des basochiens ; tout cela fait une pièce assez plaisante, mais qui appartient plutôt au répertoire du Palais-Royal qu’à celui d’un théâtre lyrique. Chantée parGourdon, Bonnet, Croué, Mmes Geraizer, Bonelli, Decroix et Rigault.

LE GENDRE (Philippe), pasteur protestant français, qui vivait au xvue siècle. Il exerçait en 1685 les fonctions de son ministère à Rouen, quand, accusé d’avoir reçu dans le temple des relaps et des enfants dont les parents s’étaient faits catholiques, il fut condamné par le synode et obligé de quitter la France. Il se retira alors k Rotterdam, où il fut nommé ministre. On a de lui : la Défaite et la destruction de l’Antéchrist, en deux sermons sur II Thess., 11, 8 (Rotterdam, 1688, in-12) ; la Vie de Pierre Thomines, sieur du Rose, ministre de Caen (Rotterdam, 1694, in-8°) ; Histoire de la persécution faite à l’Église de Rouen sur la fin du dernier siècle (Rotterdam, 1704, in-12), etc.

LE GENDRE (Antoine), agronome français, né à Vaudreuil, près d’Evreux, en 1612, mort en 1687. Il fut conseiller, aumônier du roi, contrôleur des jardins fruitiers de Sa Majesté, et curé d’Hénouville. Ami intime de Pierre Corneille, il lui donnait chaque année, au retour de la belle saison, une champêtre hospitalité. L’abbé Le Gendre fut le premier qui, dans sa, province, enseigna la culture des arbres fruitiers en espalier. On lui doit un excellent traité intitulé : Manière de cultiver les arbres fruitiers (Paris, 1652, in-12 ; Rouen, 1634, in-12), plusieurs fois réédité. *

LEGENDRE (Nicolas), sculpteur français, né à Etampes en 1619, mort k Paris en 1671. 11 commença à se faire connaître en exécutant, pour la chartreuse de Gaillon, plusieurs statues en pierre de saint Rruno, d’un grand effet décoratif. L’habileté avec laquelle il travaillait la pierre, le bois, et employait le stuc, ne tarda pas à le mettre en évidence, et il devint en 1664 membre de l’Académie de peinture et de sculpture, puis professeur k cette Académie (1665). Legendre fut un des artistes les plus remarquables de son temps. On luidoit un nombre considérable d’œuvres, particulièrement remarquables par l’élévation et la simplicité du style, par l’expression des figures. Nous citerons de lui, k Paris, les belles têtes de la Vierge et du Christ, sur la porte du collège de la Marche ; Saint Pierre, saint Paul, la Conversion et le Martyre de saint Paul, Saint Pierre sur le lac de Tibériade, Notre-Dame-de-Douleur, etc., à l’église

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Saint-Paul ; Saint Denis, Sainte Geneviève, Dieu le Père, la Vierge tenant l’Enfant Jésus, œuvre naïve et d’un sentiment exquis, k l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet ; la décoration de l’hôtel Beauvais, rue Saint-Antoine ; la Madeleine repentante, en terre cuite, à l’École des beaux-arts ; la Tempérance et la Prudence, sur le grand fronton d’une cour du palais de l’Institut ; Sainte Thérèse et Saint Elle, aux Carmélites ; de belles statues dans l’abbaye de la Victoire, k Senlis ; Sainte Radegonde, à la cathédrale de Poitiers ; Saint Leu et Suint Gilles, dans l’église d’Etanipes ; Saint Denoit et Sainte Scolustique, chez les. bénédictins d’Issy ; des travaux décoratifs au château de Vaux, etc.

LE GENDRE (Louis), historien français, né à Rouen en 1055, mort à Paris en 1733. Grâce, à la protection de François’de Harlay, archevêque de Rouen, il fit de solides études, fut ordonné prêtre et suivit son bienfaiteur lorsque celui-ci passa au siège de Paris. Là, il devint chanoine de Notre-Dame et fut pourvu, en 1724, de l’abbaye de Claire-Fontaine, près de Chartres. Tout en vaquant aux ^oins de son emploi, Le Gendre se livrait avec goùi aux investigations historiques. lia laissé plu. sieurs ouvrages, dont les plus importants sont : Éloge de François de Harlay, archevêgue de Paris (1695, in-8°) ; Essai sur le règne de Louis le Grand, jusqu’en 1697 (1697, in-4°) ; Histoire de France, contenant les règnes des rois des deux premières races (1700, 3 vol. in-12) ; Mœurs et coutumes des Français dans les premiers temps de ta monarchie (1712, in-12) ; Nouvelle histoire de France, depuis le commencement de la monarchie jusqu’à la mort de Louis XIII (1718, 3 vol. in-fol. ou 8 vol. in-12) ; Vie du cardinal d’Amboise, ministre de Louis XIJ (Paris, 1724, 2 vol in-12). En mourant, il iaissa une partie de ce qu’il possédait pour la fondation de prix d’éloquence, de poésie et de musique.

LEGENDRE (Gilbert-Charles), marquis de Saint-Aubin, historien, né à Paris en 1688, mort en 1746. Conseiller au parlement, puis maître des requêtes (1714), il se démit de ses fonctions pour se livrer à des travaux historiques. Nous citerons de lui : Traité de l’opinion ou Mémoires pour servir à l’histoire de l’esprit humain (Paris, 1735, 6 vol. in-12) ; Des antiquités de la maison de France (Paris, 1839) ; Antiquités de la nation et de la monarchie françaises (Paris, 1791). Ces ouvrages attestent beaucoup de recherches et d érudition.

LEGENDRE (Adrien-Marie), géomètre célèbre, membre de l’Académie des sciences, né à Paris le 18 septembre 1752, d’une famille peu aisée, mort k Auteuil le 9 janvier 1834. Il termina de bonne heure ses études au collège Mazarin, où l’abbé Marie, chargé du cours de mathématiques, le distingua et le prit en affection. C’est à cet excellent maître que Legendre dut l’aplanissement des premières difficultés de l’entrée dans la vie. Après avoir inséré, avec éloges, plusieurs articles de son élève dans son Traité de mécanique, publié en 1774, il le fit nommer, par l’entremise de d’Alembert, k la chaire do mathématiques de l’École militaire de Paris. Legendre occupa cette chaire de 1775 à 1780. Le courant d’idées où il se trouvait alors l’amena k concourir pour le prix proposé par l’Académie de Berlin, sur la question de déterminer la courbe décrite par les boulets et (es bombes, en ayant égard d la résistance de l’air, et de donner des règles pour connaître les portées qui répondent à différentes vitesses initiales et à différents angles de progression. Son mémoire intitulé : Recherches sur la trajectoire des projectiles dans les milieux résistants, fut couronné le 6 juin 17S2. Il supposait la résistance de l’air proportionnelle au carré de la vitesse. On sait que les géomètres ont reconnu depuis la nécessité d’introduire, dans l’expression de cette résistance, un terme proportionnel au cube de la vitesse, et que les praticiens la regardent comme proportionnelle à la puissance - de cette même

vitesse. Le mémoire de Legendre ne présente donc plus, au point de vue pratique, qu’un intérêt purement historique ; mais les analystes y trouvent une application remarquable de la méthode d’intégration par séries. Legendre n’appartenait déjà plus k l’École militaire depuis 17S0. Il lut à 1 Académie, le 22 janvier 1*83, un premier mémoire sur l’attraction des ellipsoïdes, qui fut renvoyé ’ à l’examen de d’Aleinbert et de Laplace. Maclaurin, Lagrange et Laplace lui-même avaient déjà traité la question, mais en supposant le point attiré à la surface ou dans l’intérieur du sphéroïde. Legendre fit voir que l’on peut ramener le cas où lo point est extérieur à celui où il se trouve k la surface, en faisant intervenir l’ellipsoïde de mêmes foyers qui passerait par le point donné. « Ce théorème, disait Laplace dans son rapport, est fort intéressant. C’est un nouveau pas fait dans la théorie des attractions des ellipsoïdes ; l’analyse en est d’ailleurs très-savante, et elle annonce un talent distingué. » L’Académie s’empressa de désigner Legendre pour une place de membre adjoint, devenue vacante par la nomination de Laplace k la fonction d’associé. Sa nomination fut ratifiée le 30 mars 17S3. Lo

4 juillet 1784, il lut à l’Académie un premier