Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 14, part. 3, Sois-Suj.djvu/143

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taille de Kinburn (1787) et tomba sans connaissance. Ses soldats, qui le croyaient mort, prirent la fuite. Étant revenu de son évanouissement, il s’élança après les fuyards, les ramena au combat et battit l’ennemi. Au siège d’Otchakof, il tomba sur un gros d’ennemis avec une poignée d’hommes, fut enveloppé et eût trouvé la mort si le prince Kepnin ne fût heureusement venu à son secours (1788). Après avoir battu le grand vizir Méhemed à Fokschani, il l’attaqua de nouveau près du Rimnik avec fe duc de Saxe-Cobourg (22 septembre 1789) et délit avec 10,000 hommes 100,000 Turcs. Cette éclatante victoire lui fit décerner le titre de comte à la fois par l’empereur d’Autriche et par Catherine II, qui lui fit, en outre, un présent considérable. Chargé par le prince Potemkiri de s’emparer de la place d’Ismaïl, eu Bessarabie, Souvarow arriva devant la place le 11 décembre 1789, et, après deux attaques infructueuses, il la prit d’assaut le 22 du même mois. Ses soldats livrèrent la ville au pillage ; 30,000 Turcs furent impitoyablement égorgés par son ordre (1790), et il ne fallut pas moins de huit jours pour les enterrer. Ce carnage est un des plus horribles dont les annales de la guerre soient souillées. Le surnom de Bouclier fut donné alors dans toute l’Europe à Souvarow, qui s’en montra bientôt de plus en plus digne. Il avait reçu, outre le gouvernement de Crimée, celui d’Iekaierinoslaw, lorsque éclata, en 1794, le soulèvement de la Pologne. Envoyé dans ce pays, il s’empara du faubourg de Praga, passa 9,000 habitants au fil de l’épée et entra ensuite dans Varsovie (19 novembre 1794). Pour le récompenser d’un tel haut fait, Catherine le nomma feldmaréchal, lui fit don de terres considérables, accompagnant le tout d’une lettre autographe très-flatteuse. En 1799, Paul Ier, qui pourtant le détestait, comme tous ceux qui avaient été eu faveur sous sa mère, l’appelaau commandement de l’armée russe destinée a envahir l’Italie, de concert avec les Autrichiens, et d’en chasser les armées de la République française. Il fut mis, d’un commun accord, à la tête des armées combinées, et il justifia hautement ce choix en battant Seherer à Cassano, Maûdonald à la Trebbia (18 et 19 juin), Joubert à Nuvi (15 août). Il est vrai qu’il disposait de forces infiniment supérieures aux nôtres ; mais combien de fois n’avions-nous pus triomphé du nombre I 11 faut donc reconnaître à Souvarow de véritables talents militaires. Il avait d’ailleurs parfaitement pénétré le génie français en recommandant à ses soldats, en se battant avec nous, de se servir de la baïonnette de préférence à toute autre aime. Ce fut à la suite de sa série de victoires en Italie qu’il reçut le titre de prince liaUjchi. À l’ouverture de la campagne de Suisse, les Autrichiens, jaloux de la gloire du général russe, se séparèrent de lui. Cette guerre d’Helvétie ne fut pour les alliés qu’une suite de défaites. Masséna les défit dans les deux grandes batailles de Zurich. Pendant sa retraite, Souvarow ne vit plus autour de lui que des soldats découragés. Un jour, ses grenadiers ayant.refusé de s’engager dans un défilé étroit dont les hauteurs étaient couronnées de troupes françaises, il s’élance au milieu d’eux., leur ordonne de creuser une fosse de quelques pieds de longueur, s’y étend et leur dit : « Puisque vous refusez de me suivre, je ne suis plus votre général. Je reste ici. Cette fosse sera mon tombeau. SoUlats, couvrez de tefre le corps de celui qui vous conduisit tant da fois à ta victoire. » Etonnés, émus, électrisés, les grenadiers s’élancent dans le défilé sous une grêle de balles ; beaucoup y restent, mais la retraite est assurée. Lorsque Souvarow, poursuivi par les généraux français qui le cernèrent dans la vallée de la Reuss et à qui il parvint à échapper, eut franchi la frontière d’Allemagne, il prit ses quartiers d’hiver en Bohème. Mais presque aussitôt il fut rappelé en Russie, où il tomba malade en arrivant. Paul Ier, irrité de l’issue de la campagne, après avoir ordonné qu’on le reçût triomphalement, changea tout à coup d’avis. Il ne revint à Saint-Pétersbourg que pour être témoin de son injuste disgrâce et mourut quinze jours après son arrivée dans cette ville. L’empereur Alexandre s’empressa, à son avènement, de lui faire élever une statue sur le champ de Mars, à Saint-Pétersbourg.

« Souvarow, dit le général Ambert, avait de fortes qualités qui lui suffirent tant qu’il ne rencontra pas les armées françaises. Un coup d’œil rapide, une détermination prompte et vigoureuse, une vaillante initiative, une confiance sans bornes dans ses talents et dans ses bataillons, c’était tout ce qu’il fallait pour combattre des Turcs, des ïartares et les insurgés de la Pologne. Il opposait aux bandes tumultueuses une tactique simple, énergique, audacieuse. Mais pour vaincre les soldats français commandés par Moreau et Masséna, l’art et la science étaient indispensables... Malgré les oppositions trop brusques d’ombre et de lumière, le portrait de Souvarow nous semble digne d’occuper une belle place dans les galeries militaires. Il eut de grandes qualités et de grands défauts. Les défauts furent de son époque et de son pays, tandis que les vertus étaient à lui... Nullement courtisan, d’une probité à toute épreuve, sans orgueil et sans faste, Souvarow a été un bon modèle en des temps et en des lieux où de tels modèles étaient rares. Il a aimé le

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soldat de toutes les puissances de son âme... Il a été courageux, et le courage n’habite que les nobles cceurs... Mais sa grande vertu fut le patriotisme. Il était fier d’être Russe ; il aimait la Russie avec idolâtrie, il s’agenouillait devant le drapeau de son pays. Admirons le patriotisme partout ; c’est la vertu des armées. Parmi les nombreux écrits qu’on peut consulter sur ce général, nous citerons : Vie de Souvarow tracée par lui-même, ou collection de ses lettres et de ses écrits, avec des remarques par Serge Glinka (Moscou, 1819,

2 vol. in-8°), et la Vie et les campagnes du feld-maréchal comte Souvarow, par Anthing, un de ses aides de camp (Gotha, 1796-1799,

3 vol. in-8"), traduit en français et publié en 1799.

SOOVÀUO’W (Alexandre, comte), prince Italijski, général russe, petit-fils du précédent, né vers 1808. Son père, fils unique du célèbre Alexandre Souvarow, était devenu lieutenant général et s’était noyé es lsu. Entré en 1822, comme cornette, dans la garde à cheval, le comte Alexandre se trouva impliqué dans la conspiration de 1825, mais fut gracié par Nicolas Ier et envoyé à l’armée du Caucase, dans les rangs de laquelle il prit part a la guerre contre la Perse. Il revint en 1828 à Saint-Pétersbourg apporter les clefs d’Ardebil au czar, qui l’admit au nombre de ses aides de camp. Il fit ensuite la campagne de 1831 en Pologne, comme officier de i’étatmajor de Paskiewitch, qui le chargea dé négocier la capitulation de Varsovie et d’aller l’annoncer à Saint-Pétersbourg. Il fut alors promu colonel, reçut dans la suite diverses missions diplomatiques auprès do plusieurs cours allemandes et venait d’être élevé au grade do major général, lorsque le czar le chargea de l’instruction des abus commis dans l’administration militaire du Caucase. Nommé ensuite aide de camp général du czar, il devint en 1847 gouverneur militaire de Kostroma et, l’année suivante, gouverneur général des provinces de la mer Baltique, Au début de la guerre avec les puissances occidentales, il reçut le commandement des troupes chargées de défendre la Livonie, fut promu plus tard général d’infanterie et devint, en 1865, gouverneur générai militaire de Saint-Pétersbourg. Ces fonctions ayant élé supprimées en mai 1866, il a été nommé, à la même époque, inspecteur général de toute l’infanterie.

SOUVENANCE s. f. (sou-ve-nan-se — rad. souvenir). Souvenir, mémoire :

Près d’Orléans, vous avez souvenance Que La Trémoille, ornement du Poitou, Pour son bon roi, signalant sa vaillance, Dans un fossé fut plongé jusqu’au cou.

Voltaire. L’âne vint a son tour et dit : J’ai souvenance

Qu’en un pré de moines passant, La faim, l’occasion, l’herbe tendre et, je pense,

Quelque diable aussi me poussant, Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

La Fontaine. Combien j’ai douce souvenance Du joli lieu de ma naissancé Ma sœur, qu’ils étaient beaux les jours

De France ! O mon pays, sois mes amours Toujours !

Chateaubriand.

— Syn. Souvenance, mémoire, réminiscence, etC. V. MÉMOIRE.

SOUVENEL (Alexis-François-Jacques Anneix du), avocat, né à Rennes en 1689, mort dans la même ville en 1758. Il était bâtonnier des avocats du parlement et publia : Lettre critique et historique louchant l’idée que les anciens avaient de la poésie et cette qu’en ont les modernes (1712, in-12) ; Ode à l’ombre du grand Rousseau (c’est de Jeaii-Baptistn Rousseau qu’il s’agit) ; Épître à l’ombre de Despréaux ou Essai sur le goût moderne (1753).

SOUVENEZ-VOOS-DE-MOI s. m. Bot. Nom vulgaire du myosotis. Il On dit aussi souvienstoi-du-moi et plus-je-vous-vois-PLUS-JB VOUS-AIME.

SOUVENIR (SE) v. pr. (sou-ve-nir — du latin subvenire, qui est aussi le type lie subvenir, et qui est lui-même formé de iu4, sous, et de venin, venir. Dans le principe, le verbe souvenir était exclusivement impersonnel ; l’étymologie ne s’applique qu’à la tournure : il me souuient, subvenit mini, dans le sens non classique de l’allemand es fallt tnir bel, il me vient à la mémoire. Comparez la locution ; Ce nom ne me revient pas pour Je ne me rappelle pas ce nom. Je me souviens, tu te souviens, il se souvient, nous nous souvenons, vous vous souvenez, ils se souviennent ; je me souvenais, nous nous souvenions ; je me souvins, nous nous souvînmes ; je me souviendrai, nous nous souviendrons ; js me souviendrais, nous nous souviendrions ; souviens-toi, souvenons-nous, souvenes-vous ; que je me souvienne, que nous nous souvenions ; que je me souvinsse, que nous nous souvinssions ; se souvenant ; s’èlant souvenu, souvenue). Avoir mémoire ; Su souvenir de son enfance, de sa jeunesse, des jeux de son enfance, des plaisirs de sa jeunesse. Souvknez-vous de moi. Je ne me souviens pas qu’il en ait été question. Quant à cette circonstance, je ne M’en souviens guère, je ne n’en souviens pas. Su souvikndra-M’2 de ses promesses ? Je ne au souviens pas quand cela est

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arrive", comment cela s’est fait. (Acad.) Faites- moi souvenir d’aller là. (Acad.) O pontife, souvenez-vous, quand vous tiendrez entre vos mains la victime sainte, souvenez-vous n’e ce miracle de la grâce. (Boss.) Souvenez-vous de Charlemagne ei de saint Louis, qui ajoutèrent à l’éclat de leur couronne l’éclat immortel de la justice et de ta piété. (Mass.) Je MB souviens que je parle à des épouses de JésusChrist, qui mènent une vie humble et pénitente. (Fléch.) Souvenez-vous de ces années stériles oà, selon Iv témoignage du prophète, le ciel fut d’airain. (Fléch.) Je viens vous faire souvenir de la fatale nécessité de mourir. (Fléch.) Souvenez-vous de ce que vous serez dans quelques années, quand ce petit nombre de jours qui vous restent sera expiré. (Bourdal.) Avant que l’on vous place, vous faites les plus belles promesses ; êtes-vous placés, vous ne vous en souvENEzp/us. (Le Sage.) Souvent l’obligé oublie un bienfait parce que le bienfaiteur s’en souvient. (Malesherbes.) L’homme ne se souvient pas à volonté et de prime abord. (Bautain.) On oublie l’origine d’un parvenu s’il s’en souvient, on s’en souvient s’il l’oublie. (Petit-Senn.) Ne vous souvient-il p us qu’il vous ait offensé ?

Racine. Je me souviens toujoi.rs que je lui dois l’empire.

Racine. Quand on touche au bonheur se soum’enf-on des

(peines ? Lachabeaussièrb,

Reprenez vos esprits tt souvenez-vous bien Qu’un dîner réchauffé ne valut jamais rien.

BOILEAU.

Mon arc, mon javelot mon char, tout m’importune, Je ne me souviens plus des leçons de Neptune.

Racine. Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.

Lamartine. Souvenez-vous, quoi que le cœur vous dise, De ne former jamî.is nulle hantise Qu’avec des gens dans le monde approuvés. J.-B. Rousseau. Tu l’en souviens, Cinna, tant d’heuret tant de gloire Ne peuvent pas sitôt sortir de ta mémoire ; Mais, ce qu’on ne peu Tait jamais imaginer, Cinna, tu l’en souuieri), et veux m’assassiner.

Corneille. En mil sept cent deux, mon cœur Vous déclara son ardeur ; J’étais un p< fit volcan, Souuenei-uoui-en.

DÉSAUC.1ERS.

— Absol. : Inutile de prévoir ; il suffit de se souvenir. (E. d(s Gir.)

— Garder la mémoire soit d’un bienfait pour le reconnaître, soit d’une offense pour s’en venger : Si vous lui faites ce plaisir, si vous lui faites cet affront, il s’en souviendra. Seigneur, ne vous souvenez pas de nos offenses. (Acad.) Les hor.xmes se souviennent plutôt du mal que du bien qu’on leur fait. (Boiste.)

Ahl quel père offensé te souvient de sa haine Pour des fils égarés que l’amour lui ramène ?

Du Bellay.

— Loc. fam. Se souvenir de loin, Se souvenir de choses arr.vées depuis longtemps. Il C’est du plus loin qu’il m’en souvienne, Se dit d’une chose dont le souvenir est presque effacé.

— Par menace, Jï ; m’en souviendrai. Il s’en souviendra, Je m’en vengerai, il s’en vengera.

— Loc. prov. Il n’est pas vieux, mais il se souvient de loin, Se dit ironiquement d’un vieillard qui veut paraître jeune. Il Toujours il souvient à Robin de ses flûtes, Les souvenirs de jeunesse sont ineffaçables.

— S’emploie aussi impersonnellement : Bêlas ! vous souvient-il de ce que vous me dites hier ? (M™0 de Sév.)

Ne te souvient-il plus da tout ce que je suis ?

Racine.

De vos nobles projets, si jgneur, qu’il vous souvienne.

Racine.

Un jour, il m’en souviint, le sénat équitable

Vous pressait de souscrire a la mort d’un coupable.

Racine. Si dans ce haut degré de gloire et de puissance Il vous souvient des lieux où vous prîtes naissance, Madame, il vous souvient que mon cceurea ces lieux Reçut le premier trait qui partit de vos yeux.

Racine,

— Allus.hist. Soutiem-toi (Remember), Mot qu’adressa Charles l’sr à l’évêque Juxon quelques instants avant ie mourir. Quand Charles 1er fut sur l’éciafaud, il demanda son bonnet de nuit à l’év ique Juxon, son ami, qui l’accompagnait, et, l’ayant mis sur sa tête, il dit à l’exécuteur : « Mes cheveux vous gênent-ils ? • Puis, se tournant vers l’évêque :

« J’ai pour moi, lui dit-il, une bonne cause et un Dieu clément. — Il n’y a plus qu’un degré à franchir, répondit l’évêque ; il est plein de trouble et d’angoisses, mais il est de peu de durée, et il vous transporte de la terre au ciel. > Charles ajouta : ■ Je quitte une couronne corruptible pour une couronne incorruptible et dont je jouirai sans trouble. • Alors se dépouillant de son manteau, il remit son Saint-Georges au prélat, en lui disant :

« Remember, Souviens-toi 1 » Quelques secondes après, sa tête tombait sous la hache.

Op. n’a jamais su positivement à quoi se rapportait ce mot suprême. Quelques écri SOUV

vains ont prétendu, mais sans en fournir aucune preuve positive, et Hume a répété ensuite, qu’après l’exécution du roi le conseil d’État, inquiet de ce que cet appel au souvenir de l’évêque pouvait signifier, avait mandé Juxon et> l’avait pressé avec menaces de l’expliquer. Juxon répondit que le roi, la veille de sa mort, lui avait expressément recommandé d’en.îager son fils, si jamais il montait sur le trône, & pardonner à ses meurtriers, et que c’était cette promesse qu’il lui rappelait en lui remettant son Saint Georges, destiné à son (Ils. Whitelocke rapporte cette parole sans en donner aucune explication ; Clarendon ne l’oxplique pas davantage.

« Quelques heures après être rentré chez moi, je reçus une boîte soigneusement cachetée. Je l’ouvris ; elle contenait une tresse de cheveux blonds à faire pâlir Bérénice, dont la chevelure était si belle qu’on en fit une constellation, et un seul mot, celui que Charles Stuart dit avant de poser son cou sur la billot tendu de noir : » Souviens-toi !

Maxime du Camp.

— Allus. littér. Ma fol, • il in eu souvient,

il ne n’en louvienl guère, Vers du Geôlier

de soi-même, comédie de Th. Corneille, Jodelet a été fait prisonnier, couvert des armes et du costume de Frédéric, prince de Sicile ; Octave, roi de Naples, le prenant pour Frédéric lui-même, lui dit :

Seigneur, il vous souvient qu’un jour, sana mon se-Un cruel sanglier eût terminé vos jours ; [cours, Il vous souvient de plus que le roi votre père...

JOlil’.LBT.

Ma foi, s’il m’en souvient, il ne m’en souvient guère. Ce vers, qui a passé dans la langue, a en quelque sorte son histoire. À une représentation de Coriolan, tragédie oubliée de l’abbé Abeille, deux actrices étant en scène, l’une disait à l’autre ; Vous souvient-il, ma soeur, du feu roi, notre père ?

Comme celle-ci cherchait sa réponse, un plaisant du parterre répondit par le vers de la comédie :

Ma foi, s’il m’en souvient, il ne m’en souvient guère. Le poète Olivier en a fuit un usage plus piquant encore dans cette épitaphe épigrammatique :

Ci-gtt un auteur peu fôté, Qui crut aller tout droit a l’immortalité ; Mais sa gloire et son corps n’ont qu’une même bière ;

Et quand Abeille on nommera,

Dame Postérité dira : Ma foi, s’il m’en souvient, il ne m’en souvient guère SOUVENIR s. m. (sou-ve-nir — substantif verbal de se souvenir). Impression, idée que la mémoire conserve d’une impression précédente : Souvenir agréable. Souvenir triste, fâcheux. Souvenir confus. Garder, perdre le souvenir de ce </ui s’est passé. Je garderai un éternel souvenir du service que vous m’aves rendu. (Acad.) On ne rappelle l’histoire d’un prince ambitieux que pour rappeler le souvenir n’es maux qu’il a faits. (Fléch,) A’ohs clierissons les lieux où nous avons vécu, comme des souvenirs de notre existence. (M">o de Sév.) Les souvenirs sans espoir ne sont que des regrets. (Rivarol.) Les souvenirs historiques entrent pour beaucoup dans le plaisir et dans le déplaisir du voyageur. (Chateaub.) La plus belle couronne du vieillard, ce sont ses cheveux blancs et les souvenirs d’une vie honorable, (Chateaub.) Les souvenihs vivent dans les arts et les inspirent toujours. (Bullanche.) L’amour est vn trésor de souvenirs. (Balz.) La puissance des SOUVENIRS est grande pour enraciner et féconder les institutions. (Guizot.) La vieillesse vit de souvenirs. (Scribe.) Il est de certaines joies qui doivent effaroucher certains souvenirs. (Mme E, du Gir.) Les SOUVENIRS sont les bonnes fortunes d’un vieillard. (Béranger.) Il est difficile au proscrit de s’abstraire du souvenir. (Ledru-Rollin.) Le souvenir d’une bonne action suffit pour embellir les derniers jours de la plus extrême vieillesse. (Laroiniguière.) L’amitié sincère se nourrit de souvenirs ; l’amitié intéressée, d’espérances. (Latena.) Il n’est si triste amour qui n’ait son souvenir.

A. db Musset. Importuns souvenirs, nie suivrez-vous sans cesse ?

Lamartine. Un souvenir heureux est peut-être sur terre Plus vrai que le bonheur.

A. de Musset.

— Mémoire : Vous serez toujours dans mon souvenir. Les sentences sont comme des clous aigus qui enfoncent la vérité dans notre souvenir. (Dider.)

Parlez : ne suis-je plus dans votre soutenir t

Racinis.

— Objet qui rappelle la mémoire de quelque chose : Acceptez ce bijou comme souvenir d’amitié. Sa blessure est un glorieux souvenir de sa vaillance.

Quelque legs opulent, splendide souvenir. Vous ferait & jamais un tranquille avenir.

E. AuaiER.

— Petites tablettes où l’on écrit ce que l’on craint d’oublier : Joli, riche souvenir. Tai noté cela sur mon souvenir, u Sorte do planchette divisée en sept parties disposées en crans, et portant chacune le nom d’un des jours de la semaine, de manière qu’on puisse