Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 13, part. 3, Rech-Rhu.djvu/133

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traduit l’adoration. Ceci nous condoit à rechercher quelle est la véritable nature du sentiment religieux. Un des plus célèbres théologiens allemands en a donné une définition qui ne nous semble guère pouvoir être contestée : il l’a défini « un sentiment de dépendance. > Cette conception de Schleiermacher nous semble contenue dans l’idée de sacrifice. L’homme, en présence de la grandeur et de l’immensité de l’univers, de son impuissance à changer aucune de ses lois et à lever le voile mystérieux qui couvre le double problème de son origine et de sa fin, l’homme sent sa faiblesse et se reconnaît soumis à quelque chose de supérieur. Cet être, il tente de le fléchir et par là reconnaît sa dépendance vis-à-vis de lui. On pourrait dire ; il est vrai, que le sacrifice a disparu du christianisme protestant, mais il existe toujours dans le catholicisme, quoiqu’il ait singulièrement changé de nature ; et d’ailleurs il faut remarquer que, si le sacrifice extérieur a disparu chez les protestants, il a été remplacé par le sacrifice intérieur. L’homme n’apporte plus des offrandes à l’autel, mais il s offre lui-même en sacrifice, il étouffe en lui tous les désirs, qui sont contraires k la volonté de Dieu. C’est, comme on voit, toujours le même sentiment de dépendance.

Considérées au point de vue de leur origine, les religions sa divisent en deux catégories : les religions révélées et la religion naturelle. Les premières prétendent avoir été transmises à leurs sectateur3 d’une manière surnaturelle. La dernière proclame que l’objet et la source de la religion, c’est le divin, et que le divin peut être connu et saisi, en dehors de toute révélation surnaturelle, par les seules lumières de la raison. M, Bersot, dans son Essai sur la Providence, M. Jules Simon, dans son ouvrage de la Religion naturelle, M. Emile Saisset, dans son Essai de philosophie religieuse, M. de Rémusat, M. Paul Janet, avec quelques divergences de détail, se rattachent ’tous aux idées essentielles qui sont à la base de la religion naturelle. M. E. Caro, dans ses Études moitiés sur le temps présent, nous semble les avoir parfaitement résumées dans les lignes suivantes : à Croire à un Dieu libre et personnel, créateur et providence, distinct du monde et do l’humanité j croire k l’existence de l’âme intelligente et libre, enfermée, pendant quelques jours d’épreuve, dans cet organisme qu’elle peut, à son gré, purifier en s (ouvrant une issue du côté du ciel ou déshonorer par Son commerce avec la matière ; affirmer d’une foi absolue la supériorité du principe raisonnable sur la sensation ; mettre sous la garde de l’inflexible justice la liberté morale, source et principe de toutes les autres ; donner à la morale son vrai nom, l’épreuve ; lui fixer son vrai but, l’affranchissement graduel de l’âme se dégageant des liens du corps et préparant l’heure de la mort par l’austérité de la vie ; reconnaître enfin la loi du progrès, mais sans jamais séparer le progrès de iTiumanité dans les voies du bien-être matériel de l’idée morale qui seule les consacre et les justifie, « tels sont les principes de la religion naturelle.

Parlons maintenant de ce qu’on appelle la religion positiviste. On sait qu’Auguste Comte, après avoir éliminé toutes les retigions existantes comme antiscientifiques, prétendit en établir une fondée uniquement sur les principes de la science expérimentale. Cette religion était une religion sans Dieu ; elle ne reconnaissait pas non plus la croyance a l’immortalité de 1 âme. Sans ces deux doctrines capitales, est : il possible d’avoir encore une religion ? C’est ce que prétend Stuart Mill dans son étude sur Auguste Comte et le positivisme. Que faut-il, en effet, pour constituer une religion ? 11 faut d’abord un dogme ou une conviction, puis un sentiment qui se rattache à ce dogme et soit assez puissant pour lui donner dans le fait l’autorité à laquelle il prétend en théorie. Il est très-avarjtageux que ce sentiment se cristallise autour d’un objet concret, réellement existant et toujours présent idéalement, comme celui qu’offrent aux fidèles le christianisme et le théisme ; mais cela n’est pas indispensable, et d’ailleurs cette condition peut être remplie par un autre objet. A. Comte croit à la nature infinie du devoir, et l’on a dit que celui qui croyait k l’infini du devoir avait une religion. Partant de ce fait d’observation que l’intérêt général de l’humanité peut devenir une source d’émotion et une règle de conduite, il propose d’instituer le culte de l’humanité, du grand Être, ’ comme il l’appelait, considéré dans le présent, dans son passé le plus reculé, dans son avenir le plus lointain. On vivra dorénavant pour autrui : l’altruisme, un mot bai bare pour dire la charité, remplacera l’égoïsme. « Les gens sincères de toutes les religions, dit M. Stuart Mill, voudront peut-être bien reconnaître que, si une personne possède un

objet idéal et que son attachement pour celui-ci, ainsi que lo sentiment de ses devoirs envers lui, soient capables de discipliner et de gouverner tous ses autres sentiments et tous ses autres penchants, aussi bien que de lui prescrire une règle de conduite, cette personne a une religion. »

■ En accordant qu’il puisse y avoir une reli' gion dansées conditions, on conviendra pourtant que ce n’est guère la peine de rétablir le fétichisme du grand Être sous prétexte de science et de progrès. Du reste, la religion

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ne petit s’arrêter que dans l’absolu, L’humanité ne peut pas se contenter longtemps dô ce cuite nouveau qu’on lui offre ; les questions de cause première et de cause finale se poseront toujours k l’esprit. Ces grands problèmes qui l’ont toujours préoccupé le préoccuperont encore. L’homme ne cessera pas de se demander : Qui suis-je ? d’où suis-je venu ? où vais-je ? De deux choses l’une : ou bien il faut nier le sentiment religieux en dépit de l’histoire et de la réalité, ou bien il faut reconnaître que le sentiment religieux est au-dessus de toutes les contingences, et lui donner pour but, non pas un objet concret connu et déterminé, mais l’infini dans sa forme souveraine, l’infini de l’intelligence et de l’amour, l’infini que réclament l’âme et la conscience, l’infini qui se nomme Dieul ’

Cette tentative, d’ailleurs, quelles que soient ses erreurs, ses imperfections et ’ses lacunes, montre la puissance et la persistance du sentiment religieux dans l’âme humaine. Un philosophe prétend supprimer

toutes les religions existantes et il finit par en faire une nouvelle : voilà de quoi démontrer aux plus obstinés la nécessité et l’humanité de la religion. L’homme primitif a besoin d’adorer. La foi à l’infini est la loi de son être ; il cherche l’infini partout et, plutôt que de s’en passer, il le suppose où il n est pas. La pensée, la science, l’amour, la patrie, l’humanité, gratuitement revêtus de cet attribut, deviennent les objets de sa religion.’Mais il faut qu’il finisse par trouver le véritable objet de l’adoration, le Dieu en esprit et en vérité.

Ecoutons maintenant ce que disent les libres penseurs sur la question du sentiment religieux. Si, après avoir acquis par l’histoire la preuve que, d’ans le passé, toutes les sociétés humaines ont fait dans leurs institutions une large part à la religion, on se bornait a conclure qu’il doit y avoir dans l’homme quelque chose d’inné qui l’induit presque nécessairement à se créer une religion dès qu’il renonce à l’isolement de la vie sauvage, cette conclusion serait parfaitement légitime : l’homme a partout- institué des religions ; donc il avait en lui ce qui le portait à créer des religions. Cela est tellement évident qu’il est inutile de le dire, ou plutôt que ceux qui le disent ressemblent au bachelier de Molière, à qui on avait demandé d’expliquer pourquoi l’opium fait dormir, et qui répondait : parce qu’il y a en lui une vertu dorinitive. Oui, il y avait dans l’homme, au moment où il cherchait à fonder des sociétés, un sentiment vague qui le poussait presque invinciblement k imaginer quelque chose qui avait une ressemblance grossière avec nos religions. Mais il s’agit de savoir ce qu’était ce sentiment, ce qu’étaient ces êtres qu’il imaginait tout exprès pour les adorer. Ce sentiment, c’était celui de sa faiblesse, c’était la peur qu’imprimait dans son âme la vue des grands phénomènes de la nature, de la foudre, de la tempête, du feu, des inondations ; ces êtres, c’étaient des génies malfaisants, car il ne les connaissait que comme auteurs de ses maux, qu’il supposait doués d’une puissance terrible et aux ordres de qui il se persuadait que la nature entière était soumise ; il les adorait d’abord par le même sentiment instinctif qui porte l’enfant que son père corrige à se mettre à genoux et à demander grâce ; plus tard, il les adorait encore, même en l’absence des fléaux dont il avait tant souffert, par l’espoir qu’il avait, en se rendant ces génies favorables, de prévenir le retour de ces fléaux. N’est-ce pas abuser des mots que d’appeler sentiment religieux ce mélange de frayeurs singulièrement exagérées par l’ignorance et d’imaginations grossières dont aucune ne s’est trouvée vraie quand est venue l’heure de la raison et de la science ? D’ailleurs, ceux qui soutiennent l’existence innée du sentiment religieux prononcent ces deux mots avec une onction telle qu’on ne peut pas douter du sens qu’ils y attachent : pour eux, évidemment, cela signifie un sentiment implanté dans le cœur de l’homme par Dieu lui-même, et par conséquent un sentiment qui a droit à tous nos respects. Mais quoil C’est Dieu qui nous aurait gratifiés de ce sentiment, et dès qu’il agit en nous il nous égare 1 Au lieu de nous porter vers un Dieu qui serait créateur du monde et seul véritable, il nous fait prostituer nos adorations sur des dieux imaginaires, k qui notre première pensée est d’offrir des sacrifices, c’est-à-dire de bonne viande pour assouvir leur gourmandise ! En vérité, c’est se faire une singulière idée des dons que ce Dieu veut bien prodiguer à sa créature favorite. Les prêtres et les législateurs sont venus ensuite ; ils n’ont pas inventé la religion, mais ils ont très-bien compris le parti qu’ils en pouvaient tirer pour leur avantage particulier ; et, comme c’étaient toujours les plus habiles qui se faisaient prêtres et législateurs, ils n’ont pas manqué d’employer toute l’influence que leur donnait leur supériorité réelle pour s en assurer une factice, mais beaucoup plus puissante, en confirmant, développant et systématisant les grossières ébauches de croyances religieuses qu’ils trouvèrent déjà formées dans 1 esprit du peuplé*. On peut d’ailleurs admettre qu’ils partageaient jusqu’à un certain point les frayeurs populaires et la foi en des êtres d’une nature supérieure dont on pouvait fléchir la colère par des prières et par des sacrifices. Quand ils proposaient au peuple des systèmes et des noms

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de dieux, créés par eux, ils étaient peut-être dupes eux-mêmes de leur imagination surexcitée par le rôle d’inspiré qu’ils prétendaient jouer et qu’ils jouaient réeHemeiit.

Si, au lieu de poser en fait l’existence innée du sentiment religieux, ^on se bornait à dire que l’homme apporte en naissant l’amour du merveilleux, il serait plus difficile de contester la réalité de cette tendance, dont nous voyons en effet chaque jour dgs preuves manifestes. Est-ce encore l’ignorance ou la peur qui porte ainsi les hommes à courir, pour ainsi dire, au-devant du merveilleux ? On pourrait le croire, en voyant que ce sont presque toujours les femmes et les hommes des classes les moins éclairées, surtout quand ils sont jeunes, qui se laissent prendre à l’appât du merveilleux. Mais il faut reconnaître que trop souvent des hommes à qui les bienfaits d’une instruction très-développée ’n’ont pas été refusés semblent éprouver un plaisir étrange h se trouver en présence de faits merveilleux, et que leur plaisir est d’autant plus grand que ces faits sentent davantage le mystère. Lorsque M^6 Lenormand fut parvenue, soit par un effet du hasard, soit par d’habiles menées, à convaincre de son pouvoir prophétique quelques femmes du monde, sa réputation ne tarda pas à se répandre dans toutes les classes de la société, et, si l’histoire n’est pas menteuse, des hommes occupant un rang social très-élevé se sont présentés dans l’antre ou plutôt dans le salon de la sibylle. Et plus récemment, nous avons vu les tables tournantes et les esprits frappeurs obtenir une véritable vogue, non-seulement parmi les gens du peuple, mais

encore parmi les classes aisées et jusque chez quelques savants. Nous pourrions encore rappeler et les fourberies de Cagliostro, et le baqu’et de Mesmer, et tant d’autres faits qui semblent prouver que, dans tous les temps, les hommes ont aimé a se laisser tromper par tous ceux qui se prétendaient doués du quelque puissance surnaturelle. Peut-on expliquer naturellement cet amour du surnaturel ? Au premier abord, cela pai-ait impossible, puisqu’il y a contradiction apparente dans les termes. Cependant, avec un peu de réflexion, on arrive bientôt k reconnaître que la contradiction n’existe pas en réalité. Tout se réduit à bien expliquer la valeur du mot surnaturel. D’abord, il faut remarquer que ce mot ne veut pas dire antinaturel, et qu’ainsi la’ tendance naturelle au surnaturel n’est pas une tendance dirigée contre elle-même, ce qui serait en effet contradictoire ; ce qui est surnaturel est seulement au-dessus de la nature. Mais de quelle nature s’agit-il ? Il est possible qu’on entende seulement parler de la nature actuelle de l’homme à un moment donné de son histoire. Or, l’expérience du passé prouve que la nature de l’homme est variable et qu’elle est perfectible. Dire qu’il aime le surnaturel peut donc signifier tout simplement qu’il aime ce- qui élève sa propre nature en étendant ses connaissances ou son pouvoir, en d’autres termes qu’il aime le progrès. On lui dit qu’une femme fait métier de prédire l’avenir, que plusieurs de ses prédictions se sont réalisées : cette assertion flatte ses secrets désirs, parce qu’il sent que ce serait pour lui un progrès véritable s’il pouvait arriver à connaître les choses futures ; il sent que, s’il avait cette puissance, sa propre nature serait par là même surélevée. Mais on ne manquerapas de faire remarquer qu’alors son premier mouvementesttoujoursde supposer l’existence d’êtres inconnus avec lesquels la femme qui lit dans l’avenir est mise, on ne sait comment, en rapport. Nous répondrons qu’il en est ainsi chez les ignorants et chez une très-petite minorité de gens instruits ; mais que les vrais savants, au contraire, sentent aussitôt naître en eux la défiance, et que leur première pensée est de soupçonner qu’on les trompe, bien que quelques-uns d’entre eux puissent en même temps conserver une secrète espérance, bien faible toutefois, que la diseuse de bonne aventure possède peut-être un secret naturel qu’il leur serait avantageux de connaître. Ainsi, les vrais savants iiiment le surnaturel, parce qu’ils savent que tout ce qui est encore inconnu est par cela mèiue au-uessus de la nature actuelle de l’homme et parce qu’ils savent que cette nature s’élève au-dessu3 d’elle-même dès qu’une vérité nouvelle est découverte ; le surnaturel, pour eux, n’est autre chose que l’accroissement de la science, et cet accroissement est l’objet constant de leurs préoccupations, de leurs travaux. Quant aux ignorants et au petit nombre de gens instruits qui, dès que quelque chose les étonne, s’imaginent qu’il faut attribuer cela k des êtres mystérieux, supérieurs à l’homme, ce sont des poltrons chez qui la crainte d’un objet inconnu qui peut leur être fatal surexcite l’imagination et enfante des fantômes. Cet effet se produit chez eux très-naturellement, on le voit, à moins qu’il ne faille appeler surnaturels tous les produits si variés de l’imagination humaine. Enfin, si l’explication que nous venons de donner paraissait insuffisante à quelques personnes, nous dirions de l’amour du merveilleux ce que nous avons déjà dit du sentiment religieux : ceux qui argumentent contre nous de l’amour du merveilleux invoquent ce sentiment comme une

preuve en faveur de la nécessité d’une religion, et ils nous font entendre qu’il a été mis dans l’homme par Dieu pour le conduire, non

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pas sans doute à une fausse religion, mais à ta vraie. Or, partout où l’amour du merveilleux s’est manifesté, il a conduit à des croyances superstitieuses et fausses ; nous ne pouvons admettre qu’un don fait à. l’hpmrne par Dieu, dans un but spécial, commence toujours par produire un effet tout contraire.

De ce qu Auguste Comte, après avoir construit son grand système de philosophie positivé, voulut aussi fonder une religion, on ne peut tirer aucun argument en faveur de la puissance irrésistible du sentiment religieux. 11 n’entendait pas le mot religion comme la plupart de ceux quj l’emploient ; il voulait une religion, non pour relier la terre au ciel, les hommes h un Dieu, mais pour relier les hommes entre eux, pour leur inculquer les grands principes de solidarité qui sont la basé essentielle de la morale. Il ny a là rien qui ressemble aux religions révélées ni k la religion qu’on appelle naturelle. On pourrait, à plus juste titre, soutenir qu’Auguste Comte se serait laissé entrulner sans le savoir par la force, secrète de certains souvenirs, de certaines habitudes d’enfance, quand il a voulu appliquer au culte de l’humanité, décorée du nom de grand Être, plusieurs formes évidemment empruntées au catholicisme. Mais ce qui détruit toute la forée de ce dernier argument, si on l’invoquait, c’est que tous les esprits sérieux ont refusé de suivre sur ce terrain le philosophe positiviste, et que sa tentative religieuse n’a guère réussi qu ù soulever un rire universel.

Il resterait maintenant à examiner deux questions très-importantes, celles de savoir si les religions ont été utiles ù l’humanité pendant toute la série des siècles où on les a vues régner sur la terra, au moins chez les nations les plus civilisées, et si aujourd’hui, dans l’état avancé de civilisation où nous sommes parvenus, la religion est encore nécessaire. Les religions, évidemment, n’ont pu s’établir que parce qu’on les croyait utiles ; mais il est infiniment probable que le genre d’utilité qu’on leur attribuait dans le principe différait essentiellement de l’utilité dont on se prévaut, aujourd’hui pour demander le maintien des idées religieuses. On les jugeait utiles surtout pour détourner les maux physiques dont on se croyait menacé et pour oo—tenirïles biens, physiques aussi, qu on voulait obtenir. Au commencement d’une guerre, on sentait le besoui d’avoir un dieu par l’intervention duquel on pût se croire assuré de la victoire ; si l’on se mariait, on voulait qu’il y eût un dieu spécial, pour que, à lu suite de quelques offrandes déposées sur son autel, on crût pouvoir compter sur sa protection pour rendre l’union féconde et heureuse ; si le pays était décimé par une maladie épidèinique ou contagieuse, il fallait un dieu qu’on pût invoquer pour qu’il mit un terme à cette maladie. (Je qu’on demandait à la religion, c’était tout simplement, en toute circonstance, le secours d’une puissance divine qui pût suppléera la faiblesse humaine et qui fût en quelque sorte à la disposition du premier venu au moyen de certains rites très-faciles à accomplir. Il arrivait peut-être quelquefois qu’un individu, victime d’un acte de violence, menaçait son oppresseur de la colère d’un dieu ;, mais ce n’était point parce quél’opprimé comptait sur la justice divine, c’était uniquement parce qu’il se flattait d’obtenir de ce dieu comme une faveur personnelle la vengeance qu’il n’osait ou ne pouvait tirer lui-même. Plus tard, quand les philosor phes eurent élucidé la notion de justice, il était naturel qu’ils attribuassent aux dieux la volonté et le pouvoir de punir l’injustice, et il’vint un moment où cette nouvelle notion, de la divinité put pénétrer jusque dans les esprits de la multitude ; mais, pour celle-ci, l’antique notion prévalut toujours, et le culte qu’elle rendait aux dieux avait presque uniquement pour but quelque avantage personnel. Cependant, dès que les dieux se présentèrent k l’esprit comme exigeant la justice de leurs adorateurs, il faut reconnaître que la religion exerça réellement une influence salutaire sur les moeurs, mais une influence beaucoup moins grande qu’on ne se l’imagine.

Parmi toutes les religions, il en est deux qui semblent présenter, dès leur origine, un caractère essentiellement inoral : la religion hébraïque et la religion chrétienne. Si l’on S’en rapporte aux livres de Moïse, Dieu se serait lui-même révélé comme l’auteur d’une loi morale parfaite. Nous ne pouvons ici discuter la valeur du témoignage de Moïse ; mais nous n’en devons pas moins reconnaître ce qu’il y a de frappant dans ce fait incontestable, qu’un très-petit peuple ait pu se constituer une religion d’un caractère évidemment moral, quand tout le reste de la terre ne possédait que des religions dont le but unique était d’obtenir facilement la faveur ou la protection d’êtres doués d’une puissance supérieure. Le caractère moral de la religion chrétienne est encore bien plus manifeste ; mais l’époque où elle fut établie était tout autre que celle à laquelle les Hébreux faisaient remonter l’institution de leur loi religieuse ; les philosophes grecs avaient approfondi les principes de la morale et de la justice ; ils avaient essayé de donner une valeur inorale à la religion populaire en présentant les dieux comme exigeant avant tout la justice et punissant par les peines, du Tartare les crimes commis sur la terre. Le fan 114