Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 13, part. 2, Pubi-Rece.djvu/374

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RÉBA

prien et quelques autres évêques d’Asie et d’Afrique qui décidèrent > qu’il fallait rebaptiser tous ceux qui avaient reçu le baptême de la main des hérétiques ; «car, disaient-ils, celui-là ne peut pas donner le Saint-Esprit qui ne le possède pas, et c’était le cas des hérétiques. Ils rencontrèrent la plus grande résistance de la part du pape Étienne qui, s’appuyant sur cette maxime : • N’innovons rien ; tenons-nous en à la tradition, des menaça de tes exclure de sa communion. Les conciles d’Arles et de Nicée, tenus au ive siècle, déclarèrent valide le baptême donné par les hérétiques, à moins qu on n’y eût pas observé la forme prescrite par J6sus-Christ lui-même. Certains évêques s’autorisèrent de cette décision pour invalider les baptêmes donnés par certains hérétiques au nom de Jésus-Christ, tandis que la vraie formule est celle-ci : « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »

Mosheim reproche amèrement au pape Étienne d’avoir en cette circonstance agi avec orgueil, hauteur et opiniâtreté. « Ceux qui pensent, dit-il, qu’Étienne, en séparant les Asiatiques et les Africains de sa communion et de celle de Rome, les retrancha de la communion de l’Église universelle se trompent fort. Dans ce temps-là, l’évêque de Rome ne s’attribuait point ce droit, et personne ne se croyait excommunié parce que cet évêque ne voulait pas l’admettre à sa communion particulière ; ces opinions ne sont nées que longtemps après. Tout évêque se croyait en droit de séparer de son Église quiconque lui semblait atteint de quelque erreur grave ou de quelque faute considérable. »

Ecoutons maintenant les fermes paroles qu’adressait l’évêque Firmilien an ■ pape Étienne : « Quiconque pense qu’on pcm mceyoir la rémission des péchés dans l’assemblée des hérétiques ne demeure plus sur le fondement de-l’Église une que Jésus-Christ a établie sur la pierre, puisque c’est à saint Pierre seul que Jésus-Christ a dit : « Ce que « vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel. » On le voit, Firmilien ne soutenait pas la thèse que plus tard Mosheim devait soutenir. 11 ajoute : « Je suis indigné de la démence d’Etienne qui se glorifie du rang de son épiscopat et prétend avoir la succession de saint Pierre, sur lequel l’Église est fondée, en introduisantde nouvelles pierres et de.nouvelles Églises... Il ne lui reste plus qu’à s’assembler et à prier avec les hérétiques, à établir un autel et un sacrifice commun avec eux. Combien de disputes et de divisions vous avez préparées dans les Églises du monde entier ! Quel crime vous avez commis en vous séparant de tant de troupeaux I Vous avez cru les séparer tous de vous et c’est vous seul qui êtes séparé de tous. Ou sont l’humilité et la douceur ordonnées par saint Paul à celui qui occupe la première placeI Quelle humilité, quelle douceur de penser autrement quêtant <I évêques répandus par tout le monde et de rompre la paix avec eux I »

REBAPTISATEUR s. m. (re-ba-ti-za-teur).

V. REBAPTISANT.

REBAPTISATION s. f. (re-ba-ti-za-si-on

— rail, rebaptiser). Hist. ecclés. Action de rebaptiser, ^ conférer une seconde fois le baptême.

— Encycl. V. rebaptisant.

REBAPTISÉ, ÉE (re-ba-ti-zé) part, passé . du. v. Rebaptiser. Qui a été baptisé une seconde fois.

REBAPTISER v, a. ou tr. (re-ba-ti-zé — du préf. re, et de baptiser). Baptiser une seconde fois : Les grecs rebaptisent1 les latins guipassent d’une de nos communions latines à la communion grecque. (Volt.) L’église grecque ne rebaptise point ; elle regarde comme très-bon et très-authentique tout baptême administre dans les autres coimnunions chrétiennes. (Catherine II.)

RÉBARBATIF, IVE adj. (ré-bar-ba-tif, ive

— du préf. , et du lat. barba, barbe. Ménage se figurait que rébarbatif marquait la grimace d’un homme qui mâcherait de lar/mbarbe. Se non è vero, è bene trovato. Pour parler sérieusement, l’origine de ce mot n’est pas bien certaine ; il sé rattache certainement a barbe, mais comment ? C’est ce qu’il est assez difficile d’expliquer d’une manière satisfaisante. Scheler le tire d’un verbe inusité rebarber, regarder dans lu barbe, regarder en face, rompre en visière. D’après Littré, ce mot serait dérivé de rebarbe, qui se disait au xvic siècle avec le sens de : Qui oppose barbe à barbe). Rude et rebutant, comme une barbe hérissée : Visage rébarbatif. Air rébarbatif. Humeur rébarbative. J’uime une sagesse gaye et civile et fuys l’aspreté des mœurs et l’austérité, ayant pour suspecte toute mine rébarbative. (Montaigne.) Est-ce que ton maître sera plus rébarbatif que moi ? (La Fout.) Que vous me connaissez mal, si vous jugez de moi sur ma vue rébarbative. (Le Suge.).Oo)i Pedro changea de domestique, et mit auprès de son épouse la duègne d’Espagne la plus rébarbative. (Le Sage.) AJa sœur a ta figure asses avenante, et moi, je ne crois pas avoir un atr irês-RÉBARBATlK iX. Marinier.) Jamais âme plus débonnaire ne revêtit une enveloppe plus rébaubativk. (Th. Gaut.) Il les regardait tous avec douceur, un peu surprisse leur costume débraillé et de leurs mines rébarbatives. (E. Feydeau.)

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REBARBE s. f. (re-bar-be). Technol. Se dit, dans les fromageries de Roquefort, des raclures du fromage qu’on transforme eu pains cylindriques, pour la consommation locale.

KÉBARO (Jean-Baptiste-Hippoiyte), acteur, né à Paris en 1810. Fils d’un tailleur, il fut d’abord ouvrier bijoutier. Après avoir joué dans des théâtres de société, il parut quelque temps au cirque Olympique, puis au théâtre des Folies-Dramatiques (1834), où il joua avec un plein succès le rôle de Bertrand, dans Robert Macaire. Engagé alors au théâtre des Variétés (1S35), il y resta huit ans et contribua à la réussite de nombreux vaudevilles. M, Delestre-Poirson, directeur du Gymnase, s’attacha alors ce consciencieux comique qui se plia aisément au genre de gaieté du théâtre du boulevard Bonne-Nouvelle. Il était d’un grotesque achevé dans le Mardi gras à l’hôtel des Haricots, folie de carnaval en un acte, de MM. Laurencin et Clairville. En 1846, Rébard retourna aux Variétés, dont le répertoire convenait à son tempérament dramatique, et s’est surtout fait remarquer dans la Fille terrible, dans Candide (1848) do MM. Clairville, Choler et Saint-Yves et dans le rôle de Munius, de l’Habit vert, d’Alfred de Musset et de M. Emile Autrier (1849), etc. *

REBARDEMENT s. m. (re-bar-de-manrad. rebarder). Hortie. Action de rebarderrésultat de cette action.

REBARDER v. a. ou tr. (re-bar-dé — du préf. re, et de- barder). Art culin. Remettre des bardes de lard.

— Hortie. Retirer un peu de terre du milieu d une planche, afin d’y retenir l’eau de la pluie ou dus itrrosoments.

REBARRICADER v. a. ou tr. (re-ba-ri-kadé

— du préf. re, et de barricader}. Barricader de nouveau ; Il rebarricada la porte de la cave et nous ordonna de rester dans notre boutique. (Alex. Dumas.)

REBASSINER v. a. ou tr. (re-ba-si-né — du préf. re, et de bassiner). Bassiner de nouveau ; Mon lit n’est pas encore assez chaud ; il faut le REBASSINER.

REBAT s. m. (re-ba — du préf. re, et de battre). Techn. Action de rebaitre un tonneau, une futaille.

— Agric. Deuxième écrasage que l’on fait subir aux graines oléagineuses.

— Faucon. Action de lancer l’autour une seconde fois.

REBÂTÉ, ÉE (re-bâ-té) part, passé du v. Rebâter. Bâté de nouveau : Les ânes rebÂtés, nous nous remîmes en marche.

REBÂTER v. a. ou tr. (re-bâ-té — du préf. re, et de bâter). Remettre le bât à une bête de somme : Rebâter un mulet. Rebâter un âne.

REBÂTI, IE (re-bâ-ti) part, passé du v. Rebâtir. Bâti, construit de nouveau : Maison nouvellement rebâtie.

REBÂTIR v. a. ou tr. (re-bâ-tir — du préf. re, et de bâtir). Bâtir de nouveau, reconstruire : Les Juifs, au retour de la captivité rebâtirent le temple de Jérusalem. (Acad J Je dis aux villes de Juda : Je vous rebâtirai je relèverai vos ruines et je remplirai vos rues solitaires et abandonnées. (Boss.) L’auteur de l’ëpitome des guerres sacrées prétend que les chrétiens obtinrent d’Adrien la permission de bâtir, ou plutôt de rebâtir un temple sur le tombeau de leur Dieu. (Château b.) Elle avait fait rebâtir deux de ses métairies sur les plans des fermes de l’Artois et de la IHand : e. (Balz.) Rebâtissez son temple et peuplez Bea cités.

Racine.

Il Absol. : Lorsque le père a détruit, il faut que le père rebâtisse, c’est la loi. (Alex. Dumas.)

Se rebâtir v. pr. Être rebâti : L’église ou la chapelle se rebâtit des ruines du temple. (Gér. de Nerv.)

REBATTAGE s. m. (re-ba-ta-je — rad. rebattre). Artill. Action de polir la surface des boulets.

REBATTEMENT s. ta. (re-ba-te-manrad. rebattre). Agric. Action de rebattre les grains ou les graines pour les séparer de leurs épis, de leurs capsules : Le rebattement des graines donne deux et demi pour cent de la récolte totale. (De Morogues.)

— Blas. Nom donné à toute combinaison de pièces qui couvrent entièrement l’écu, et qui sont de deux émaux alternativement, de manière qu’elles semblent rabattues les unes sur les autres, comme la doublure d’un vêtement sur le vêtement lui-même : Le paie, le fascé le baiidé, le barré, etc., sont des rebattements. Il Nom donné à des figures de forme capricieuse et bizarre, principalement usitées en Allemagne, et dont le dessin seul peut donner une idée.

REBATTERET s, m. (re-ba-te-rè — rad.rebattre). Techn. Outil dont on se sert pour façonner l’ardoise.

REBATTOIR s., m. (re-ba-toir — rad. rebattre). Techn. Instrument servant à refouler et à rebattre les carreaux de terre.

REBATTRE v. a. ou tr. (re-ba-tre — du préf. re, et de battre). Battre de nouveau : On l battu et rebattu. Il faut rebattre cet habit, il est encore plein de poussière. (Acad.)

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0 Parcourir de nouveau : Nous avons battu et rebattu laplaine sans découvrir le moindre gibier.

— Par ext. Répéter inutilement et d’une manière ennuyeuse : Rebattre souvent la même chose. Lorsqu’il fut rentré dans son appartement, il se mit à rebattre ses campagnes de Portugal, dont il m’avait étourdi. (Le Sage.) Il est fastidieux, en réfutant des adversaires, de rkbattre sans cesse la même vérité. (Proudhon.)

J’ai rebattu cent et cent fois Ceci dans cent et cent endroits.

La Fontaine.

Hâte-toi mon ami, tu n’as pas tant à vivre. Je te rebats ce mot, car il vaut tout un livre.

La Fontainb.I On dit, dans le même sens, Rebattre les oreilles, rebattre aux oreilles. De celui-là aussi vous nous rebattiez singulièrement les oreilles. (J. Janin.)

Faut-il vous le rebattre

Aux oreilles cent fois, et crier comme quatre 7

Molière.

— Agric. Faire le rebattement des grains, des graines.

— Chasse. Chien qui rebat les voies, Chien qui revient plusieurs fois sur les mêmes voies. , — Jeux. Rebattre les cartes, Les mêler une

seconde fois.

— Techn. Fouler les carreaux de brique, afin de les rendre plus solides. Il Rebaitre des meules de moulin, Les repiquer. w-Rebattre un tonneau, une futaille, En resserrer les douves, en frappant sur les cerceaux, pour les chasser du côté de la bonde, il Rebaitre un matelas, en battra la laine avec des baguettes, et le refaire.

— v. n. ou intr. Se dit des chiens qui tiennent la queue haute et droite.

REBATTU, UE(re-ba-tu) part, passé du v. Rebattre. Battu de nouveau : Un habit rabattu. Un matelas nouvellement rebattu. Il Se dit d’un chemin très-fréquenté : Si vous ne voulez pas être découvert, suivez un sentier moins rebattu.

— Par ext. Qui a été redit, répété souvent : Discours rebattu. Maxime rebattue. Objection sans cesse rebattue. J’ai pris là un sujet vingt fois rebattu. (Andr.) Ce ne sont que des lieux communs, des thèmes usés et rebattus. (Cormen.) Toutes les questions rebattues, toutes les questions qui doivent être épuisées et abandonnées sont celles qu’on n’abandonne jamais et qu’on agite toujours. (E. de Gir.) En matière de théâtre, ce qui est usé et rebattu obtient toujours une inexplicable préférence. (Th..Gaut :) |] Être rebattu d’une chose, en avoir les oreilles rebattues, Être fatigué de l’entendre : J’ai 'tous les jours les oreilles rebattues de ses larcins. (Boil.) Je suis si rebattue de ces discours, que je n’en puis plus. (M<»e de Sév.). .T’avais les oreilles rebattues de ces discours flatteurs. (Le Sage.)

REBACDER v. n. ou intr. (re-bô-dé). Mar. Virer de bord, il Peu usité.

REBAUDIR v. a. ou tr. (re-bô-dir — du vieux français resbaldir, qui était l’itératif de esbaldir. et qui signifiait, comme le terme actuel, ranimer, rendre du courage ; esbaldir, esbaudir était un, composé de baldir, baudir, qui est encore en usage comme terme de chasse et qui provenait lui-même du vieux français bald, bault, baud, baut, italien baldo, hardi, audacieux, gaillard, dispos, éveillé, joyeux, d’où la vieille langue avait fait aussi baldement, baudement, hardiment, gaillardement, joyeusement). Chasse. Caresser les chiens pour les animer, les exciter.

— v. n. ou intr. Se dit des chiens qui relèvent la queue, ce qui fait juger qu’ils sont sur une piste.

REBEC s. m. (re-bèk —italien ribeca, portugai rabeca, catalan rabaquet, provençal rabey ; il est probable que tous ces mots, ainsi que l’italien ribeba, vieux français rebêbe, rubèbe et rebelle, espagnol rrbet, portugais arrabil, et rabeca, se rapportent à l’arabe rabâb, qui désigne un instrument analogue en forme ronde. Pour la mutation du 6 en c, Diaz cite les mots espagnols jabela et jabega, flûte mauresque). Sorte d’ancien violon à trois cordes : Ils n’avaient pour toute symphonie qu’un méchant rebec. (Acad.) A peine distinguait-on dans sa musique quelque misérable rebec de l’enfance de l’art. (V. Hugo.) Ce n’était que dessus de rebec, hautes-contre de rebec, tailles de rebec, sans compter les flûtes et tes cuivres. (V. Hugo.)

Bref, vos paroles non pareilles

Résonnent doux h. nos oreilles

Comme les cordes d’un rebec.

RÉGN1ES.

— Prov. Sec comme un rebec, Absolument desséché.

— Encycl. Le rebec, fils de la rubèbe, père du violon, et dont l’origine première se retrouve dans Itscroot trithant ou crout à trois cordes dont se servaient dans les premiers siècles du christianisme certains bardes secondaires du pays de Galles, était un instrument à archet monté de trois cordes seulement. En usage en France depuis le moyen âge jusqu’à la fin du xvue siècle, époque à laquelle il fut abandonné par les ménétriers le rebec est souvent cité par les écrivains du xve siècle et du temps de Rabelais, qui le

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qualifie d aulîque, par opposition avec la rustique cornemuse ; il figurait encore dans les concerts de cour. Sa forme était à peu près Semblable, quoique beaucoup plus grossière, a celle du violon ; mais ie rebec se distinguait par une tête d’animal ou d’homme sauvage qui d’ordinaire en ornait le manche. Comme presque tous les instruments de cette époque le rebec formait toute une famille, composée d’individus de tailles différentes, et il y avait des dessus, des quintes, des tailles et des basses de rebec. Un musicien duxuio siècle, Colin Muset, célèbre ménestrel, qui était à la fois poste, compositeur et virtuose et dont il nous est resté quelques chansons, se rendit fameux par la façon dont il jouait du rebec, qui était, du reste, l’instrument favori des troubadours.

Nous venons de dire que le rebec était fils de la rubèbe ; mais celle-ci parait n’avoir jamais eu que deux cordes, tandis que celui-là en avait trois. (Observons que les Italiens disaient indifféremment ribeca et ribeba pour rebec.) « On faisait surtout usage du rebec et de la rubèbe, dit Kastner, pour accompagner la danse. Seulement la rubèbe, comme le rebec, jouait plus particulièrement son rôle dans les fêtes bourgeoises, populaires et champêtres : c’étaient les ménétriers du second ordre qui s’en servaient. Tous les instruments ■ à archet montés de deux ou trois cordes ont été dans le même cas. En France, en Angleterre, en Allemagne, en Russie, comme en Italie, en Espagne et jusque chez les Orientaux, ils ont défrayé les modestes concerts du peuple et figuré dans le capricieux orchestre des musiciens ambulants. Ainsi le crout à trois cordes, qu’on présume avoir été un dos ancêtres dureoec, étaitexclusivement réservé dans le pays de Galles aux bardes d’un ordre inférieur. Dans d’autres parties de la Grande-Bretagne, le rebec hérita de la popularité du crout à trois cordes. Milton, entre autres, témoigne de la faveur accordée à cet instrument pour accompagner la danse, il en vante le son joyeux : And thejocund, rebelcs sound. On en fit venir de ce pays en France, car Brantôme, parlant assez dédaigneusement des violons de la reine, dit qu’ils « n’étoient « que petits rebecs d’Écosse. »En France, durant le moyen âge, la vogue du rebec égala celle de la vielle à roue ou chifonie, du monocorde a archet, de la flûte, du chalumeau, de la cornemuse, du tambourin et du tambour. On l’employait dans les noces, les bals, les festins, dans les mascarades, les cortèges, les sérénades et en général dans tous’les divertissements du peuple et de la bourgeoisie. Comme les fiancés se rendaient à l’église à pied, suivis de leurs parents et de leurs amis, le cortège était ordinairement précédé d’un ou de plusieurs ménétriers jouant de la vielle, du rebec, de la cornemuse, du hautbois, de la flûte et du tambourin. La même coutume existait en Allemagne, où nous retrouvons la vielle à trois cordes au nombre des instruments désignés sous le nom générique de geige, »

En Espagne, les paysans s’amusent au son du rabel ou arrabel, sorte de violon commun et grossier, que l’on suppose être le même que le rebec, d’autant que les Portugais, qui s’en servent aussi, le nomment rabeca.

Aune époque qui n’est pas fort éloignée de la nôtre, le rebec donnait encore des signes d’existence. De renseignements auxquels on peut ajouter foi, il résulte que cet instrument était spécialement attribué aux apprentis ménétriers, aux musiciens de guinguette, de foire et de village, à qui des ordonnances de police, rendues dès le commencement du xvue siècle, interdisaient formellement l’usage des basses, dessus et autres parties de violon, dont les maîtres de la corporation avaient seuls le privilège de se servir pour former des concerts et faire danser le public. Mais du temps de notre excellent Rabelais (dont on a voulu aussi, paraK-il, dériver le nom de famille de l’espagnol rabel), lerebee n’était pas encore à ce point discrédité, malgré son caractère populaire. Nous avons dit que du temps de ce grand écrivain il jouissait de la faveur des gens de cour, ainsi que le luth ; c’est ce que prouve le passage suivant, dans lequel maître Alcofribas Nasier applique à la cornemuse l’épithète de rustique, et non pas au rebec : « Plus me plaist, dit-il, le son de la rustique cornemuse que les fredonnements de luts, rebecs et violons uuliques. »

Le rebec a donné lieu à deux expressions populaires. On disait d’un individu qu’il avait un visage de rebec pour expliquer que sa figure était sèche et pincée, que ses traits étaient durs.et anguleux. On trouve cetto locution’dans les vers suivants de Rabelais : Elle en mourut, la noble Badebee Du mal d’enfant, que tant me semblait ni«, Car elle avoit visage de rebec. Corps d’espaignol et ventre de soulce.

« Cette expression, dit Kastner, fait allusion aux têtes sculptées à l’extrémité du.inanche du rebec. Longtemps il fut de mode d’orner de sculptures semblables certains instruments, mais principalement les instruments à cordes dont le manche, au lieu d’être courbé en arrière, comme celui des luths, était recourbé en dedans comme celui des violons. Du reste, ces figures n’étaient pas toujours ridicules et grotesques ; souvent elles représentaient de jolies lêtes de femme, lesquelles en général paraissent avoir eu pour ljut de