Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 13, part. 3, Rech-Rhu.djvu/131

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philosophique qui leur fût propre, et, au temps de leur puissance, ayant adopté la conception grecque, ils adoptèrent aussi, par une conséquence nécessaire, l’art grec, qu’en tout genre ils se bornèrent à imiter. Toutefois, voulant imprimer à leurs monuments une plus grande majesté, quelque chose de leur propre grandeur, ils en accrurent les dimensions et en surchargèrent l’ornementation au détriment de l’harmonie. Ils introduisirent aussi, ou multiplièrent du moins, dans la construction l’emploi de la voûte, qui eue pour effet d’alourdir les proportions intérieures des temples, mais qui, plus tard, en s’exhaussant, devint la coupole, un des éléments de grandeur et de majesté de l’architecture chrétienne. Le germe de cette transformation apparaît déjà, dans le Panthéon d’Agrippa, l’un des modèles les plus satisfaisants de l’architecture religieuse des Romains.

Il était réservé au christianisme d’enfanter les formes architecturales les plus variées, les plus riches, les plus originales. Les articles spéciaux que nous avons eonsacrés à. chacune de ces formes et aux principaux monuments qui les ont reçues (v. basilique,

CHAPELLE, COUPOLE, CLOCHliR, BYZANTIN, RO-MAN, ogival, renaissance, etc.) nous dispensent d’entrer ici dans une étude approfondie de cette architecture et d’en tracer l’historique ; il nous suffira d’en indiquer succinctement les caractères généraux. Imitée des monuments où la justice se rendait chez les Romains, la basilique fut le premier éditlce où les évêques assemblaient leurs ouailles, les instruisaient, les admonestaient, les jugeaient ; elle eut un caractère de simplicité et de gruvité conforme aux sentiments qui animaient la primitive Église. À mesure que la religion nouvelle se développa, ses temples s’agrandirent pour recevoir ia toule croissante des fidèles et se parèrent de tous les embellissements de la peinture, de la mosaïque et de la sculpture. L’arohitecture chrétienne reçut, dans l’empire d’Orient, le caractère de pompe et de magnificence réclamé par le goût asiatique. La coupole dont se couronna l’église byzantine fut un premier indice de la tendance du génie architectonique des chrétiens à faire monter ses œuvres vers le ciel. En Occident, l’art byzantin ou néo-grec, amalgamé à 1 art latin, produisit te style roman dont les traits distinctifs furent la sévérité et la fpree et qui se modifia d’ailleurs plus ou moins profondément suivant les lieux et aussi suivant les convenances des diverses corporations religieuses, alors toutes-puissantes, auxquelles on doit les plus importantes et les plus belles églises de cette période. Mais ce fut surtout dans l’architecture si improprement appelée gothique que l’idéal chrétien trouva sa plus complète et sa plussplendide expression. Cette architecture juiltit pour ainsi dire du sol et s’élance vers le ciel : colonnettes minces et déliées montant jusqu’aux voûtes ; fenêtres ogivales terminées comme un fer de lance ; pinacles, clochetons et pyramides se dressant de toutes parts au sommet des combles ; grande Mèche centrale portant jusqu’aux nues le signe victorieux de la croix ; tout, dans l’églisegothique, participe à cette direction ascendante qui force l’âme à s’élever en même temps que les regards. D’un autre côté, les caprices de l’ornementation, la multiplicité des colonnettes, l’enchevêtrement des arceaux, la hardiesse des voûtes, les complications des rosaces, les lueurs fantastiques des vitraux, les dentelures des corniches, les chapelles latérales pleines d’ombre, les arcatures des galeries supérieures, donnent au monument un aspect touffu et presque effrayant à certaines heures ; l’impression qui résulte de l’ensemble se résume dans un mystérieux sentiment de grandeur et de majesté. ■ Figurez-vous être, au déclin du jour, dans l’immense cathédrale chrétienne, dit Lamennais. Une frayeur religieuse, quelque chose de semblable à ce vague sentiment de l’infini qu’on éprouve au sein des grandes solitudes de la nature, vous saisit à l’aspect de ces vastes nefs, de ces gigantesques piliers dont les sommets su perdent dans les ombres croissantes. Avec les dernières lueurs, la nuit éteint les derniers bruits ; un silence mystérieux vous enveloppe de toute part. Au dehors de vous, des ténèbres muettes ; an <1eduns, l’invisible souffle d’une puissance inconnue qui vous péuètre et vous domine

irrésistiblement. Séparé de ce qui frappe les sens, il se fait en vous comme un travail étrange ; des esprits passent devant l’œil interne, l’imagination se peuple de fantômes. Le temps, oui n’a plus de mesure, semble 8’être lui-même évanoui. Tout à coup, dans le lointain, apparaît un point lumineux, puis un autre, puis un autre encore ; vous commencez à discerner les masses de l’édifice, les murs pareils aux flancs d’une montagne escarpée, les fortes arêtes des angles, les courbures des arcs, les énormes pendentifs. La lumière augmente : sur ces masses, qu’unissent des lignes harmonieuses, se montrent des plumes, des animaux. Eclatants de mille couleurs dont les reflets se croisent et se mélangent, ils portent à vos sens une révélation de la vie, et les suaves vapeurs qui parfument l’atmosphère en accroissent encore l’impression. Lorsqu’au milieu de ce monde naissant vibre soudain la voix tour à tour majestueuse, douce, sévère, de l’orgue, qu’elle remplie de ses accords indéfiniment variés les voûtes frémissantes, né dirait-on

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pas la voix de tous ces êtres dont la création vient de B’opérer sous vos yeux ?… » On ne pouvait exprimer d’une façon plus poétique et plus saisissante l’émotion religieuse, mêlée de crainte et de respect, qui s’empare de l’âme du croyant sous les hautes voûtes des grandes églises ogivales.

À mesure que 1 esprit religieux s’affaiblit, l’architecture gothique se corrompit et dégénéra ; elle finit, comme les autres branches de l’art, par céder la place a des imitations plus ou moins heureuses de l’antique. Les édifices religieux élevés au xvi » siècle frappent l’imagination et émerveillent les regards par l’ampleur’de leurs proportions, la hardiesse de leurs voûtes, la richesse de leur ornementation ; mais ils font bien moins penser au Dieu qu’on y adore qu’à l’homme de talent qui les a élevés. < L’idée et le sentiment chrétien, dit encore Lamennais, subsistent, à un certain degré, dans ces magnifiques monuments, mais ils y ont subi des modifications profondes. Les pensées de l’homme et ses désirs qui se détachaient de la terre et montaient, montaient encore, sans fin, sans terme, comme l’édifice des âges de foi, se sont arrêtés et s’infléchissent avec les courbes du dôme qui semble les retenir dans une sphère moins haute. Le christianisme s’est en quelque sorte implanté dans la vie terrestre, etchaque jourily pousse de plus nombreuses racines, chaque jour ses branches s’abaissent pour abriter le voyageur insouciant, et distrait. Enfin le caractère de la vieille cathédrale disparaît entièrement. L’art païen a envahi le temple, il y règne presque sans partage, et ce temple, quin est plus l’expression de l’univers et du Dieu qui le remplit de soi, sera Saint-Pierre de Rome, le symbole imposant d’une autre grandeur et d’une autre puissance, de la puissance et de la grandeur de la papauté qui J’èleva près des palais superbes d’où elle commande au monde. » Comme la papauté, en effet, l’architecture religieuse se fit superbe et mondaine ; après les monuments grandioses construits par les Brunelleschi, les Michel-Ange, les Bramante, les Palladio, on vit s’élever les petites églises du style jésuite, surchargées de dorures, de pompons, de marbres multicolores, de peintures sentimentales et de sculptures emphatiques, et, k côté de ces bonbonnières faites pour l’aristocratie dévote, les temples de l’école classique, froids, maussades, insipides.

De nos jours, l’architecture religieuse a eu le.bon goût de renoncer aux platitudes du classicisme, aux mièvreries et aux colifichets ridicules du jésuitisme ; elle est revenue aux grands modèles des époques de foi chrétienne, aux types des écoles byzantine, romane et ogivale. Espérons qu’elle" finira par créer des types nouveaux, appropriés aux mœurs, aux goûts, aux aspirations de notre époque. ; l’art ne saurait se condamner à des reproductions serviles, à des pastiches ; il doit constamment innover, progresser, comme l’humanité elle-même..

Religieuse (la), roman de Diderot (1775, in-12). Envisagé au point de vue littéraire seul, ce livre, dirigé contre le célibat religieux, est une des œuvres capitales de Diderot, Au moment où il fut écrit, il pouvait passer pour un livre utile, beaucoup plusque pour un livre de scandale, tant l’auteur y dévoile avec force les abus qui régnaient alors dans les couvents et le danger des vocations contraintes. Cette peinture effroyable de la vie mystérieuse des couvents de femmes et des désordres qui n’y sent que trop fréquents avait alors, plus qu’aujourd’hui, sou côté salutaire.

Diderot a donné au récit la forme d’un mémoire rédigé par l’héroïne du livre. Victime de la faute de sa mère, sœur Sainte-Suzanne, fille adultérine de Mme Simonin, est mise de force au couvent et contrainte de prononcer des vœux qu’elle déteste. La révolte suit bientôt son désespoir et, décidée à, sortir à tout prix de cette prison monastique, la jeune religieuse trouve moyen de faire remettre à un avocat, M. Manouri, un mémoire dans lequel elle demande la protection des lois contre la violence qui lui est faite. Cette démarche est connue dans le couvent et devient le signal d’une série de persécutions odieuses dirigées avec un raffinement de cruauté et d’hypocrisie. Les mauvais traitements qu’elle endure arriventaux oreilles du grand vicaire, homme juste et éclairé, qui fait une enquête sévère qui a pour effet de faire obtenir à sœur Sainte-Suzanne son changement de couvent. Elle est transférée au couvent d’Arpajon, où l’attendent des dangers d’un nouveau genre. Ici commence une suite de tableaux tout à fait opposés à ceux qui précèdent. Sœur Sainte-Suzanne est maintenant exposée aux plus grands périls parce qu’elle plaît trop à sa nouvelle abbesse. Diderot s’est arrêté avec beaucoup de complaisance sur ces honteuses dépravations ; il atteint son but en exagérant peut-être des peintures exactes, mais dont l’exposé fait frémir ; toutefois, si l’on retranche quelques passages, il y a dans ces pages de l’éloquence, de la terreur et de la sensibilité vraie. Il faut, en Outre, faire observer l’art prodigieux avec lequel Diderot a sauvé l’innocence de son héroïne. L’intérêt du roman était a ce prix. Sœur Sainte-Suzanne traversa dune cet horrible bourbier sans en être maculée, sans se douter même du danger qu’elle a couru.

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Un vertueux ecclésiastique, appelé dom Morel, est appelé a la direction du couvent ; aussitôt les désordres cessent et la supérieure, victime de la passion monstrueuse qu’elle ne peut vaincre, meurt dans d’affreuses convulsions, terminaison ordinaire des maladies hystériques engendrées par la réclusion. Une autresupérieure la remplace ; les persécutions vont recommencer contre sœur Sainte-Suzanne, qui prend le parti de s’y soustraire par la fuite et se réfugie chez une blanchisseuse qui lui donne de l’ouvrage et d’où elle écrit à son protecteur le récit de ses aventures.

Diderot écrivit ce roman après son retour de Russie, immédiatement après Jacques le Fataliste ; il paraît que la Religieuse lut une mystification jouée de connivence avec Grimm au marquis de Croismare. L’excellent homme en’fut la dupe:il crut de bonne foi à la réalité de la sœur Sainte-Suzanne, à ses malheurs, à son évasion. « En lisant ses mémoires, il pleurait h chaudes larmes ; il écrivait it l’infortunée et lui envoyait des secours. Un homme moins simple aurait pu s’y laisser prendre, tant il y a de vérité dans cette composition. Aussi, si puissante que fût l’imagination de Diderot, on a peine à croire qu’il ait tiré toute cette histoire de son propre fonds et qu’il ne se soit pas aidé, en effet, de quelques notes originales. Il y a telles scènes et tels détails qu’il lui eût peut-être été fort difficile d’inventer.

Rciigicuao de Monmn (la), roman italien, de Giuseppe Rosini (Pise, 1829, 2 voi. in-8°). Ce roman fait suite aux Fiancés de Manzoni, Les deux personnages principaux sont la Signera du monastère de Monza, cette Gertrude dont Manzoni trace un portrait si attachant malgré l’effroi qu’il inspire, et son séducteur Egidio. Après l’enlèvement d’une autre héroïne, Lucie, Egidio ne trouve, pour se soustraire aux.suites’terribles de cette dernière faute, d’autre ressource que de l’arracher à sa retraite et de la conduire k Florence, où de hardis partisans des idées nouvelles leur assurent un refuge. Dans leur route, ils s’arrêtent à Bologne, et l’auteur esquisse d’une manière très-pittoresque la physionomie de cette ville antique, au milieu des pompes d’une fête offerte un grand-duo de Toscane. Egidio et sa compagne s’établissent ensuite à Florence, ville aussi brillante alors par la culture des lettres et des arts qu’elle avait été puissante par la guerre, le commerce et la liberté. C’est vers l’année 1630 que l’auteur conduit ses.personnages dans cette capitale, qui possédait une réunion des plus grands hommes dont l’Italie ait jamais eu motif de s’enorgueillir. En somme, la fable romanesque est fort peu de chose ; elle se réduit au récit du voyage des deux amants fugitifs. Pour Giuseppe Rosini, le roman ne sert jamais que de cadre à des études d’archéologie ou d’histoire, et le morceau capital de son livre est celui où il fait revivre, avec un grand talent, Florence au xvne siècle. Erudit savant et minutieux, il a réuni dans ce cadre les résultats de ses études et de ses recherches.

Il décrit les monuments, les costumes, les usages, les calamités de l’époque ; il passe en revue les branches les plus remarquables de la littérature, les trésors de la peinture et de la sculpture, les collections dans lesquelles respire le génie de l’antiquité. Il entre dans l’iutimité des personnages célèbres, dont il montre les productions, et donne, par une foule de détails curieux et peu connus, une idée vive et exacte de leur caractère, de leur manière de sentir, de composer. Ces portraits historiques, ces descriptions d’antiquaire ne constituent pas ua roman ; l’imagination y a peu de part. La lecture, cependant, en est attrayante. La plume spirituelle et élégante de l’auteur devient énergique au besoin ; il lui manque seulement un peu de simplicité. La Religieuse de Monza, souvent réimprimée, a été traduite en français.

Religieuse de Touiou.e (là), roman de Jules Janin (1850, in-8°). Ce roman a un fond historique ; c’est la biographie, légèrement idéalisée, de cette comtesse de Mondonville qui fonda la maison des Filles de l’enfance et fut comprise dans les proscriptions qui frappèrent Port — Royal et ses adhérents. Jeanne de Julliard, une des plus nobles et des plus belles personnes du Languedoc, est recherchée eu mariage par le marquis de Saint-Gilles et par M. de Ciron, cadet d’une famille de robe. M. de Saiut-Gilles est un misérable dont Jeanne devine la scélératesse ; M. de Ciron est un amant sincère et timide qui se fait aimer, mais pas assez pour subjuguer l’âme impérieuse et altière de Mlle de Julliard. Dans l’espoir de dominer un mari plus âgé qu’elle, elle épouse le comte de Monuonville. Cette union n’est pas heureuse et dure peu. On trouve un jour le comte assassine sur la route de Toulouse. Toutes les recherches pour découvrir son meurtrier sont inutiles ; la seule piôcéde conviction qu’on puisse recueillir, c’est la pointe de l’épée qui l’a frappé et qui est restée dans la blessure. M » 8 de Mondouville est encore dans tout l’éclat de sa beauté, mais dans l’intervalle M. de Ciron, le seul homme digne de sa tendresse ; est entré dans les ordres. La jeune veuve entreprend alors de créer une nouvelle communauté de femmes, tenant le milieu entre les élégances mondaines et les austérités du cloître. C’est le couvent des Filles

de l’enfance. M.— de Ciron, devenu grand vicaiïe du diocèse de Toulouse et obéissant, malgré lui, à l’irrésistible empire do la femme qu’il a aimée, se fait son interprète auprès des pouvoirs ecclésiastiques pour faire adopter les constitutions de sa maison, qui sont d’une douteuse orthodoxe; M « 1 » * de Mondonville va en personne à Versailles, où sa beauté lui gagne tous les cœurs : le grand roi lui accorde sa demande, et elle repart supérieure des Filles de l’enfance. Par malheur, la conscience et le cœur de Jeanne appartiennent en secret à Port-Royal : le grand Amauld 1 a fascinée par son éloquence, sa conviction et son génie. Voila l’influence fatale, secondée par la haine du marquis de Saint-Gilles et contre laquelle échouera toute l’énergie, toute l’habileté de Mme de Mondonville. En vain s’attire-t-eUe l’admiration et l’amour de la ville entière en sauvant au péril de la vie lès jours de Marie d’Ortis, nièce du nvarquïs de Saint-Gilles ; en vain exerce-t-elle sur ses religieuses une influence qui suffit h lui ramener le cœur de Guillemette de Prohenque, son ennemie ; en vain dècouvre-t-eUe que M. de Saint-Gilles est l’assassin de son mari : Jeanne succombe dans cette lutte inégale ; elle subît le contre-coup des persécutions dont Port-Royal est l’objet, et elle fiait par être enfermée dans le couvent.des filles hospitalières de Coutances.

Bien qu’il y ait dans la Religieuse de Toulouse des scènes dramatiques et émouvantes, bien que l’intérêt y soit ménagé avec assez d’art pour que l’attention du lecteur ne faiblisse pas un moment, ce livre est moins un roman qu’une monographie, le tableau vif et animé d’un coin du grand siècle, la restauration savante et passionnée d’une figure restée jusqu’ici dans l’ombre.

Iteligieu.e (la), par l’abbé *" (1864, 3 vol. in-8°). Ce roman fait suite au Maudit ; non-seulement on y retrouve les mêmes personnages, mais lauteur anonyme, désireux de réfuter les critiques et d’apaiser les colères soulevées par son premier ouvrage, interrompt sans cesse le récit pour présenter la défense de ses idées et de ses intentions. Il s’efforce de persuader qu’au fond il est plus religieux que les défenseurs actuels du catholicisme, qu’il ne prétend combattre que

les abus, le retour do la domination cléricale du moyen âge, et que des livres comme les siens, loin de nuire à la religion, sont aptes, s’ils étaient lus et médités, a prévenir le divorce inévitable de la société moderne avec le catholicisme tel que ses défenseurs le pratiquent.

Dans la Religieuse, l’auteur, en conduisant son lecteur dans les parloirs, derrière les grilles des couvents, en soulevant le voile de la vie intime des communautés, respecte scrupuleusement les convenances. Il cherche moins à détourner la femme d^entrer en religion, qu’à lui donner sur cette vie austère qu’elle embrasse, souvent par dévouement, des notions qui la lui fassent comprendre sous un point de vue plus large et dégagée d’un mysticisme dangereux. Il montre aux religieuses qu’elles ne sont pas dans la voie normale et sûre ; que les moyens qu’elles emploient, que leur discipline ne Ses mènent nullement a leur but, et qu’au contraire elles servent à propager, presque ù leur insu, des doctrines qu’elles croient être celles de l’Evangile et qui n’en sont que la négation.

Quant au roman proprement dit, l’auteur ne s’est guère mis en frais d’imagination. On retrouve dans ce livre les mêmes situations que dans le Maudit et dans le Jésuite. L’aristocratie sacerdotale poursuit le héros du premier ouvrage, le maudit même après sa uvort et lui refuse la sépulture. Loubaire et Thérèse, devenue religieuse, le font enterrer sur une montagne et, au retour, ils s’égarent dans les neiges. Loubaire sauve Thérèse et résiste à la tentation que lui inspire la beauté de la jeune fille endormie ; mais le couvent ne peut croire à leur innocence, et. par ses petites lâchetés de chaque jour, la supérieure oblige Thérèse à entrer aux Carmélites. Elle en sort presque aussitôt et commence une longue odyssée à travers d’autres couvents où l’on cherche à la retenir par tous les moyens possibles", parce qu’elle apporterait une dot de 2 millions. Dégoûtée de l’hypocrisie qu’elle a partout rencontrée, elle se rend à Paris, où, de concert avec Loubaire, elle travaille à l’édification de VEgtise nouvelle, c’est-à-dire k la réalisation du programma tracé dans le Maudit.

Là, la haine des cléricaux et des jésuites les poursuit dans l’ombre. Us éveillent les passions d’un fanatique à moitié fou, le comte de Saint-Hermênégilde, de son vrai nom Jean Lechat, qui veut épouser Thérèse ec qui se venge de son refus en assassinant Loubaire. Voilà tout le roman, où se trouve, en outre, un épisode qui tient presque tout un volume et se rattache étroitement a la thèse que soutient l’auteur : M" » de Tourabei, un des personnages peu sympathiques du M audit, a confié l’éducation de sa fille Mathildeà des religieuses qui ont complètement étouffé en elle, sous le mysticisme, tous les sentiments de la famille ; la jeune fille regardes* nière— comme une païenne dont la fréquentation pourrait compromettre son salut. Elle n’hésite pas, sous l’égide de son confesseur, à s’enfuir dans un couvent. MmB de Tourabei court la chercher. Mathilde résiste d’a «